LES INDISCRÉTIONS D'UN GARÇON
CHAV80NKETTE COlflQCB
Chantée par M. Levassor, au théâtre des Yariétés. Paroles de H. Lbfokt, musique de M. WALSiait.
(Parlé,) Messieurs et Mesdames, je me marie demain. Les personnes qui voudraient bien m'honorer de leur présence et me faire
savoir leur adresse, receyront TinvitatioD suivante :
u M. ROSSIGNOL a Vhonnwr de cow fnirt part du Mariage de M. MERLE , son beau-fils, avec M"« PINSON. Les époux seront bénis à Saint-Nicolas-des-Champs. On dtnera rue de V Oseille; on y dansera peut-être, mais c'est moins sûr. »
Adieu^ ma folle vie^ Adieu, g^arçons, adieu!
Demain, à la mairie Je me marie...
Le mariage est une loterie...
A la grâce de Dieu !
Dans une heure ma future Va visiter ma maison ; Elle fera, je le jure, L'inventaire du garçon; Elle voudra, la pauvrette, Découvrir quelques secrets.
ma chambre, sois muette, Oreillers, soyez discrets!...
[Parlé.) Oui, ma future va venir dans une heure; mais, dans une heure, j'aurai brûlé tous ces dons d'amitié qui tombent chaque jour dans les appartements de garçons^ et
j*en jetterai les cendres sons les pas de ma femme; ma femme l... oui!... une jeune personne ingénue et candide à qui j'ai demandé : M'aimerez-vous ? et qui m*a répondu : « Je ne sais pas; parlez à maman; m conune on dirait : Parlez... au portier. Voilà celle qui doit me faire oublier le passé, mes bals de l'Opéra, et mes nuits, et mes émotions, et le tremblant Qui est là ? de réponse et le terrible C'est moi! du mari, et mes fuites sur les toits dans le costume des anges disputant aux chats un lit dans la gouttière!... Il faut oublier tout celai
Adieu, etc.
Commençons, mon feu s'allume, L'œuvre de destruction :
Sachet, et vous, essuie-plume, Au feu! sans distinction; Pantou^es, petite glace, Portefeuille, au feu ! Demain, Là, dans l'âtre, à votre place Sera le bois de l'hymen.
[Parlé.] Voyons, cassette, mes amours, rends-moi fidèlement compte de ce que tu as reçu. Qu'est-ce que c'est?... un papillon sur lequel on a brodé ces mots : Vole vers moi :
ne crains pas la chandelle, je la soufflerai,,, an
feu!... Ceci?... ah! c'est on soufflet; on y lit : Tu m'en a» donné un, ;e U le rende. Pauvre fille!... quelle abnégation!... au fenl Voici un épag^eul sur' lequel on a fait g^raver cette épigramme : Sois chien pour la fidélité, mais ne le sois pas pour Us maîtresses. Une rose ? (une clarinette où raccompagnateur joue:
Tu n'auras pas ma rose!) puisque je l'ai, au feu! Une petite bassinoire sur laquelle on lit: Tu es si froid! au feu! au feul... Ceci, c^ebt le portrait de mon cheval, au bas duquel on a écrit : Jlfaimes-tu autant que lui ? noUi certes, an feu!... Ah! voici une jolie paire de bretelles^ avec cette inscription brodée en soie : ye me porte jamais sur tes épaules. Pauvre Julie ! j'ai cependant eu la constance de la porter ainsi pendant quinze jours !... Qu'est-ce quo c'est que cela? un corset!... vite au feu!...
Adieu, etc.
Au fond de cette cassette, €e sont des lettres d'amour, Dans un style de grisette.
Simple et naïf tour à tour :
Patois mis en paragraphe Sur papier à tranche d'or, £t vous, fautes d'orthographe, Je veux vous relire eucor...
{Parlé,) Voyons le n* 1, quelle est-elle?
C'est la première d'Emilie, dite Jujabe. Ou rappelait Jujabe, parce qu'elle se disait toajours enrhumée pour qu'on lui en payât. [Liaant len* l) :
M Mossienr
« Pour quit me prenez vons^ sachet que je né pas rhabitode de ressevoîr des lettes des mossieu vous ette malin formé je tous défan de mégrir. ,
£milit me Chochat 4, au 3* la porte en fasse. »
(Après avoir lu,) Au feul... A une autre...
c'est de Félicité!... [UtanlU n* 2) :
u Mon cher Angusse
« La venve d'un cheffe d'escadre rond mort en 1804 étant dans le plus pressans besouîn ne pourrait tu pas adressé chez moi ton offrande 6 malheur avec lequel J'aurai Thonnenr d'être
FiêuoiTi. »
{Àprèa avoir lu.) Le chef d'escadron était mort dix-huit ans avant que sa veuve ne viat au monde, au feu I La troisième est d'un basbleu. (Lisant Un'' 3):
u Monsieur,
M Pour couper court à la calomnie, Je ne TOUS dirai qu'un mot : au temps des Romains, je serais encore digne d'entretenir le feu sacré dans le temple de Yesta.
Hesmioke. »
{Après avoir lu,) Au feul... Celle-ci est anonyme. [Lisant le n* 4 j :
u Serrepaon tu père irra sur le chat fautrete. »
[Après avoir lu.) Qu'est-ce que cela voulait donc dire ? Ah! j'y suisl Tu périras sur Véchafaud, traître I.., Au feu!... Cette autre est de Léonie, elle avait la manie de rimer des charades : voici une de celles qu'elle m'envoya. [Lisant le n^ 5) :
u Un oiseleur saut moi n'atrape rien au vole a Le pêcheur ne pêche pas quan de moi il est
[veuf u Ceux du pont de Cinq Clout me désole ; M J'aime mieux an gratin ceux de sole, « Ou bien aux charapinions ceux de bœuf.
« Le mot de la charade d'avant-z-hier est :
On ne Ifume pas issy. »
[Aprèt avoir lu.) Au fea !... En Toici une que j*ai reçue ce matin. [Lisant 2e n« 6) :
« Bel ange, m On dit que tu yas te marier. Bonne chance; si tu trouvais un mari pour moi, quelque chose de pas trop clair-voyant, envoyé moi donc ça. J'aimerais assez une oreille dure, un vieux sourd. Le monde est si méchant que mon mariage n*est possible qu'avec cette espesse d^homme là.
Adieu ta Palmibe. »
{ Après avoir lu.) Au feu!... Il n*en reste plus que deux. Celle-ci est de Zoé ; elle est facile à reconnaître, elle met des cédilles sons les S. [Lisant /eno?) :
« Ma biche, M Mon parrain qui vient de menvoyer de Dieppe des sabot et des arrang pauvre chère homme qui crois que jean mange encore et que jean porte toujours c*es donc pour te dire. Je suis etté ché le vieux duc. Après bien des si des mais, il a fait des si des ment sont testament et il m'a mis dedans il ne m'a rien lessé du tout moi ki le mâtin même é u la bêtise de la souh eater la bonne ané et une
parfaite santé. Je regrette la parfaite santé. M A ce soir mon gros jouffla.
Zoé qni t^aime I ! »
{Après avoir lu.) Au feu !... Aux derniers les bons... Cette lettre renferme une allégorie, que m'envoya une marchande de denrées coloniales : un cùmichon et du macaroni^ cela voulait dire : mon mari va filer. . .
On frappe... c'est ma future... Messieurs^ je réclame toute votre discrétion... Je vais ouvrir..
Adieu, ma folle vie^ Adieu, garçons, adieu I Demain, à la mairie Je me marie...
Le mariage est une loterie...
A la grâce de Dieu !
La mnsiqne se trouve, à Paris, chex M. Heu, éditeur, 10, me de la Cluussée-d'Aatin.