VIII LETTRE A L' AUTEUR
L'histoire de la cuisine des anciens , ensuite votre repas , composé d'un premier, d'un second service et du dessert, forment la matière d'un poëme on ne peut plus régulier, contre lequel je ne pense ])as qu'il y ait rien à dire , à moins que l'esprit de parti ne s'en mêle. Mais il s'"en mêlera , il ne faut pas en clouter : vous devez bien croire que les marmitons de la littérature ne vous pardonneront pas vos succès. On ne fait pas impunément dans ce siècle-ci un ouvrage de l'importance du vôtre. On vous querellera arec acharnement sur des mots ; on ne vous fera pas grâce sur un hémistiche •, on ne vous saura aucun gré d'avoir élevé un monument utile au bonheur dos hommes. Voilà les orages accoutumés de la lépublique des lettres. Tout cela s'apaisera, il est vrai , quand vous serez mort ; et alors vous jouirez, à dater de votre enterrement, d'une gloire solide. En attendant , ne vous fâchez point. Quand on vous attacjuera , répondez par un poëme ; quand on reviendra à la charge, répondez par un autre poëme , et ainsi de suite. Avoc la facilité que je
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yoiis connais , il n'y a rien que vous ne puissiez jnettre en vers , jusqu'à l'art de planter des choux.
Vous saurez , mon cher ami , que dans mon enthousiasme j'ai songé à mettre toutes vos leçons en pratique; mais je me suis d'abord aperçu que ma petite fortune ne me le permettait pas , ce qui, je vous assure , m'a causé beaucoup de chagrin. J'aurais bien désiré avoir iiu bon château dans V Aui^ergne ou la Bresse , ou les empirons de Lyon, comme vous le conseillez très-bien , pour y faire ])onne chère et y vivre à gogo ; je sens combien cela eût été agréable pour moi. Hélas ! il faut que je me borne à ma petite maison, et que je me passe d'un bon cuisinier, qui est une chose pourtant bien essentielle , comme vous le donnez à entendre. Il faudra que je me dispense aussi , ne vous en déplaise , de manger du poisson des deux mers , et de boire du Chambertin à mon ordinaire. Croyez qu'il m'en coûte beaucoup , mon cher ami , d'être dans l'impuissance de profiter de vos bons conseils, et que c'est une grande mortification pour m:-'