‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 21 sur 25 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Retour—Lutte entre 1 Hubert-Paré et la Sara—Les esterlets—Petit-Rocher— La Croix—Nipisiguit—Philippe H:#nault et le Père LeClercq—Premiers colons du Nouveau-Brunswick et de l'ile Saint-Jean—Caraquet—Coutumes et costumes—Huitres—Insulte à la Vieille—Gros temps—La

Nancy—La baie de la Trinité—La Grosse Ile—Arrivée à Québec—Conseil -Adieux.

Pendant que les clauses du marché se stipulent, l'on aperçoit quelque mouvement sur le brick du capitaine P. et sur la Sara ; les mêmes manœuvres se font sur les deux bâtiments, un peu plus tard cependant sur le nôtre. À peine

l'Hubert-Paré s'est-il mis en route, que la Sara

s’élance à sa suite. Le premier a la générosité de ne pas mettre toutes ses voiles dehors; il reste encore quelques vides dans le haut de ses

mâts; aussi dès que la Sara a étendu ses deux

| | Dl 1 : 48

grandes ailes, elle se rapproche facilement de son rival. Dès lors, tout s’agite chez nos voisins. “ À bas ia générosité,” devient le mot d'ordre sur l’Hubert-Paré ; toutes ses vergues se couvrent de voiles et le dernier pouce de toile est livré au vent.—Peine inutile ! la Sara coule si lestement à côté de son rival, qu'elle le laisse promptement en arrière, et, dans une course de six lieues, elle le devance au moins de quatre milles. Nous laissons le capitaine V. se frotter les mains de joie, et l'équipage étudier le mouvement des voiles afin de les faire toutes porter, et nous nous occupons de quelques leçons d’histoire naturelle que nous donnent les oiseaux.

Des perches enfoncées en terre s'élèvent audessus de l’eau, sur les bords du Ristigouche ; elles servent, soit à retenir les rets, soit à en marquer la position, et forment une forêt marine. De grosses bandes d'esterlets y ont élu leurs do-

miciles. Chaque bout de bois qui s'élève au-

ement de DS Voisins.

ot d'ordre 8 8e CoUe toile est a coule si le le laisse > course de de quatre . se frotter ier le mouates porter, cons d'his-

| oiseaux.

lèvent austigouche ;

soit à en rêt marine.

u leurs do-

s'élève au-

dessus de la surface des eaux en porte deux, trois, ou plus, selon le nombre de nœuds qu'il peut offrir. L’esterlet est sans cesse en mouvement. Une bande arrive, fatiguée d’être sur l'aile, et fond sur celle qui est en possession des perches. (Celle-ci s'élève, va décrire quelques cercles dans l'air et revient s'emparer de ses possessions. Leurs évolutions aériennes, leurs combats, leurs cris animent et vivifient les bords de la rivière, surtout dans les parties où ils seraient le plus monotones ; car rien n’est plus triste qu’une pêcherie couverte d’eau et où l’on n’aperçoit plus que des milliers de perches, qui restent engourdies et immobiles, tandis que le

courant fuit alentour avec rapidité.

Le capitaine V. obligé de se présenter à Dalhousie pour obtenir ia permission de disposer de sa pacotille dans le Nouveau-Brnnswick, mouille vis-à-vis de la ville, et peu après l'Huà bert-Paré, tout confus de sa déconfiture, vient

to Ca ke

jeter l'ancre auprès de nous. Comme le missionnaire de Carleton va nous laisser pour retourner au chef-lieu de sa mission, nous allons reconduire notre confrère et visiter en même temps ce beau bâtiment, qui est un modèle d'ordre et de propreté, Nous y trouvons madame P, environnée de tous ses enfants, dont quelquesuns se forment à la marine, sous l’œil exercé de leur digne père.

Les papiers de notre patron mis en règle, nous quittons la rivière de Ristigouche, pour entrer dans la baie des Chaleurs. Devant nous, s'étend une mer rase et resplendissante sous les rayons du soleil. Le fond de la baie fuit ; les hauteurs décroissent, les côteaux disparaissent, et bientôt l’on n’aperçoit plus en arrière qu’une ligne bleuâtre, dansant à l’horison. Ce tables nous rappelle le beau vers d’un poèt:

a tant fait de mauvais :

‘ Chinon au loin blanchit, dé:roit et disparaît. ”

mission-

etourner 3 heures après midi,

18 recon-

1e temps Nous arrivons au Petit-Rocher, escortés par l'ordre et douze berges, qui sont venues au-devant de jame P. monseigneur de Sidyme. Déduction faite d'une quelques- heure passée à Dalhousie, la Sara n'a mis que cent dd huit heures à parcourir les vingt lieues qui

séparent le village de Ristigouche du Petit- Rocher.

en règle, M. Madran, missionnaire du lieu, a préparé

ses paroissiens pour la visite épiscopale, de

sorte qu'après l'office de l'après-midi, nous pou-

vons nous donner le plaisir de visiter les rochers

fuit ; les “ à de la grève. Aussi en profitons-nous à notre aralssent, : Û } aise. Tandis que M. N. se livre avec ardeur à de: recherches minéralogiques et conchologi-

8, il croit remarquer une belle pierre blanche, à demi-cachée sous des feuilles de varech ; pour la saisir il enfonce avidement la main

dans lea : “ Seigneur, que ça mord !” s’écrie-

RAS LC —" - — :

Ti Ar ee Rene — — —- = ee er TS RS Le Te = nes Re re 2

t-il, en retirant précipitamment les doigts, et secouant sur le sable un homard, qui heureusement n’a pu lui entamer que la peau.—‘“ Maudit coq, tu mourras ; ” disaient les fileuses de La Fontaine. “ Maudit homard, tu grilleras ; ” fut le cri général d’exécration, à la vue du traitre, coupable d’une si honteuse supercherie. Le même soir, en effet, accompagné de plusieurs individus de son écaille, il a été dépecé par

celui qu'il avait voulu tenailler.

Après cet accident, les recherches se font avec plus de prudence ; dès que le blessé aperçoit un caillou blanc au fond de l’eau, il bat en re-

traite, et se porte à la bouche le doigt qui a

failli devenir la victime d'un infâme guet-à-pens.

Le presbytère est un bâtiment neuf, construit sur un rocher, qui s’avance dans la mer et

donne à l'établissement le nom de Petit-Rocher.

À l'extrémité de la pointe, s'élève une haute

doigts, et heureuse- -“ Maudit ses de La ras ;” fut du traître, herie. Le , plusieurs

lépecé par

e font avec sé aperçoit

bat en re-

oigt qui a

uet-à-pens.

tit-Rocher.

une haute

croix, appuyée sur le roc et soutenue par quelques pierres. Bien qu'exposée à la fureur des vagues, qui, dans les grandes marées, viennent battre contre son pied, elle a jusqu’à ce jour

résisté à toutes la violence des vents et des flots.

Dans notre catholique pays, la religion a planté ce signe sacré aux lieux qu’elle veut particulièrement honorer, et elle l’a placé sur la voie de l’homme, partout où il a besoin de force et de consolation.

La croix veille sur le champ de la mort, afin que le chrétien, conduit par la douleur auprès du tombeau de ceux qui lui furent chers, y trouve un gage d'union entre les vivants et les morts. Avec respect et reconnaissance, le nautonnier salue la croix du rivage, qui lui désigne l’écueil à éviter et l’avertit de prier pour l’âme du pauvre naufragé.

Succombant sous la fa-

tigue et brûlé par l’ardeur du soleil, le pélerin, qui a suivi le chemin poudreux de la vallée, s'arrête pour se reposer près de la croix, au pied de laquelle murmure un ruisseau et qu'ombragent les lengs rameaux de l’érable ou de l’orme, La croix marque l'endroit où furent déposés les restes de l’inconnu, qui mourut au coin du bois, sans qu’une voix amie lui adressât un mot de consolation ; rudement taillée, elle apparaît au détour du tortueux sentier qui circule dans l'épaisseur de la forêt, et elle étend ses bras sur

l'aventureux pionnier, pour lui rappeler que, |

même dans ces solitudes profondes, il est toujours sous la sauvegarde de Dieu.

Juillet, 26.

M. Madran dessert les missions de la Rivière- Jaquette, de la Belle-Dune, du Petit-Rocher et de Nipisiguit, où depuis quelques années beau-| coup d’Irlandais se sont établis auprès des Acadiens. :

RSS e pélerin, la vallée, 1x, au pied qu'ombra- . de l’orme.

nt déposés au coin du st un mot lle apparaît ircule dans ses bras sur ppeler que, 8, il est tou-

illet, 26.

e la Rivièreit-Rocher et nnées beaurès des Aca-

Vers midi, nous laissons ce village, et emme-

nons avec nous M. le missionnaire et quelquesuns de ses paroissiens.

La distance du Petit-Rocher à Nipisiguit n'est que de quatre lieues, et nous serions arrivés en peu de temps à ce dernier endroit, si le vent eût continué de souffler ; mais un calme plat succède à la brise favorable, et empêche la Sara de continuer sa course. Par bonheur, plusieurs berges viennent à notre rencontre ; sept ou huit d’entre elles sont attachées les unes aux autres et nous remorquent dans le bassin. Comme la mer baisse rapidement et que le chenal est difficile, il nous faut trois longues heures pour parcourir trois milles, de-

puis la passe jusqu’au fond du port.

Le bassin de Nipisiguit est séparé de la baie du même nom, par une pointe basse et sablon-

neuse que traverse un étroit goulet. Pendant

| EEE |

une de ses visites pastorales, monseigneur

Plessis fut condamné à passer la nuit en plein

Il air sur cette pointe, alorsinhabitée, mais aujour-

d'hui occupée par des maisons et des chantiers.

De l’entrée du goulet, on aperçoit à droite et

à gauche des habitations nombreuses, an mi-

lieu de champs cultivés. Au fond du port,

beau bassin circulaire, dont le diamètre est

d'une lieue, brillent les toits de la petite ville

de Bathurst et le clocher de l’église catholique,

à l'ombre duquel s’est réfugié un village aca-

dien.

Toute nouvelle encore, la ville de Bathurst

possède déjà plusieurs maisons de commerce ;

celles de Cunard, et de Gilmour et Rankin y

font des affaires considérables. Elle est le

siége d’une cour, et, par ccnséquent, elle réunit

des hommes de loi et tous les officiers qui se

rattachent à un tribunal judiciaire. C’est ici

retirirniietieieirhththl TS nseigneur t en plein ais aujouT-

; chantiers.

L à droite et ses, au mid du port, liamètre est a petite ville

catholique,

village aca-

de Bathurst commerce ; et Rankin y Elle est le

t, elle réunit

ciers qui se e. C’est ici

aussi qu'habitent les notables du comté, attirés par les avantages qu'offre la position centrale de la ville.

Du débarcadère, monseigneur de Sidyme se rend directement à l’église, suivi d’une foule de catholiques et de protestants. Comme il est sept heures du soir, il est forcé de congédier les assistants après leur avoir adressé une

courte exhortation,

À notre grande surprise, le presbytère, que nous pensions trouver désert, a été meublé et préparé pour six ou sept voyageurs. Les chambres renferment des lits resplendissants de blancheur ; dans la large cheminée pétille un bon feu, autour duquel s'empressent plusieurs matrones du lieu, armées d’ustensiles de cui sine ; tout nous annonce que nous trouverons le souper et le coucher, sans être obligés de

retourner à la goëlette, Ces préparatifs sont

dûs aux soins bienveillants du père Doucet, qui, pour nous héberger conven:blement, a fait transporter au presbytère une partie des meu-

bles de sa maison.

À peine nous a-t-il introduits dans notre logis, que les principaux citoyens de Bathurst arrivent pour saluer l’Evèque de Sidyme. Parmi eux se trouve le représentant du comté de Gloucester, M. End. Jeune encore, il était employé comme avocat à la cour de Bathurst, torsqu’aux dernières élections la portion francaise de la population jeta les yeux sur lui, pour se faire représenter au ‘parlement du Nouveau-Brunswick. Dès la première session à laquelle il assista, il acquit une réputation bien méritée d’habileté et d’éloquence ; comme orateur, il n’a peut-être pas son égal dans la chambre basse de la province. Il s’est jeté dans

la faible minorité tory, qui soutient le pouvoir

exécutif. Cependant son toryisme est beaucoup

tre logis, rst arrir . Parmi omté de était em- Bathurst, tion fransur lui, ment du re session

éputation

e ; comme 1 dans la jeté dans e pouvoir

beaucoup

plus libéral que le radicalisme de certains personnages du parti opposé. Quoique irlandais et protestant, il a défendu contre eux les intérêts des catholiques acadiens, qui, dans une grande partie du Nouveau-Brunswick, sont plus

nombreux que les sujets d’origine britannique.

M. End est accompagné de M. Morin, membre du parlement provincial du Bas-Canada. Notre compatriote est en route pour la Nouvelle-

Ecosse, où il va traîter avec les commissaires

1 des provinces voisines, au sujet du site et des

frais d'établissement d’un nouveau phare dans

[le golfe Saint-Laurent.

Au souper, nous jouissons de la compagnie de M. le grand-vicaire Macdonald, qui, après nous avoir laissés, il y a bientôt huit jours, est venu attendre monseigneur Sidyme à Nipisiœuit ; ainsi que M. Morin, il loge à l'hôtel tenu par M. Doucet.

Ce brave père Doucet est un des Acadiens

les plus riches et les plus respectables du Nou-

veau-Brunswick. Il a toujours été l'ami des

missionnaires, et très-souvent leur hôte. Par son

industrie, il s’est créé une petite fortune, et

possède aujourd'hui de grandes fermes, sur

lesquelles il a, dans une seule année, recueilli

jusqu’à trois mille minots de pommes de terres.

Trois rivières viennent tomber dans le bassin

de Nipisiguit et forment ainsi deux péninsules.

Entre la rivière Tétigouche et la rivière du

Mitan, s’avance une pointe qui domine sur tous

les environs, et qui, par sa position, son escar-

pement et son élévation ressemble au cap de

Québec. Sur le bout de cette pointe sont placés

l'église catholique et le presbytère, édifice pres-

que neuf, bien fait, et admirablement situé. De À

ses fenêtres l’on aperçoit le bassin garni de

navires, la ville de Bathurst bâtie sur un pla-

teau entre la rivière du Mitan et la grande

Acadiens s du Noul'ami des e. Par son fortune, et »rmes, sur », recueilli

8 de terres.

nsle bassin À

péninsules.

rivière du ine sur tous son escar-

au cap de

sont placés

Sdifice pres-

it situé. De | n garni de sur un plat la grande

rivière de Nipisiguit, et, au-delà, de fort belles campagnes, qui s'abaissent graduellement vers le port. Au pied du cap, sur une étroite grève, s'étend un petit village, qui par sa position rap-

pelle la basse-ville de Québec.

Un beau chemin, de douze lieues de longueur, unit Bathurst avec Miramichi. C’est par cette voie que les villes et les villages des bords de la baie des Chaleurs communiquent avec Saint- Jean et avec Frédéricton, capitale du Nouveau- Brunswick ; c'est aussi la route par laquelle, pendant l'hiver, les habitants de la Gaspésie entretiennent des rapports avec Québec.

Le commerce de Bathurst est si considérable, que, l’année dernière, cent quarante navires

européens et cent-trente goëlettes employées au

cabotage y ont pris des chargements. Cependant En

se réunissant, les trois rivières forment un M

le port est sujet à un grave inconvénient.

chenal, que les bâtiments doivent suivre pour arriver au quai. Son cours est si tortueux et si étroit, que deux goëlettcs ne s'y rencontrent qu'avec le risque de s'échouer. Les difficultés augmentent, quand plusieurs bâtiments, environnés de trains de bois, restent à l'ancre dans ce passage pour y recevoir leurs chargements. Le reste du bassin qui a peu de profondeur peut à peine porter de petites goëlettes.

Voici comme les sauvages expliquent les méandres de la rivière Nipisiguit. ‘“ Le grand esprit,” disent-ils, ‘“ faisait chaudière sur le cap. Il venait de prendre une grosse anguille et s'apprétait à l’'écorcher, lorsqu'elle glissa entre ses doigts, tomba dans le bassin, et, en s’enfuyant vers la mer, creusa dans le limon le chenal étroit

et to:tueux qui cause tant d’ennui aux pilotes.”

Nipisiguit se trouvait d’abord renfermé dans et

l'immense territoire accordé au sieur Nicolas E Il

ivre pour ueux et si ncontrent difficultés onts, envincre dans argements.

profondeur

tes.

iquent les “ Le grand sur le cap.

anguille et lissa entre à s'enfuyant henal étroit

ux pilotes.”

fermé dans

ur Nicolas

Denys. Cette concession ayant plus tard été considérée comme invalide, le gouvernement français accorda des terres qui avoisinent la rivière de Miramichi au sieur Denys de Fronsac ; les autres parties du domaine de son père furent distribuées à quelques personnes, qui s'engagèrent à les faire valoir. En vertu de cet arrangement et par acte du trois août 1689, Philippe Hesnault, qui habitait ces lieux depuis plusieurs années, obtint du roi le tief de la

rivière Nipisiguit, contenant deux lieues de

| front sur la même profondeur. Hesnault faisait

la pêche en grand et s’occupait de la traite avec les Micmacs, qu'il s'était attachés, en épousant une femme de leur nation. Après sa mort, une partie de sa famille paraît s'être établie dans les environs de Québec.

Le récollet Chrestien LeClerq était à Nipisiguit comme missionnaire des sauvages en 1678.

Il parle assez longuement du sieur Hesnault, à

D. 2e rs

propos d’un voyage qu'ils firent ensemble de Nipisiguit à Miramichi. t

Comme ils devaient être accompagnés de

quelques sauvages et que le voyage était alors |

long et pénible, ils s'étaient munis des provi-

sions jugées nécessaires.

“ Pour cet effet,” écrit le Père LeClercq, ‘“ on fit nos provisions qui consistaient en vingtquatre petits pains, cinq à six livres de farine, trois livres de beurre et un petit baril d’écorce, qui contenait deux à trois pots d’eau-de-vie.” Les vivres leur manquèrent cependant en chemin, Car ils avaient compté, sans songer à l’ap-

pétit des sauvages et aux accidents de la route.

“ Nipisiguit,” ajoute-t-il, “est un séjour des

plus charmants qu’il y ait dans la grande baie

1 Mouvelle Relation de la Gaspésie.

:mble de de Saint-Laurent : il n’est éloigné que de douze à quinze lieues de l'ile Percée. La terre y est fertile et abondante en toutes choses ; l'air y

ti de À °stpuret sain. Trois belles rivières, qui s’y

était alors | les provi-

déchargent, forment un bassin très-agréable dont les eaux se perdent dans la mer, par un détroit qui en fait l'entrée et l'ouverture. Les récollets de la province d'Aquitaine y ont com-

" mencé la mission en 1620, et le P. Bernardin, ercq, ‘“ on

en vingtde farine, ] d’écorce,

au-de-vie.”

un de ces illustres missionnaires, mourut de

faim et de fatigues, en traversant les bois pour aller de Miscou et de Nipisiguit à la rivière

Saint-Jean, à la Cadie, où ces Révérends Pères avaient leur établissement principal. Les RR. PP. Capucins et singulièrement les RR PP.

Jésuites y ont exercé leur zèle et leur charité pour la conversion des infidèles ; ils y ont fait bâtir une chapelle dédiée à la sainte Vierge ; et l'on remarque que celui de ces Pères qui quitta A cette mission laissa son bonnet dessus l'autel,

disant qu'il le viendrait chercher quand il lui

Teener armee

plairait, pour faire connaître que sa compagnie

avait droit d'établissement dans ce lieu.”

“ Le sieur Hesnault y cultive la terre avec succès, et .ecueille du froment au-delà de ce

qu'il en faut pour les besoins de sa famille.”

Voilà quel était Nipisiguit à cette époque reculée. Des Français continuèrent d’y résider en petit aombre jusques vers 1756; alors quelques familles acadiennes y arrivèrent, et s'éta-

blirent en ces lieux, dont les héritiers du sievr

Hesnault semblent ne s'être plus occupés. Du

moins personne n’empêcha les colons de défri-

cher le terrain, dont ils ne connaissaient d’autre

maître que Dieu et le roi de France.

Après la cession du Canada aux Anglais, le pays dans lequel se trouvait renfermé Nipisi-

guit fut érigé en province, sous le nom de Nou-

eau-Brunswick, et partagé en lownships. Ac-l

»mpagnie

erre avec

elà de ce

mille.”

te époque

d'y résider |

alors quel-

t, et s'éta-

rs du sievr

upés. Du

s de défri- |

ent d'autre |

Anglais, le | mé Nipisim de Nou-

ships. Àc-È

coutumés à ne point payer de rentes, les an-

ciens habitants de ce lieu ne s’occupèrent point

des redevances, qu’on ne leur demandait point.

Plus tard, les officiers du gouvernement provin-

clal se ravisèrent à ce sujet; depuis quelque

temps, la question des rentes territoriales fait

du bruit dans la province, et ne sera définitive-

ment réglée que par legouvernement impérial.

Les cultivateurs du Nouveau-Brunswick sont,

après tout, fort heureux de n'avoir pas été

traités comme ceux de l’île Saint-Jean. Là,

comme ici, s'étaient établies des familles aca-

diennes. Quelques années après que l’île eû

passé sous la domination de l'Angleterre, des

gentilshommes anglais et écossais s’avisèrent

de se la faire partager en seigneuries ; leur

demande fut facilement accordée, sans aucun

égard aux droits des anciens habitants. Aiors,

sur les épaules des premiers propriétaires,

tomba un joug de fer dont ils ne purent se

débarrasser. À la suite de longues discussions, on leur permit de garder leurs terres pendant quarante ans, à condition qu'ils paieraient une

rente annuelle de cinq louis; encore, cette

grâce ne fut-elle accordée que par quelques-.

uns des seigneurs. Les autres laissèrent les terres à bail, pour vingt ans seulement, et exigèrent une rente annuelle de dix et même de vingt louis. La conséquence naturelle de cette spoliation a été que beaucoup d’Acadiens ont été ruinés et ont cédé la place à des fermiers écossais. Ceux-ci, à leur tour, ont éprouvé le même sort, et sont partis aussi pauvres que leurs dévanciers. Les plaintes soulevées contre ces injustices ont été efficacement étouffées, par les gens qui en profitent et qui sont les maîtres

dans les chambres législatives.

Juillet, 27.

À midi, nous sommes prèts à faire route ;

mais le départ est retardé par l'absence de

cussions, pendant ent une ore, cette quelques-.

sèrent les ement, et et même turelle de d'Acadiens à des fernt éprouvé uvres que ées contre buftées, par

les maitres

lei, 27.

ire route ;

bsence de

quelques-uns des matelots, que la curiosité retient à Bathurst. Le vent est favorable, et cependant ils nous font attendre deux grandes heures. Voilà un beau champ pour la mauvaise humeur ; heureusement la lecture des journaux canadiens, que nous venons de recevoir de Québec, adoucit la bile des mécontents, et fait oublier les reproches préparés pour l’arrivée des retardataires.

Vis-à-vis de Nipisiguit, la baie des Chaleurs est dans sa plus grande largeur. Commeil y a environ sept lieues d’une côte à l’autre, l’on ne peut, du nord, distinguer les terres basses du Nouveau-Brunswick ; d'ici, au contraire, l’on aperçoit clairement les montagnes du district de Gaspé.

Les rivages présentent une suite non interrompue d'habitations et de champs cultivés,

entre Nipisiguit et Caraquet.

Près de ce der-

nier endroit, est Poccha, qui possède une cha-

pelle, et fournit au commerce de Québec d’ex-

cellentes meules à aiguiser ; leur réputation a

Page 1