CHAPITRE II
de la copulation.
La copulation (de copula, lien), ou le coit (1) est l’union des sexes pour la génération. Cet acfe, que Montesquieu appelle « la prière mutuelle », comprend : 1“ Y érection qui en est le prélude; 2° Vaccouplement ou l’intromission du membre viril dans le vagin ; 3® 1 éjaculation ou la projection du sperme à l’intérieur des voies génitales de la femme.
ARTICLE I DE l’Érection.
MÉc.xivisME ET liijT DE E’ÉRECxioiv. — On expüquait autrefois Vérection par la pénétration des « esprits animaux » dans les organes générateurs. Mais les recherches des physiologistes modernes ont démontré que ce phénomène était dû à un apport exagéré de sang dans les appareils érectiles de l’un et de l’autre sexe, c’est-à-dire : dans les corps caverneux, le gland et la portion spongieuse de l’urèthre pour l’homme, le clitoris et le bulbe du vagin pour la femme. •
L’accumulation du sang dans la trame de ces tissus aréolaires a pour conséquence l’accroissement de leur volume et de leur résistance. Ainsi, chez l’homme, sous l’influence de l’érection, la verge devient plus volumineuse et plus rigide, ce qui en facilite l’introduction dans l’étui vaginal. Chez la femme, l’érection se traduit à la fois par le gonflement du bulbe du vagin (fig. 72) qui, rétrécissant le calibre de ce canal, rend plus intime le contact de la verge avec ses parois, et par l’allongement du clitoris, dont l’extrémité libre se rapproche de l’organe viril pour s’e.xposer plus directement à ses titillations. L’afflux de sang dans les voies génitales de la femme a, de plus, pour effet
(1) On emploie différents' termes suivant les espèces, comme saillir pour lo cheval, mdtiner pour le chien, côcher pour les oiseaux et couvrir pour tous les quadrupèdes.
d’augmenter les sécrétions muqueuses, ce qui favorise l’intromission et les glissements de la verge.
On observe encore, chez l’homme, au moment de l’érection, le gonflement du verumontanum (fig. 18) qui, siégeant à l’origine de l’urèthre, obstrue ce conduit et s’oppose, d’une part, à la sortie des urines de la vessie et, d’autre part, au passage du sperme dans ce réservoir. L’absence de cette saillie membraneuse dans l’urèthre de la femme explique, chez elle, la fréquence de l’émission de l’urine pendant le coït.
CAUSES QUI UROVOQUENIX EX MOOIFIEXX U’ÉRECXIONÎ.
— Le mécanisme de l’érection peut-être comparé à celui qui produit l’afflux de sang à la face, sous l’influence du sentiment de la honte ou de la pudeur. C’est dire que le principal stimulant de l’érection est l’imagination. Mais celle-ci n’est pas toujours capable de réveiller, à elle seule, l’activité des organes génitaux, et elle a souvent besoin d’être aidée par des excitations tactiles (f) plus ou moins prolongées, surtout pour le sexe féminin. De là les conseils donnés par Ambroise Paré :
« L’homme estans couché avec sa compagne et espouse la doit mignarder, chatouiller, caresser et esmouvoir, s’il trouvait qu’elle fut dure à l’esperon : et le cultiveur n’entrera dans le champ de nature humaine à l’estourdy, sans que premièrement n’aye fait ses approches, qui se feront en la baisant.., aussi en maniant ses parties génitales et petits mamelons (2), afin qu’elle soit esprise des désirs du masle (qui est lors que sa matrice lui frétille) afin qu’elle prenne volonté et appétit d’habiter et faire une petite créature de Dieu, et que les deux semences se puissent rencontrer ensemble ; car aucunes fêmmes ne sont pas si promptes à ce jeu que les hommes. »
Toutes les causes qui excitent ou diminuent l’appétit vénérien, et que nous avons déjà signalées, agissent nécessairement sur l’érection. En outre, certains états morbides la provoquent ou l’empêchent de se manifester. Dans le premier cas, ils déterminent le priapisme (de TC'.a-oç, priape, membre viril), dans le second, Yimpuissance.
' D’autres causes produisent l’érection, comme la présence d’un corps étranger dans la vessie, un calcul par exemple, et la simple distension de ce réservoir par l’urine. C’est à cette dernière circonstance qu’il faut attribuer la fréquence de l’érection au moment du réveil. On connaît la réponse que fit Fontenelle à la personne qui lui demandait s’il avait
(1) Le toucher joue dans les ébats voluptueux un rOle si important que plusieurs auteurs Vont nommé « le sens de 1 amour ».
(2) On les appelait autrefois des boute-en4ram.
DE LA COPULATION
jamais eu l’envie de se marier. — Quêlcjucfoia l6 matin, répondit ce philosophe. Savez-vous, disait Louis XV, déjà vieux, à l’un de ses familiers, que fai encore quelques érections le matin ? — En ce cas. Sire, urinez vite, répondit le courtisan. Le fameux lithotomiste Souberbielle, raconte le D'" Garnier, n’était pas si sage dans ses dernières années, car, âgé de plus de quatre-vingts ans, il faisait montre de cette virilité factice à ses visiteurs matinaux.
Le décubitus dorsal peut, à lui seul, déterminer l’érection, par suite de la compression des vésicules séminales, lorsque l’urine distend la vessie trop fortement. C’est pourquoi l’on recommande aux jeunes gens, et surtout aux personnes affectées de pertes séminales, de ne jamais dormir sur le dos.
L’érection s’observe quelquefois chez les nouveau-nés, mais elle se manifeste surtout à la puberté, à l’àge où « l’enfant sent des baisers dont il ne voit pas les lèvres » .
DU DRiAPisME. — Cot état ost caractérisé par une érection douloureuse et prolongée. Il existe dans la blennorrhagie aiguë, dans la cystite cantharidieune, dans la pendaison par suite de la compression du bulbe rachidien, et en général dans toutes les lésions traumatiques de la moelle ou des organes génitaux.
Millier cite le cas d’un priapisme de trois mois. Marcellus Donatus a pubUé l’observation d’un homme qui s’étant fracturé la colonne vertébrale, en tombant du haut d’un toit, eut une érection qui persista jusqu’à sa mort. Pechin a constaté le même fait chez un jeune homme qui avait reçu un coup de bâton sur la région des lombes, laquelle est considérée, nous le savons, comme un véritable centre génital. Lisfranc a observé un exemple de priapisme chez un homme qui .avait reçu un coup de pied dans les bourses.
ARTICLE II De'l’ ACCOUPLEMENT.
coivDiTioiw» DE u’AccouDUEMEivx. — Avant de pénétrer dans le vagin, le pénis doit, à la première approche sexuelle, vaincre la résistance que lui oppose l’anneau vulvaire, et il ne peut y parvenir que s’il est en érection. Une fois cet obstacle franchi, l’intromission du membre viril est favorisée par la forme conique du gland et par le liquide visqueux que les glandes vulvo-vaginales (lig. 46) déversent à
LA GÉNÉEUTION HUMAINE.
l’entrée du vagin. La difficulté qu’éprouve le pénis à pénétrer dans les voies génitales de la femme est d’autant plus grande, que l’ûriûce vulvaire est plus étroit et que la membrane hymen est plus épaisse. Nous avons déjà dit que la déchirure de cette membrane est accompagnée d’une légère hémorrhagie et d’une douleur vive due surtout au froissement de la vulve.
La faible effusion de sang qui résulte de la rupture de l’hymen est regardée à tort, nous le savons, comme la caractéristique de la défloration. Elle peut, en effet, manquer dans les cas où cette membrane n’existe qu’à l’état rudimentaire, ou est assez relâchée pour se laisser refouler sur les bords de la vulve sans se déchirer. Certaines femmes dédorées avant leur mariage profitent de ces exceptions, assez communes, pour donner le change à un mari trop confiant et elles ont recours aux lotions astringentes dans l’espoir de rétrécir l’anneau vulvaire et de se « refaire une virginité » . Elles augmentent, en outre, l’étroitesse de cet orifice en contractant énergiquement le muscle constricteur du vagin (fig. 110) au moment -de l’accouplement. Montesquieu, dans ses Lettres 'persanes, écrit que des femmes adroites font de la virginité une ûeur qui périt et renaît tous les jours, et se cueille la centième fois plus douloureusement que la première.
« La folie de presque tous les maris, dit encore Dionis, est de vouloir trouver de la difficulté dans les premières approches ; c’est une espèce de triomphe pour eux de s’imaginer d’avoir forcé cette prétendue barrière, et plus ils y ont de peine, plus ils sont persuadés de la sagesse de leur femme.
« Un jeune homme marié depuis huit jours me vint trouver ; il avait un paraphymosis (fig. 31); sa verge était extraordinairement enflée et le gland prêt à tomber en gangrène. Il s’imaginait que c’était quelque mal vénérien que sa femme lui avait donné ; je lui dis qu’au contraire c’était une preuve convaincante que sa femme avait son pucelage, et que, n’ayant pas le gland naturellement découvert, l’effort qu’il avait fait le premier jour de ses noces pour entrer dans le vagin était cause que le prépuce avait rebroussé par-dessus la couronne du gland, et fait après son resserrement une interruption aux vaisseaux qui vont du corps de la verge à sa tête. Il retourna très-content de ma réponse qui l’assurait de la vertu de sa femme, et peut-être fut-il fâché de n’avoir pas encore
plus souffert. , „ -n i
« Ce malheur arrive à très-peu de personnes quand 1 orifice externe
de la femme est ouvert comme il le doit être naturellement ; mais des faits extraordinaires ne sont point de règle, comme ce ui une arae à qui les lèvres de la matrice étaient tellement jointes que son manne,
DE LA COPULATION
put jamais y entrer. Il n’y avait qu’une petite ouverture daps le milieu par où l’urine et les ordinaires sortaient : il fallut avoir recours à la chirurgie et séparer en haut et en bas les deux lèvres l’une de l’autre ; elle eut ensuite des enfants, et j’ai quelquefois entendu son mary dire en plaisantant que son médecin en avait trop coupé, mais aussi qu’elle en accouchait plus facilement. »
Il est d’autres causes, purement accidentelles, qui rétrécissent la vulve et font obstacle au coït. Nous rappellerons, comme exemple, l’aventure suivante, qui est arrivée à Lisfranc. Appelé auprès d’une jeune femme qui, à la suite d’un accouchement, avait eu une déchirure du périnée, il fit une suture. A quelque temps de là, un jeune homme vint le trouver dans son cabinet. — Monsieur le docteur, lui dit-il, je suis marié depuis huit jours, et, malgré tous mes efforts, je ne suis encore que le fiancé de ma femme... Je me réjouis de la certitude que me donne cette situation, mais cependant je voudrais bien la voir cesser, et je viens vous demander s’il n'y aurait pas une opération à faire... Ma femme est dans le salon, et j’ai voulu, pour ne pas l’effrayer, venir d’abord vous mettre au courant. Lisfranc ouvre la porte... Notre jeune mariée était, vous l’avez deviné, la femme à la suture.
ARTICLE III
DE L’ÉJACULATION
m^scRipxioiv OE CEX ACXE. — Aussitôt après l’intromission du pénis dans l’étui vaginal, le bassin de l’homme et celui de la femme, lorsque celle-ci prend une part active au coït, exécutent une série de mouvements alternatifs d’avant en arrière, qui ont pour but d exciter, par des frottements répétés, les saillies papillaires du gland et du clitoris. Les excitations de ces papilles produisent une sensation indéfinissable de plaisir qui va en augmentant et atteint, chez 1 homme, son paroxysme au moment où le sperme est projeté de Turèthre, par jets saccadés, sur le col de l’utérus.
La projection de la liqueur fécondante dans l’intérieur des organes femelles constitue l'éjaculation (de e,\\ovseijaculari, darder), a Ce jadhssement précieux qui, selon Cockburn, fait connaître toute l’étendue de la volupté » est le but du coït. Dès qu’il est terminé, l’éréthisme
voluptueux disparaît et fait place à uu abattement général qui invite au sommeil. Les anciens disaient .
Læta venire Venus, tristis abire solet (1).
La femme n’éprouve pas cet assoupissement à la suite de l’acte sexuel : Triste est omne animal post coitum, dit Galien, prœter mulierem et gallum qui cantat. Tous les êtres deviennent tristes après le coït, à l’exception de la femme et du coq qui chante.
On a toujours trouvé une grande ressemblance entre les différentes phases de la copulation et les secousses convulsives suivies du sommeil comateux qui caractérisent une attaque de haut mal : Démocrite comparait le coït à une courte épilepsie, et Marc-Aurèle disait que 1 anaour était une petite convulsion. « A ne consulter que la raison, écrit Ghamfort, quelle femme, pour une épilepsie de quelques minutes, se donnerait une maladie d’une année entière ?»
L’éjaculation est spéciale au sexe masculin. On croyait autrefois que la femme projette sa semence et la mélange à celle de l’homme ; mais on faisait une confusion avec le liquide sécrété par les glandes de Bar thnlin ÏD fig. 46). Cette erreur est encore fort répandue de nos jours. Ainsi on la rencontre dans un ouvrage récent : De rebus venereis ad usum confessariorum, par le vicaire général D. Graisson. ^ Get auteur examine la question suivante : « Lorsque 1 homme s est retire anrès l’éjaculation, mais avant celle de la femme, est-il possible, par
dL attouchements immédiats, de provoquer l’émission de la semence
chez cette dernière? »
mécanisme de e’éjaceeaxion. — Pour la plupart des physiologistes, l’éjaculation est due : d’abord, aux contractions des vésicules séminales (l,fig. l)et des canaux éjaculateurs(m),
sperme dans l’urèthre ; puis, à celles du muscle de Wilson (10 f g. 3 r), et du bulbo-caverneux (fig. 36), qui chassent par saccades le liquide fécondant au dehors. La force d’impulsion communiquée au sperme est telle qu’il peut être lancé à quelques pieds de distance . c est sui Lut le muscle bulbo-caverneux qui imprime à cet acte son énergie et fa fomL saccadée ; de là le nom à^accelerator semms et urmœ que
lui ont donné les ^ vésicules' séminales prenaient seules
On a cru longtemps que chiens, de ces
£lSâcu.“eit avec autan, de force et de rapidité c,ue ceux qui
en sont pourvus.
(i) Vénus a l’habitude d’arriver joyeuse et de partir triste.
DK LA COPULATION.
Immédiatement avant l’éjaculation, les glandes de l’urèthre sécrètent un liquide clair et visqueu.v qui sert à diluer le sperme, et à faciliter son passage à travers ce canal. C’est ce liquide qui est seul éjaculé par les eunuques et qui s’écoule involontairement à la suite d’une violente érection, ou pendant les efforts de la défécation.
La quantité de sperme éjaculé, y compris les produits de sécrétion accessoires qui le complètent, est en moyenne de quatre grammes chez un adulte. Mais, quelle qu’en soit l’abondance, les vésicules séminales ne se vident jamais complètement dans une seule éjaculation. Ainsi, Brachet a trouvé ces réservoirs à peu près remplis chez un individu qui fut frappé d’apoplexie cérébrale pendant le coït. Cette circonstance explique la possibilité de répéter l’acte sexuel à de courts intervalles : Sainte-Marie a rapporté l’observation d’un négociant de Lyon qui, atteint de priapisme au milieu d’un délire furieux, éjacula quatorze fois en quelques heures.
nHÉivoMÈivE:sj«.ivoR]UA.iix. DE E’É jACEEAXioiv. — L’excrétion spermatique présente plusieurs anomalies importantes. Quelquefois elle est trop rapide, par suite d’excès vénériens ou d’une sensibilité génésique exagérée. Chez certains sujets, par exemple, une simple conversation avec une femme suffit pour provoquer l’éjaculation. Lallemand a cité l’observation d’un jeune homme qui arrivait au même résultat en se frappant la tête. Dans d’autres cas, au contraire, l’émission de semence est impossible et l’acte sexuel n’aboutit pas. C’est ce qui constitue Vaspermasie (de a, privatif et sperme) (1) ; elle
est le plus souvent occasionnée par un rétrécissement uréthral.
Plus rarement, l’éjaculation, au lieu d être agréable, est douloureuse et donne lieu à la djjspermasie (de Sèç, difficilement). Mais, de toutes les anomalies de l’éjaculation, la plus fréquente est V incontinence spermatique, plus connue sous les noms de pollutions, pertes séminales ou spermatorrhée (de azÉp^a, sperme et peTv, couler).
Les pertes séminales involontaires se produisent pendant la veille ou le sommeil. Dans le premier cas, elles sont presque toujours la conséquence de 1 onanisme et des autres abus vénériens. La liqueur spermatique s’évacue, alors, soit insensiblement, soit à la tin de l’émission des urines, ou pendant l’expulsion des matières fécales.
Comme les autres affections génito-urinaires, les pertes séminales portent à l’économie, principalement aux facultés intellectuelles et morales, une fâcheuse atteinte. Voici le sombre tableau qu’en trace
(1) Demangeon vorce, la femme sa plume.
raconte que, dans une instance en justice, pour obtenir le di d un Anglais allégua que son mari n’avait point d’encre dans