‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 19 sur 25 · ER PR PAZ SE · texte numérisé non relu

ER PR PAZ SE

sous la protection des lois anglaises, furent poussées, la bayonnette dans les reins, sur les navires de Sa Majesté britannique ; on ne leur laissa point le temps de se vêtir; on ne leur permit point de rien emporter. Le mari fut séparé de sa femme, le frère de son frère, l’enfant de ses parents. Les uns furent jetés sur les côtes d'Angleterre ; on débarqua les autres dans les colonies anglaises, qui se les renvoyaient de port en port. L'Acadie, presque entière, resta ainsi privée de ses habitants, jusqu'à ce que des colons d’origine britannique vinssent prendre les terres, les bestiaux, les maisons toutes meublées des malheureux exilés. L'expulsion des Acadiens fournit une des pages les plus sombres de l'histoire de la domination

anglaise en Amérique.

Peu d'évènements ont causé des aventures aussi romanesques, aussi curieuses, que le

grand dérangement ; c'est ainsi que les Acadiens

RE furent sur les ne leur ne leur mari fut re, l’enjetés sur s autres les renpresque nts, justannique aux, les x exilés.

es pages

mination

rentures que le

Acadiens

La Gaspésie 197 ont nommé leur expulsion de la terre de leurs pères. Portant leur foi, leur probité et leur industrie dans les lieux où on voulut les laisser aborder, beaucoup d’entre eux s’établirent avantageusement ; après nombre d'années, quelques-uns réussirent à trouver les parents dont ils avaient été séparés depuis l’enfance.

La religion formait le fond des institutions morales et politiques des Acadiens ; chez eux tout se rattachait à la religion, tout était régl, par les préceptes de la religion ; leur histoir est, pour ainsi dire, imprégnée du sentime) religieux. Qu'on compare, sur les événemer de cette époque, les détails sèchement donr par les officiers français et canadiens, avec B traditions conservées au sein des familles àdiennes, et l’on sera forcé d'admirer la vivaié et la simplicité de la foi qui soutenait ce peue,

au milieu de ses adversités.

En 1756, l’intendant Bigot, écrivait audi-

nistre : “ M. de Boishébert, qui commande sur la rivière Saint-Jean, nous a envoyé le capitaine et l'équipage d'un bâtiment, qui transportait des Acadiens au nombre de deux cent cinquante hommes, femmes et enfants, de Port- L Royal à la Caroline. Ce bâtiment, étant séparé par le mauvais temps, d’une frégate qui l’escortait, ainsi que d’autres navires aussi chargés le familles, les Acadiens se revoltèrent et obli-

èrent ce capitaine à les mener à la rivière

unt-Jean.”

Voilà le rapport officiel ; voyons le récit du e fait, modifié par la piété catholique et

pila confiance en la providence de Dieu. Je

leonne comme je l’ai reçu d’un ancien habi-

taide Bonaventure, dont le grand père était,

| . Q L av sa famille, sur le navire mentionné par

Bit. ‘“ Un des navires anglais portait un bon

nobre de ces bonnes gens. Peu de jours

api qu'il eût laissé Port-Royal, une violente

le sur ) Capitransx cent e Portséparé qui l’eschargés et obli-

rivière

récit du plique et jeu. Je en habière était, nné par

un bon

le jours

violente

tempête s'éleva. Parmi les prisonniers, il y avait de vieux marins, qui entendaient la navigation, encore mieux que les Anglais. Désespérant de conserver le navire avec son faible équipage, le capitaine appela les Acadiens à son secours. Ceux-ci ne se firent pas prier ; car il s'agissait de sauver leurs femmes et leurs enfants. Pendant le trouble causé par le vent et par la mer, les prisonniers délivrent leurs compagnons de captivité, s'emparent du capitaine et des matelots anglais, qu'ils relèguent à fond de cale, et prennent eux-mêmes la direction du navire.

Libres, ils commencent par se jeter à genoux et récitent les litanies de la sainte Vierge. Puis ils se relèvent pleins de confiance, attachent au gouvernail un scapulaire, et invitent leur bonne mère à guider le navire, tandis qu’euxmêmes feront la manœuvre. Et le navire fut si bien conduit, qu’au bout de quelques heures il arrivait dans la rivière Saint-Jean.”

RE PRES ie EMun ee mpemes tres. =

ee

mn ES

PT A EE T de prae Er rt ALT

see.

D vera pe mme mp

200 La Caspésie

La navigation, l’agriculture et la coupe des hois de construction occupent les Bonaventuriens. Les bois, qui se descendent dans la rivière de Bonaventure, sont achetés par la maison Gilmour, et transportés à Dalhousie,

d’où on les expidie en Angleterre.

Juillet, 14.

La visite épiscopale s’est terminée aujourd'hui,; elle semble avoir produit les meilleurs effets sur les braves gens du lieu. Vers le soir, nous retournons à la goëlette, qui nous attend près de la pointe où nous sommes descendus

en arrivant.

Un original, moitié anglais, moitié français, nous reçoit sur le gaillard, avec les'airs d’un gentilhomme qui fait les honneurs de sa maison. Il est partout, sur le pont, dans la chambre, à l’avant, à l'arrière; impossible de l’éviter. Il

s'attache comme une sangsue à ceux qu’il peut

mt

ape des aventudans la , par la

xlhousie,

ce aujourmeilleurs rs le soir, us attend

lescendus

français, airs d'un de sa maichambre, viter. Il qu'il peut

saisir ; il poursuit son homme, du geste et de la langue, des pieds et des mains, en anglais et en français. ‘“ C’est avec un regret infini,” répète-t-il, “ que j'ai appris le dép:rt de Paspébiac de Monseigneur l’Evêque, au moment même où je me disposais à le visiter. C'est un devoir pour moi de témoigner mon respect aux personnages distingués qui visitent la baie des Chaleurs ; aussi ai-je fait aujourd’hui un voyage

tout exprès pour voir Sa Grandeur.” La soirée s'ayance, et l’on n’a pu encore secouer à terre l'importun visiteur ; sans avoir égard aux civilités qu’il semble attendre, nous descendons au souper, laissant le bourgeois se siffler dans les doigts. — ‘“ Monseigneur, un mot, s’il vous plait : outre le plaisir de vous saluer, je voulais avoir celui de vous présen‘er un beau quartier de veau ; il est à vous, au prix de quatré chelins,” —“ Je suis bien reconnaissant de votre politesse,” répond l’évêque, “ mais c’est demain un

jour maigre chez les catholiques, et nous n'a-

vons pas besoin de viande fraîche pour observer l’abstinence.”

Après le souper, le brave homme nous attend L près de l'escalier : —‘ Monseigneur, je reviens ; je n'ai pu vendre mon veau, je vous prie de 1: l'accepter en présent.” — ‘ Que votre veau soit offert en vente ou en présent, nous n’en mangerons point demain. Comme vous n'avez rien à faire avec les scrupules des catholiques, le plus court moyen de vous en débarrasser serait d'en faire un diner pour vos amis.”

Juillet, 15.

De grand matin, nous sommes au large ; un

temps calme et brumeux fait place, sur les dix heures, à un soleil brillant et à un vent léger qui nous pousse vers Cascapédiac.

our ob-

18 attend reviens ; prie de veau soit ‘en manavez rien liques, le sser serait

et, 15.

large ; un ur les dix rent léger

C’est chose facile d'observer les jours maigres, quand on vit dans cesparages. Hier, nous nous sommes pourvus de saumon à Bonaventure ; aujourd’hui, en poursuivant notre route, nous faisons provision de morues, aux berges des pêcheurs, qui nous offrent les plus belles, à

un chelin la douzaine.

Vers midi, le vent fraîchit ; nous dédoublons le cap Noir, et devant nous s'étend la belle baie de Cascap‘diac, qui a treize milles de lar-

geur sur cinq ou six de profondeur.

Monseigneur de Sidyme est reçu par la population, réunie sur la grève. Au milieu de la foule, s’'agite un gros matelot anglais, qui est évidemment un digne disciple de B.cchus. Il vaut à Jui seul une compagnie d'artillerie. Un tison à la main, il se tient près du canon, aussi droit

que le permettent ses jambes chancelantes ;

comme officier, il commande de faire feu ; comme seul artilleur, il applique la torche à l'amorce ; et, comme assistant, il applaudit par

un vigoureux hurrah.

L'église de Cascapédiac est un joli édifice de bois, bâti par M. Painchaud, autrefois missionnaire dans cette partie du diocèse de Québec. Elle touche au presbytère, où réside un vieux gardien, qui est en même temps chantre et sa-

cristain.

Tout auprès, coule le petit Cascapédiac, qui, avant de se jeter dans ia baie, fait tourner les moulins de M. Cuthbert, riche marchand écossais. L’embouchure du grand Cascapédiac est à une demi-lieue plus loin. Ces deux rivières, dans la partie inférieure de leur cours, arrosent

une v: . . unie et fertile, qui s'enfonce entre

les montagnes, et s'étend jusqu’à trois lieues

difice de mission- > Québec.

un vieux

tre et Sa-

diac, qui, burner les hand écosdiac est à x rivières, S, arrosent

)nce entre

ois lieues

de la mer. Plusieurs familles écossaises et irlandaises, attirées par M. Cuthbert, ont commencé à défricher la portion la plus reculée de la vallée, et sont très-satisfaites de leurs premières récoltes. (Cependant la masse de la population à Cascapédiac est d’origine française comme dans tous les autres lieux que l'évêque a visités sur la côte. De fait, même après l’établissement de petites colonies anglaises, à Douglastown et à New-” iisle, la majorité des habitants de la Gaspésie a toujours été française et catholique. En 1793, M. Fromenteau, qui avait parcouru tout le pays, écrivait au juge en chef de la province du Bas-Canada :

“ Les cinq-huitièmes des habitants du district de Gaspé sont acadiens et canadiens ; le reste

est de nations mêlées; les catholiques romains

forment les trois-quarts de la population.”

Se + ne

Juillet, 18.

Une belle pointe, couverte de pins, s'avance entre les deux rivières de Cascapédiac; c’est un des sites les plus agréables de toute la Gaspésie. La large baie de Cascapédiac, les rives verdoyantes des rivières, les montagnes de Maria, qui se terminent par la cime élevée du mont Tracadigetche, forment un tableau piein

de noblesse et de grandeur.

Au delà du grand Cascapédiac, est un petit village de sauvages micmacs, établis sur un terrain de huit cents arpents, que le gouvernement a réservé pour leur usage, quand les terres voisines ont été vendues. Cet établissement paraît être une dépendance du village de

Ristigouche.

On nous désigne, sur l’autre côté de la baie

‘avance Ac ; c'est , la Grasles rives gnes de levée du

au plein

un petit ir un terouyerne-

and les établisserillage de

de la baie

des Chaleurs, une terre fort basse. (C'est l’île aux Hérons, où, le printemps dernier, les pêcheurs des environs ont trouvé le hareng en grande abondance. Jusqu'à présent, la pêche au hareng avait été négligée, parce que l’on aimait mieux s'occuper du saumon et de la morue. Aujourd'hui que ces deux dernières espèces deviennent rares vers le fond de la baie, il y aurait plus d'avantage à faire la pêche au hareng, sur une plus grande échelle. Ce poisson, qui, il y a trois ou quatre cents ans, enrichissait les Hollandais, qui, aujourd’hui, donne des profits considérables sur les côtes de l'Angleterre et de l’Ecosse, pourrait devenir un objet important de commerce dans ce pays.

Un écrivain du règne de Jacques I, prétend qu'en une seule année les Hollandais vendirent un million et soixante-huit mille barils de hareng, et qu'ils en retirèrent une somme d’un million cinq cent dix-sept mille livres sterling. Outre ce qui fut ainsi vendu, il en fut con-

sommé dans le pays pour une valeur de plu-

sieurs centaines de milliers de louis.

On conserve le hareng, soit en le salant, soit

en le fumant. Le poisson conservé par le pre-

mier procédé se nomme chez les Anglais, white

'] ou pickled fish. Le mot de pickle, suivant quel-

ques étymologistes, serait dérivé de Beauklen,

nom d’un flamand, qui, le premier, découvrit le

secret de conserver le hareng en le salant.

Pour reconnaître le service rendu au commerce

par cette découverte, les états de Hollande éri-

gèrent une statue à Beauklen, mort en 1397.

Pour fumer le hareng, on le laisse dans la

saumure pendant vingt-quatre ou trente heures,

après quoi on l’attache par la tête, et on l’ex-

| pose à la fumée. Pour être bon, disent les

Hollandais, il doit être gros, gras, huileux et

mou. À Bonaventure et à Cascapédiac, l’on

fume beaucoup de hareng; il serait peut-être

de plu-

ant, soit r le preis, while ant queleauklen, ouvrit le e salant.

ommerce ande éri-

» dans la e heures, st on l’exisent les uileux et diac, l'on

peut-être

mieux de le saler, car celui qu'on prend dans la baie des Chaleurs est genéralement fort

maigre.

L'on prétend avoir découvert des huîtres près du cap Noir. Les eaux étant devenues très-basses, il y a plusieurs années, des pêcheurs crurent en apercevoir un banc, à une profondeur de deux brasses. Jusqu'à ce jour, cependant, Caraquet est le seul endroit de la baie des Chaleurs qui en ait fourni.

Poussée par une brise de grand largue, la Sara fuit rapidement vers Carleton. La mer est houleuse, et frappe fortement contre le flanc de la goëlette. Tandis que M. N. étendu sur le pont, jouit des douceurs du sommeil, une vague vient se déployer sur lui, et l’inonde de la tête’ aux pieds. Le brave dormeur se sou-

lève sur le coude, ouvre un œil pour s'assurer

| qu'il n’a pas été emporté à la mer, secoue son

manteau, se retourne et ronfle.

Au bout d’une heure et un quart, nous avons

parcouru les quinze milles qui séparent Casca-

pédiac de Carleton, et nous jetons l'ancre vis-àvis de ce dernier endroit.

8 avons L Cascare vis-à-

Page 1