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La généalogie des familles Richer de la Flèche et Hamelin; avec notes historiques sur Sainte-Anne-de-la-Pérade, les Grondines, etc

Des nombreuses études généalogiques que nous avons publiées, jusqu'à ce jour, la présente est la plus complète, celle que nous avons écrite avec le soin le plus minutieux, sous tous les rapports. Cette étude embrasse, en effet, toutes les branches de la famille Richer, l'une des plus anciennes et des plus nombreuses de la vieille paroisse de Sainte-Anne-de-la-Pérade, dans le comté de Champlain. Elle est complète, entièrement terminée, parce qu'elle comprend toutes les ramifications, si touffues ou si minimes qu'elles soient, de l'arbre gigantesque planté, à l'époque déjà éloignée de 1671, par le colon français, Pierre Richer et son épouse Dorothée Brassard.

En généalogie, dire qu'une étude est finie, c'est faire une bien grosse affirmation. Et cet avancé nous le faisons cependant, et cela d'autant plus volontiers qu'une partie notable de la matière qui compose le présent travail nous a été fournie par un membre de la famille Richer, dont la rare modestie et le mérite réel, même le nom, doivent rester inconnus du public. De nos jours, tant de personnes recherchent les honneurs de la publicité, aspirent à mettre leur nom en vedette, qu'un tel exemple d'abnégation vaut la peine d'être signalé. Notre rôle s'est donc borné à coordonner les matériaux, puis à leur donner une forme propre à en rendre la lecture plus facile, plus agréable au lecteur. Compilé avec soin, le présent ouvrage sera donc, nous l'espérons, un monument élevé à la mémoire des Richer d'hier et d'aujourd'hui.

En transcrivant toutes ces pièces documentaires, en lisant de vieux parchemins tout poudreux, conservés aux greffes des cours de justice, notre pensée se complaisait, parfois, à évoquer les souvenirs du passé. Et, pendant que défilaient sous nos yeux toutes ces générations disparues de la scène; que se déroulaient les anneaux multiples de cet immense chaînon formé par la descendance de Pierre Richer, que de réflexions se présentaient à notre imagination! Suivant le poète de Eaprade, c'était bien la

Race de nos aïeux tout à coup ranimés

Car, il ne faut pas l'oublier, ce monde disparu depuis à peu près deux cent cinquante ans, tout ce monde a bel et bien vécu, joué un rôle dans la société. Comme nous, en leur temps, ces disparus ont formé des projets d'avenir, cherché à améliorer leur sort et celui des êtres qui leur étaient chers. Leur vie, tout comme la nôtre, a été plus souvent semée de larmes que de joie ; sur les sentiers que foulaient leurs pas, trop souvent aussi la rose ne parvenait pas à dérober l'épine. Enfin, pour eux tous la mort est impitoyablement survenue, les ravissant à l'affection de leurs proches, bien souvent, trop souvent hélas ! avant la réalisation des rêves caressés, des projets foirmés, peut-être même à peine ébauchés! Ils ont respiré le même air que nous, joui de la vje comme nous ; comme eux, tôt ou tard, nous disparaîtrons à notre tour, pour entrer dans le grand inconnu d'oti personne ne revient! Et maintenant, de tous ces êtres qui ne sont plus, que nous reste-t-il, hors le souvenir et l'exemple de leur vie, de leurs vertus? Ne les oublions pas; gardons leur bon souvenir.

Mais, trêve à ces réflexions. On lit les paroles suivantes, dans le livre de Moïse: "Souviens-toi des an-

"ciens jours, pense à chacune des générations, interroge "ton père et il te les racontera ; interroge tes ancêtres et "ils te le diront." Pour mener à bonne fin le présent ouvrage nous avons donc pensé aux anciens, à chacune des générations, interrogé les ancêtres et puisé dans leurs écrits conservés aux greffes des vieux notaires et dans les registres paroissiaux. Et, comme la famille Richer, après avoir pris origine à Sainte- Anne, avec le temps, s'est vite disséminée dans au moins une trentaine de paroisses différentes, le lecteur aura une idée de la somme de recherches, de démarches multiples qu'il a fallu faire pour écrire cette généalogie, depuis ses commencements, en Canada, jusqu'à nos jours. Mais il y a plus encore. Car, ce qui compliquait davantage les difficultés à surmonter, c'est la diversité des surnoms adoptés, successivement, par les descendants de Pierre Richer. Il y a nombre de paroisses où ces derniers ne sont désignés que sous le nom de Laflèche; ils le sont, dans d'autres, sous les noms de Richer et Laflèche, réunis ; ailleurs, enfin, sous celui de Richer seul. Cette dernière appellation est la plus commune et nous n'avons pas hésité à l'adopter pour base de cette publication. Au reste, le vrai nom, le nom primitif, est bien d'ailleurs celui de Richer, tout court. L'autre nom, celui de La Flèche même, est bien souvent écrit en un seul mot réuni : Laflèche. Chacun l'écrit à sa façon.

Nous avons eu la bonne fortune de mettre la main sur des documents généalogiques extrêmement précieux, concernant les anciens Richer, de France. Adressés d'abord à Monseigneur Louis-François Richer-Laflèche, par les Soeurs Hospitalières de La Flèche, ces documents sont aujourd'hui en la possession de Monsieur le Chanoine J.-Télesphore Richer-Laflèche, curé actuel de la paroisse de Sainte-Anne-de-la-Pérade, et qui a bien voulu nous

les communiquer pour publication. Le lecteur, en les parcourant, pourra constater en quelle haute estime étaient alors tenus les Richer, de France, parmi leurs concitoyens. Une seule chose regrettable, c'est qu'il a été impossible de trouver le chaînon qui reliait les deux branches de la famille Richer, de la ville de La Flèche, avec la descendance de Pierre Richer, en Canada. Il n'y a cependant, aucun doute que ces trois différents rameaux appartiennent tous au même arbre primitif.

Aujourd'hui dans la seule province de Québec, on constate encore la présence d'un grand nombre de Richer à Sainte- Anne-de-la-Pérade et dans tout le comté de Champlain ; un plus grand nombre encore dans la région de Saint-Hyacinthe ; plusieurs branches dans les cantons de l'Est, à Saint-Laurent de Montréal, et en cette dernière cité; même plusieurs dans la région d'Ottawa. A Yamachiche, où la famille Richer a joué un rôle particulièrement remarquable, surtout à l'époque des succès financiers du seigneur Modeste Richer, il n'y a plus un seul rejeton de cette famille, du moins qui porte le nom de Richer. Les seuls descendants de cette dernière branche sont: M. le docteur Nérée Beauchemin, le poète si bien connu et qui eut pour mère Elzire Richer ; puis l'honorable Aram-J. Pothier, ce dernier, petit-fils d'Elisabeth Richer et parti d'Yamachiche il y a quarante ans pour aller tenter la fortune à Woonsocket, où bcs rares talents et son indomptable énergie viennent de le faire élire, par le vote souverain des électeurs, gouverneur de l'Etat du Rhod-Island. L'hon. M. Pothier est le premier Canadien des Etats-Unis parvenu à une aussi haute position sociale et politique.

A Sainte-Anne-de-la-Pérade, de tous les Richer, Monseigneur Laflèche est incontestablement celui qui a

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fait rejaillir le plus de gloire sur sa famille et sa paroisse natale. La vie de ce grand évêque est maintenant du domaine de l'histoire et peut donc être apprécié. Le second évêque des Trois-Rivières est à juste titre, le plus grand orateur sacré du Canada. Plusieurs écrivains ont reproché à Mgr Laflèche d'être intervenu dans les luttes politiques en faveur d'un parti. C'est une grande erreur. L'évêque missionnaire n'est jamais sorti des principes généraux; il n'a jamais critiqué les hommes, ni les partis. Citons deux exemples à l'appui de cet avancé. M. Napoléon Bureau, avocat des Trois-Rivières et père de l'honorable M. Jacques Bureau, solliciteur-général dans le cabinet Laurier, fut toute sa vie un ardent libéral, en matière politique. Nous l'avons bien connu. Un jour, nous lui demandions en quels termes il se tenait avec Monseigneur Laflèche : ''Mais nous sommes dans les meilleurs termes "du monde, répondit M. Bureau ; Monseigneur ne m'a "pas une seule fois gêné dans ma manière de voir et ju- "ger les choses de la politique." Ce témoignage vaut la peine d'être cité. Nous connaissons bien un autre libéral avoué, M. Charles Richer-Laflèche, aujourd'hui âgé de 85 ans et qui demeure à Montréal. Lui ayant demandé si, dans ses rapports fréquents avec Monseigneur Laflèche, soit à titre de cousin, soit autrement, ce dernier lui avait conseillé d'abandonner ses opinions : "Jamais, répondit-il "spontanément, Monseigneur, que j'ai rencontré des cer- "taines de fois, n'a fait la moindre allusion à mes idées "politiques. Je lui rends ce témoignage de grand coeur." Mais laissons ce sujet qui, du reste, est bien connu dans la région des Trois-Rivières.

A Saint-Laurent, de Montréal, Augustin Richer fut élu député du comté de Montréal, de 18 14 à 1820. C'est le grand-père de M. .l'avocat Antoine-Ovide Richer, beau-

père, lui-même, de M. l'avocat Gustave Lamothe. Cette branche de la famille Richer a fourni plusieurs religieuses distinguées, à la Congrégation-Notre-Dame et au Bon-Pasteur.

A Saint-Hyacinthe, M. Euclide Richer a été zouave pontifical, et la Cour de Rome, en récompense de sa vaillante conduite, lui a conféré le titre de chevalier. Dans le commerce de librairie, M. le chevalier Richer s'est, en outre, créé une position enviable parmi ses concitoyens. M. Siméon Richer, l'un de ses frères, a été protonotaire de la Cour Supérieure, à Saint-Hyacinthe, et il occupait encore ce poste honorable, au moment de sa mort.

Et, si nous voulions sortir des généralités comme il y aurait à signaler de nombreux descendants de Pierre Richer qui ont tenté la fortune et remporté des succès, en dehors même de notre pays ! M. Edmond Richer, second fils du seigneur Modeste Richer, d'Yamachiche, est allé vivre dans les plaines du lointain Etat américain de rillinois où il a réussi, par son courage et son énergie, à se créer une position honorable qui lui a procuré l'avantage de bien élever sa famille. A l'époque de sa mort, il y a deux ans à peine, il occupait l'emploi de "City Clerk", à Kankakee, et l'un de ses fils, Rodolphe, est venu au pays, se faire dominicain, à Ottawa, où il est entré en religion sous le nom de Rév. Père Albert-Marie Richer. M. Charles-Abraham Richer, fils de feu Narcisse, a laissé la maison paternelle à peine âgé de douze ans, alla se fixer chez un M. Robinson, fermier du Vermont, où il s'est occupé d'agriculture et a constamment vécu depuis, de la vie américaine, adoptant même le nom de son bienfaiteur Robinson. Il y a quelques années, lors de la guerre de Cuba, Charles-Abraham Richer-Robinson, a gagné le grade de sergent dans l'armée et, maintenant, il vit d'une

pension que lui sert le gouvernement de Washington, pour services rendus à son pays d'adoption.

Mais pourquoi continuer à citer des noms? Rappelons seulement, de nouveau, celui du plus remarquable entre tous, Monseigneur Louis-François Richer-Laflèche, dont la vie a jeté un lustre à nul autre pareil sur le nom de la famille Richer. Non seulement dans la province, mais encore dans les immenses prairies de l'Ouest, ce nom est connu, respecté, et, comme le dit si bien M. Nérée Beauchemin, dans une autre partie de ce volume :

Les farouches tribus de la plaine sauvage Devant la Robe-Noire, à genoux, ont pleuré. Le saint missionnaire, au merveilleux langage, Comme un Hiawatha céleste, est vénéré.

Pendant son séjour au milieu des tribus sauvages de la Rivière-Rouge, toujours humble et redoutant -les honneurs, le futur évêque des Trois-Rivières refusa, dès lors, de recevoir la mitre que le Cour de Rome, selon le désir exprimé par Monseigneur Provencher, venait de lui offrir formellement.

Sur la fin de sa vie, le grand évêque fut pourtant soumis à une bien rude et cruelle épreuve. Par un décret de Rome, en 1885, le diocèse des Trois-Rivières fut morcelé par l'érection de celui de Nicolet. Et l'on vit alors, spectacle admirable et bien touchant, le saint évêque, courbé par l'âge et chargé de mérites, se soumettre entièrement au partage du troupeau confié à sa houlette pastorale. Pas une seule parole de récrémination ! De ce jour, les liens qui unissaient les brebis au Pasteur furent renoués davantage et plus étroitement. La cause qui avait semblé, cependant, devoir abreuver d'amertume le grand évêque, finit par lui procurer bien des consolations, même

de son vivant. Car, c'est là un fait connu, depuis 1885, le diocèse des Trois-Rivières a pris une extension considérable, dans la vallée du Saint-Maurice. Des paroisses, des villages, des villes mêmes, ont surgi, comme par enchantement, là où naguère régnait la solitude des grands bois. Il est donc parti consolé, le grand évêque, sachant même que son successeur, sur le siège épiscopal trifluvien, serait son fidèle ami, son élève, l'homme enfin de son choix !

Mais nous oublions que c'est de la généalogie, et non de l'histoire, que nous écrivons présentement. Du reste, la liste en serait trop longue s'il nous fallait mentionner tous les membres de la famille Richer qui ont fait leur marque dans la société et sont sortis du cadre ordinaire de leurs concitoyens.

Reprenons notre récit. Immédiatement après la généalogie de la famille Richer, nous en publions une autre très ancienne et fort honorable, celle de la famille Hamelin. Bien que moins considérable et surtout moins complète, cette dernière étude n'en a pas moins son importance en ce qu'elle pourra servir de jalon à quiconque voudra entreprendre d'en publier une complète, en y intercalant les ramifications si nombreuses de la famille Hamelin. Notre principal but a été de faire plaisir à M. Ananie-S. Hamelin, auditeur de la Banque Provinciale du Canada, à Montréal. Plusieurs renseignements, échappés à Mgr Tanguay, ont été soigneusement recueillis et publiés, surtout à la souche de cette généalogie. Les contrats de mariage de Louis et François Hamelin, trouvés dans le grefife du notaire Michel Roy, sont absolument inédits. Aujourd'hui, les descendants de ces deux frères Hamelin se comptent par milliers et sont dispersés un peu partout, dans le comté de Portneuf et le reste de la pro-

vince, au Nord-Ouest canadien, même aux Etats-Unis. A la famille Hamelin a longtemps appartenue la seigneurie de Saint-Charles-des-Roches, dans la paroisse des Grondines. Au cours du chapitreécrit par M. Benjamin Suite et que nous publions ailleurs, il est raconté de menus détails, des événements tout à fait curieux et intéressants, sur la paroisse de Sainte-Anne et celle des Grondines.

Nous venons de nommer M. Benjamin Suite. Il est bien difficile d'écrire un livre, soit d'histoire, soit de généalogie, et dans lequel il est question du "pays des Trois- Rivières et ses environs", sans que l'auteur soit obligé de citer cet historien si bien connu et si bien renseigné sur le passé ''du pays des Trois-Rivières." En mars dernier, lors de l'apparition de la "Généalogie des Familles Gouin et Allard", M. Suite avait daigné nous adresser les lignes suivantes :

"Je me sens revivre en voyant ce que vous citez de "moi. Oui, il y a quarante ans, je prêchais l'étude des "localités, des familles, des petits événements ; car, tout cela c'est de la grande histoire par le détail. A force de "monographies, nous arrivons à tout savoir. C'est de cette "manière que rien n'est petit, rien n'est inutile, ni négli- "geable, dans la mine de l'histoire — seulement, il faut des "piocheurs spéciaux pour accomplir une pareille oeuvre, "et leur nombre se chiffre au plus bas."

En maintes occasions, depuis un grand nombre d'années, nous avons eu recours aux lumières et aux connaissances de M. Suite et, chaque fois, il s'est empressé de nous venir en aide, au bon moment. De tous les écrivains canadiens, M. Suite est, sans le moindre doute, celui qui connaît le plus l'histoire du Canada, "par le détail", et ses nombreux écrits sont là pour établir cet avancé..

Le présent volume, outre les généalogies des familles

. Richer et Hamelin, renferme de nombreux récits d'événements qui intéressent les membres de ces familles et que nous avons intercalés à la suite des généalogies. Plusieurs de ces récits ont déjà été publiés, dans les journaux et les revues. Comme les membres des familles Richer et Hamelin y ont figuré à un titre quelconque, nous

V avons pensé que leur reproduction,, en vm seul volume, pourrait intéresser le lecteur. Un article de journal, de revue, se perd facilement. Réimprimé, le même article est plus soigneusement conservé. Parmi celles qui liront ce livre, combien de personnes, par exemple, se rappelleront avoir déjà lu le récit de la bataille mémorable de soixante Métis contre deux mille Sioux, bataille gagnée par les premiers et à laquelle Mgr Laflèche lui-même a pris une part active et prédominante? Combien, d'un autre côté, ont souvenir des jolies choses racontées par M. Benjamin Suite sur le moulin banal de nos petits seigneurs des anciens fiefs?

La lecture d'une oeuvre généalogique, faite même avec le plus grand soin et la plus rigoui-euse exactitude, cette interminable nomenclature de noms, de prénoms ; ces dates nombreuses de baptêmes, mariages et sépultures, tout cela forme un tout bien aride et plus ou moins désagréable à lire attentivement. Pour se reposer, le lecteur n'aura qu'à recourir aux récits que nous venons de mentionner. Ce sera la bienfaisante oasis du désert que le voyageur recherche toujours avec avidité.

Nous avons fait aussi appel à la poésie, dans le but de faire une heureuse diversion à la nomenclature des dates et des noms. MM. Benjamin Suite et Nérée Beauchemin ont généreusement répondu à notre appel, et nous

-.Jeur offrons ici nos plus sincères remerciements.

La pièce de M. Beauchemin restera comme un mo-

j^iument véritable élevé à la mémoire de Monseigneur La-

flèche ; tous les Richer aimeront à lire, à relire, ces strophes inspirées et vibrantes, écrites par un des leurs, membre distingué de la Société Royale du Canada.

Encore quelques lignes et nous mettons le point final à cette préface déjà trop longue et qui traite des matières si difïérentes et si variées, dont le présent ouvrage est rempli. Ce volume sera-t-il bien accueilli du public? Ou bien, comme tant d'autres, dormira-t-il sur les rayons poudreux des bibliothèques? Il est assez difficile de prévoir le sort qui lui est réservé. Une chose bien certaine,

c'est ce qu'il a été écrit dans le but louable de perpétuer la mémoire des anciens, des chers disparus.

Ces derniers ont droit à notre bon souvenir. Nous le répétons : ne les oublions pas.

La photogravure a reproduit fidèlement les traits de plusieurs notables, parmi les descendants de Pierre Richer (i). En un mot, ce livre voit le jour avec une toilette riche, élégante et bien soignée ; il a tout ce qu'il faut pour que le lecteur bienveillant lui fasse un bon accueil.

Montréal, 19 septembre 1909.

(i) Les gravures de ce livre ont été exécutées aux ateliers de photogravure du journal " La Presse ", de Montréal.

En ce mémorial, dès la première page, O La Flèche, je vois ton nom trois fois béni. Et, sur des fonds de ciel idéal, ton image, De tableaux en tableaux, rayonne à l'infini.

Dans le cadre pieux du logis de l'Ancêtre,

Une mère chrétienne, une mère d'antan,

A l'heure où le Sanctus tinte au clocher champêtre,

Soutient les premiers pas de son petit enfant.

Pour que son fils grandisse en la croyance antique, Pour qu'il croisse en sagesse, en force, en piété. L'humble femme accomplit la naïve pratique. Et le coeur maternel du ciel est écouté.

L'adolescent grandit. Ainsi qu'à la maîtrise, Du grand'père il apprend les h3mnes du lutrin : ' La maison retentit comme une nef d'église, Et la voix d'or alterne avec la voix d'airain.

Un jour, un beau dimanche, en l'honneur du choriste, Le temple du pays natal s'illumina : Sainte-Anne, saluant le doux séminariste. A l'appelé de Dieu chante son hosanna.

Puis ce fut le Collège aux portiques célèbres, Où le jeune astronome, au milieu des savants, Du système solaire expliquait les algèbres, La table des saisons et la Rose des vents.

Le temps passe. Voici la solitude immense, La fauve immensité du désert infranchi. Sur la rive où déjà brille la croix de France, La tente de l'apôtre héroïque a blanchi.

Les farouches tribus de la plaine sauvage Devant la Robe-Noire, à genoux, ont pleuré. Le saint missionnaire, au merveilleux langage. Comme un Hiawatha céleste, est vénéré.

Le temps passe. Voici les jours de pures gloires. Au front du Voyageur la mitre a resplendi. La Flèche monte en chaire, et les grands auditoires Frémissent aux éclats de son verbe hardi.

Jeune homme, il a conquis la palme évangéliquc : Sa parole a charmé les fleuves du couchant. Evêque, il batailla pour le droit catholique. Jusqu'au brillant hiver de son âge penchant.

Un soir, le patriarche à la tête sublime Qu'auréole un reflet des pâles chandeliers. L'oeil fixé sur la croix pectorale, s'abîme Dans la douleur du Christ au mont des Oliviers.

Le rêve d'allégresse et de victoire expire : L,e pontife est frappé dans l'ardeur de l'effort:. Une larme se mêle au suprême sourire Qui fleurit sur sa lèvre au baiser de la Mort.

Il n'est plus. L'astronome a découvert la sphère, Où roulent les soleils les plus beaux, les plus doux. Le prophète a franchi le cercle du mystère. Mais son esprit habite encore parmi nous.

L'apôtre de sa tente a replié la toile ;

Mais l'immortel Pasteur triomphe du tombeau,

Et sa grande âme, comme une royale étoile,

Très haute, sans déclin, brille au front du troupeau.

O Prince, l'héritier de tes vertus s'incline, Il t'invoque, inquiet, au seuil de l'avenir. O lointain voyageur, de colline en colline. Sur les routes du ciel, redescends pour bénir.

Yamachiche, i6 aoiît, 1909.

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