‹ La gastronomie; poemeChapitre 21 sur 33 · SUR LA MELANCOLIE · texte numérisé non relu

SUR LA MELANCOLIE

JL RÊVE de joie et de plaisanterie ,

Changez de ton, mes amis, je vous prie.

Vous avez ri jusqu'ici par erreur :

Je vous invite à la mélancolie.

II faut quitter votre aimable folie

Pour les plaisirs que donne la douleur.

Vous avez cru que cette courte vie ,

Où tant de ruaux viennent nous assaillir,

Par quelques jeux devait être adoucie ,

Et que les ris la devaient embellir ;

Vous vous trompiez : la chose est éclaircie.

FUGITIVES. i6^

J'en suis lâché , mais le fait est constant :

On ne devient immortel qu'en pleurant

Enfoncez-vous sous les sapins antiques Qu'a respectés la hache des humains ; Iià , sur le front appliquez-vous les mains , Et donnez-vous des airs mélancoliques.

Dans les déserts tâchez de vous sauver ; Non loin des ours metlez-vous à rêver.

Ce voisinage est meilleur qu'on ne pense : Vous trouverez les ours intéressans :

Puisqu'il faut voir malgré soi les vivans ,

Alix animaux donnez la préférence.

Le vrai bonheur est caché dans les bois

Mais cependant, vous pouvez quelquefois

Jeter les yeux sur les hommes > vos frères.

Exagérez leurs maux et leurs misères;

învitez-les d'avance à préparer

Ce qu'il leur faut pour se faire enterrer

i64 POESIES

Aimable sexe orné de tant de charmes , Vous qui fixez les amours sur vos pas , Qui semblez fait pour essuyer nos larmes y Ah ! par pitié ne les essuyez pas.

Fuyez mais non, ne fuyez pas encore*,

Venez gagner le mal qui nous dévore.

Des grands penseurs prenez la dignité, La mine austère et l'air misanthropique. De vos boudoirs chassez la volupté , Pour faire place à la métaphysique ; Au fond des puits cherchez la vérité; Ne montrez plus à la société Ce doux sourire et ces grâces badines * Oui savent trop le chemin de nos cœurs. Ke parez plus de guirlandes de fleurs Vos fronts charmans et vos tailles divines :

Couronnez-vous de ronces et d'épines

Adieu, plaisirs, folie, encbantemens ,

FUGITIVES. i65

Illusions, souvenirs consolans...,.

Vous êtes faits pour les âmes vulgaires ; Laissons aux sots ces brillantes chimères ; Rêvons, pleurons.... c'est, dit-on, le vrai bien. —Mais à quoi boni... — Ma foi, je n'en çais rien;

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