‹ La génération humaine (volume 2)Chapitre 2 sur 50 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Mais qu’on ne s’efTaronche pas non plus, par une pudeur excessive, de la description d’organes qui jouent un rôle si important dans la vie et que la science doit étudier comme l’ouïe ou la vue. < Qu’a faict, dit Montaigne, l’action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire et si juste, pour n’en oser parler sans vergougne, et pour l’exclure des propos sérieux et reglez ? »

A qui trouvera dans notre ouvrage autre chose que ce que nous y avons mis, nous pourrons dire avec saint Augustin: « Si ce que j’ai écrit scandalise quelque personne impudique, qu’elle accuse plutôt sa turpitude que les paroles dont j’ai été obligé de me servir pour exprimer ma pensée sur la génération des hommes. » Nous répéterons aussi ces mots de saint Clément: « Je ne rougirai pas de parler, pour l’utilité des lecteurs, des organes qui donnent naissance à l’homme, puisque Dieu n’a pas rougi de les créer. »

Nous nous sommes attaché à rendre la lecture de ce livre aussi intéressante qu’instructive. Comme dans notre premier volume, nous avons indiqué les applications pratiques et hygiéniques qui conviennent aux organes de la génération ; nous avons signalé les troubles morbides qui se produisent tantôt dans l’évolution, tantôt dans le fonctionnement de ces organes.

Ici encore nous avons cherché à tempérer par des anecdotes l’aridité des descriptions scientifiques.

Enfin, nous avons intercalé dans le texte de notre livre, un grand nombre de figures qui en facilitent l’intelligence, et nous y avons joint, comme dans notre précédent ouvrage, un atlas composé de planches superposées, dont les dilTérentes pièces, se soulevant comme les feuillets d’un livre, permettent d’étudier l’appareil générateur de la femme dans son ensemble, à l’état normal et dans la grossesse: le crayon de M. Léveillé, qui a bien Amulu nous prêter son 'concours pour cette nouvelle publication, garantit l’exactitude et la orécision du dessin.

INTRODUCTION

La génération est, sans contredit, la plus importante des fonctions de l’économie. C’est elle qui, d’après Platon, « concourt à rendre les hommes immortels en laissant des enfants de leurs enfants après eux ». Elle semble rapprocher l’homme de la Divinité, car elle lui donne le pouvoir de procréer des êtres semblables à lui. De là l’espèce de vénération que les anciens avaient pour les organes de la reproduction ; ils les désignaient sous le nom de parties nobles ou sacrées et leur rendaient les mêmes hommages qu’aux dieux. Le culte du phallus (1) fut longtemps en honneur chez les peuples de l’antiquité, comme de nos jours celui du cléis chez certaines populations de l’Orient, par exemple les Druses du Liban.

L’appareil de la génération exerce aussi une influence considérable sur tout l’organisme; quelques anatomistes lui subordonnent même toutes les autres fonctions. Ainsi Van-Helmont a dit: « Propter solum ulerum, millier est id qiiod est » (c’est par la matrice seule que la femme est ce qu’elle est), et Fernel a posé cet autre axiôme non moins absolu : « Totushomo seinenest» (l’hom^me est tout entier dans sa semence).

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INTRODUCTION

Au point de vue social, la fonction génératrice n’a pas moins d’importance que dans l’ordre physiologique. « Cet accouplage, écrit Montaigne, est un centre où toutes choses regardent. » Enlevez l’ambition, a dit aussi le professeur Pajot, que reste-t-il? Quel est le plus souvent le mobile de nos actes? La reproduction de l’espèce. On commence toujours par Platon pour finir par Baudelocque (1).

Bien que la génération joue un rôle prépondérant dans la vie de l’homme, l’exercice de cette fonction n’est cependant pas une condition nécessaire de l’existence. Ainsi elle peut être suspendue et même supprimée, comme aux âges extrêmes et dans certains états morbides, sans qu’il en résulte aucun inconvénient sérieux pour la santé. Il en est tout autrement des fonctions de nutrition . le moindre trouble qu’elles subissent atteint aussitôt 1 économie tout entière.

Les connaissances erronées des anciens sur l’anatomie et la physiologie des organes générateurs justifient le nombre et 1 originalité de leurs théories pour rendre compte des phénomènes de reproduction. De toutes leurs hypothèses, il en est deux qui se sont partagé les suffrages des philosophes et des médecins. La première, due à Hippocrate, explique la génération par l’action combinée des liqueurs séminales du mâle et de la femelle : c est 1 hypothèse des deux semences ; l’autre, imaginée par Bonnet, admet la préexistence du nouvel être à l’état de germe depuis 1 apparition du premier individu de son espèce : c’est l’hypothèse de 1 emboîtement des

germes.

Aujourd’hui ces théories ont fait leur temps; la science, grâce aux éminents travaux de de Graaf, Baër, Godard, Coste, Pouchet, etc., a pu pénétrer le mystère qui entourait les lois de la reproduction et a trouvé la solution définitive de cet important problème.

Les recherches expérimentales de ces physiologistes ont démontré,

qu’àl’exceptiondequelques organismes inférieursqui se multiplient,

soit par la division de leur corps en un certain nombre de partie^ (reproduction par scissiparité), soit par la production de bourgeons qui se développent à leur surface et deviennent bientôt indépen-

(1) Célèbre accoucheur du commencement de ce siècle.

INTRODUCTION

dants {reproduction par gemmiparité), tous les êtres organises, végétaux et animaux, naissent d’une ce/Zwle qui provient des organes femelles et subit le contact de la semence fournie par les organe^ mâles. Harvey n’était donc pas loin de la vérité, quand ses belles expériences sur les biches et les chèvres des parcs de Charles P'' lui firent entrevoir l’uniformité de la nature dans la génération des corps organisés et le conduisirent à formuler son fameux axiôme: « Omne vivum ex ovo » (tout ce qui vit procède d’un œuf).

Pour l’espèce humaine, la cellule prend le nom d’ovule et la semence celui de sperme. Le contact de ces éléments prolifiques s’effectue dans les voies génitales de la femme à la suite de Vaccouplement ou copulation (de copula, attache) et leur rencontre constitue la fécondation. Dès que l’œuf est fécondé, il se greffe dans la matrice où il subit une série de métamorphoses pendant la grossesse ou gestation (de gestare, porter) ; enfin, quand il a atteint son développement complet, il est expulsé au dehors dans l’acte de l’accoMchement on parturition (de parturire, enfanter).

L’étude des phénomènes de la génération doit donc comprendre deux parties distinctes : 1® la structure des organes génitaux dans les deux sexes; 2“ les différentes fonctions de ces organes, c’est-àdire : l’accouplement, la fécondation, la grossesse et l’accouchement.

Nous compléterons notre exposé par la description des mamelles, qui sont des annexes de l’appareil génital et servent à allaiter le produit de la conception.

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