SUR LA MELANCOLIE
JL RÊVE de joie et de plaisanterie ,
Changez de ton, mes amis, je vous prie.
Vous avez ri jusqu'ici par erreur :
Je vous invite à la mélancolie.
II faut quitter votre aimable folie
Pour les plaisirs que donne la douleur.
Vous avez cru que cette courte vie ,
Où tant de ruaux viennent nous assaillir,
Par quelques jeux devait être adoucie ,
Et que les ris la devaient embellir ;
Vous vous trompiez : la chose est éclaircie.
FUGITIVES. i6^
J'en suis lâché , mais le fait est constant :
On ne devient immortel qu'en pleurant
Enfoncez-vous sous les sapins antiques Qu'a respectés la hache des humains ; Iià , sur le front appliquez-vous les mains , Et donnez-vous des airs mélancoliques.
Dans les déserts tâchez de vous sauver ; Non loin des ours metlez-vous à rêver.
Ce voisinage est meilleur qu'on ne pense : Vous trouverez les ours intéressans :
Puisqu'il faut voir malgré soi les vivans ,
Alix animaux donnez la préférence.
Le vrai bonheur est caché dans les bois
Mais cependant, vous pouvez quelquefois
Jeter les yeux sur les hommes > vos frères.
Exagérez leurs maux et leurs misères;
învitez-les d'avance à préparer
Ce qu'il leur faut pour se faire enterrer
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Aimable sexe orné de tant de charmes , Vous qui fixez les amours sur vos pas , Qui semblez fait pour essuyer nos larmes y Ah ! par pitié ne les essuyez pas.
Fuyez mais non, ne fuyez pas encore*,
Venez gagner le mal qui nous dévore.
Des grands penseurs prenez la dignité, La mine austère et l'air misanthropique. De vos boudoirs chassez la volupté , Pour faire place à la métaphysique ; Au fond des puits cherchez la vérité; Ne montrez plus à la société Ce doux sourire et ces grâces badines * Oui savent trop le chemin de nos cœurs. Ke parez plus de guirlandes de fleurs Vos fronts charmans et vos tailles divines :
Couronnez-vous de ronces et d'épines
Adieu, plaisirs, folie, encbantemens ,
FUGITIVES. i65
Illusions, souvenirs consolans...,.
Vous êtes faits pour les âmes vulgaires ; Laissons aux sots ces brillantes chimères ; Rêvons, pleurons.... c'est, dit-on, le vrai bien. —Mais à quoi boni... — Ma foi, je n'en çais rien;
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