CHAPITRE XV
autre, abandonné par tous au moment où il tombe entre les mains de ses ennemis. Il ne faisait que le bien, et cela ne le mettait pas à l’abri de la malveillance, qui tournait contre lui les services mômes qu'il rendait. Condamné au supplice réservé aux criminels, il meurt ignoré du monde, car l’histoire contemporaine se tait sur son compte (1). 11 n’a rien écrit, et cependant, aidé de quelques hommes obscurs comme lui, sa parole a suffi pour régénérer le monde; sa doctrine a tué le paganisme toutpuissant, et elle est devenue le fiambeaudela civilisation. Il avait donc contre lui tout ce qui peut faire échouer les hommes, c’est pourquoi nous disons que le triomphe de sa doctrine est le plus grand de ses miracles, en même temps qu’elle prouve sa mission divine. Si, au lieu de principes sociaux et régénérateurs, fondés sur l’avenir spirituel de l’homme, il n’avait eu à offrir à la postérité que quelques faits merveilleux, à peine le connaîtrait-on peut-être de nom aujourd’hui.
DISPARITION no CORPS DE JÉSUS.
64. — La disparition du corps de Jésus après sa mort a été l’objet de nombreux commentaires ; elle est attestée par les quatre évangélistes, sur le récit des femmes qui se sont présentées au sépulcre le troisième jour, et ne l’y ont pas trouvé. Les uns ont vu dans cette disparition un fait miraculeux, d’autres ont supposé un enlèvement clandestin.
Selon une autre opinion, Jésus n’aurait point revêtu un corps charnel, mais seulement un corps fluidique ; il
. (1) L’historien juif Josüpho est le seul qui en parle, et il en dit très peu Je chose.
LES MIRACLES DE L’ÉVANGILE 377
n’aurait été, durani toute sa vie, qu’une apparition tangible, en un mot, une sorte d’agénère. Sa naissance, sa mort et tous les actes matériels de sa vie n’auraient été qu’une apparence. C’est ainsi, dit-on, que son corps, retourné i\ l’état fluide, a pu disparaître du sépulcre, et c’est avec ce même corps qu’il se serait montré après sa mort.
Sans doute, un pareil fait n’est pas radicalement impossible, d’après ce que l’on sait aujourd’hui sur les propriétés des fluides ; mais il serait au moins tout ù fait exceptionnel et en opposition formelle avec le caractère des agénôres. (Chap. XIV, n“ 36.) La question est donc de savoir si une telle hypothèse est admissible, si elle est confirmée ou contredite par les faits.
65. — Le séjour de -Jésus sur la terre présente deux périodes : celle qui a précédé et celle qui a suivi sa mort. Dans la première, depuis le moment de la conception jusqu’àla naissance, tout se passe, chez la mère, comme dans les conditions ordinaires de la vie(l). Depuis sa naissance jusqu’à sa mort, tout, dans ses actes, d’ans son langage et dans les diverses circonstances de sa vie, présente les caractères non équivoques de la corporéité. Les phénomènes de l’ordre psychique qui se produisent en lui sont accidentels, et n’ont rien d’anomal, puisqu’ils s'expliquent par les propriétés du périsprit, et se rencontrent à différents degrés chez d’autres individus. Après sa mort, au contraire, tout en lui révèle l’ôtre fluidique. La différence entre les deux états est tellement tranchée, qu’il n’est pas possible de les assimiler.
(1) Nous ne parlons pas du mystère do l’incarnation, dont nous n’avons pas è nous occuper ici, et qui sera examiné ultérieurement.
rCHAPlTRE XV
Le corps charnel a les propriétés inhérentes à la matière proprement dite et qui diffèrent essentiellement de celles des fluides éthérés ; la désorganisation s'y opère par la rupture de la cohésion moléculaire. Un instrument tranchant, pénétrant dans le corps matériel, en divise les tissus ; si lesprganes essentiels à, la vie sont attaqués, leur fonctionnement s’arrête, et la mort s'ensuit, c’est-à-dire la mort du corps. Cette cohésion n’existant pas dans les corps fluidiques, la vie ne repose pas sur le jeu d’organes spéciaux, et il ne peut s’y produire des désordres analogues ; un instrument tranchant, ou tout autre, y pénètre comme dans une vapeur, sans y occasionner aucune lésion. Voilà pourquoi ces sortes de corps ne peuvent pas mourir^ et pourquoi les êtres fluidiques désignés sous le nom A'agérwres ne peuvent être tués.
Après le supplice de Jésus, son corps resta là, inerte et sans vie ; il fut enseveli comme les corps ordinaires, et chacun put le voir et le toucher. Après sa résurrection, lorsqu’il veut quitter la terre, il ne meurt pas ; son corps s’élève, s’évanouit et disparaît, sans laisser aucune trace, preuve évidente que ce corps était d’une autre nature que celui qui périt sur la croix ; d’où il faut conclure que si Jésus a pu mourir, c’est qu’il avait un corps charnel.
Par suite de ses propriétés matérielles, le corps charnel est le siège des sensations et des douleurs physiques qui se répercutent dans le centre sensitif ou Esprit. Ce n’est pas le corps qui souffre, c’est l’Esprit qui reçoit le contre-coup des lésions ou altérations des tissus organiques. Dans un corps privé de l’Esprit, la sensation est absolument nulle ; par la même raison, l’Esprit, qui n’a point de corps matériel, ne peut éprouver les souffrances qui sont le résultat de l’altération de la matière ; d’où il
LES MIRACLES DE L’ÉVANGILE
faut également conclure que si Jésus a souffert matériellement, comme on n'en saurait douter, c’est qu’il av%it un corps matériel d’une nature semblable à ceux de tout le monde.
66. — Aux faits matériels viennent s’ajouter des con sidérations morales toutes-puissantes.
Si Jésus avait été, durant sa vie, dans les conditions des êtres fluidiques, il n’aurait éprouvé ni la douleur, ni aucun des besoins du corps ; supposer qu’il en a été ainsi, c’est lui ôter tout le mérite de la vie de privations et de souffrances qu’il avait choisie comme exemple de résignation. Si tout en lui n’était qu’appareneo, tous les actes de sa vie, l’annonce réitérée de sa mort, la scène douloureuse du jardin des Oliviers, sa prière à Dieu d’écarter le calice de ses lèvres, sa passion, son agonie, tout jusqu’à son dernier cri au moment de rendre l’Esprit, n’auraie été qu’un vain simulacre pour donner le change sur sa nature et faire croire au sacrifice illusoire de sa vie, une comédie indigne d’un simple honnête homme, à plus fort.e raison d’un être aussi supérieur ; en un mot, il aurait abusé de la bonne foi de ses contemporains et de la postérité. Telles sont les conséquences logiques de ce système, conséquences qui ne sont pas admissibles, car c’est rabaisser moralement, au lieu de l’élever.
Jésus a donc eu, comme tout le monde, un corps charnel et un corps fluidique, ce qu’attestent les phénomènes matériels et les phénomènes psychiques qui ont signalé sa vie.
67. — Qu’est devenu le corps charnel? C’est un problème dont la solution ne peut se déduire, jusqu’à nouvel ordre, que par des hypothèses, faute d’éléments suffisants pour asseoir une conviction. Cette solution, d’ailleurs, est d’une
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importance secondaire, et n’ajouterait rien aux mérites du Ghrist, ni aux faits qui attestent, d’une manière bien autrement péremptoire, sa supériorité et sa mission divine.
Il ne peut donc y avoir sur la manière dont cette disparition s’est opérée que des opinions personnelles, qui n’auraient de valeur qu’autant qu’elles seraient sanctionnées par une logique rigoureuse, et par l’enseignement général des Esprits ; or, jusqu’à présent, aucune de celles qui ont été formulées n’a reçu la sanction de ce double contrôle.
Si les Esprits n’ont point encore tranché la question par l’unanimité de leur enseignement, c’est que sans doute le moment de la résoudre n’est pas encore venu, ou qu’on manque encore des connaissances à l’aide desquelles on pourra la résoudre soi-même. En attendant, si l’on écarte la supposition d’un enlèvement clandestin, on pourrait trouver, par analogie, une explication probable dans la théorie du double phénomène des apports et de l’invisibilité. [Livre des Médiums^ chap. iv et v.)
68. — Cette idée sur la nature du corps de Jésus n’est pas nouvelle. Au quatrième siècle," Apollinaire de Laodicée, chef de la secte des apollinaristes, prétendait que Jésus n’avait point pris un corps comme le nôtre, mais un corps impassible, qui était descendu du ciel dans le sein de la sainte Vierge, et n’était pas né d’elle ; qu’ainsi Jésus n’était né, n’avait souffert et n’était mort qu’en apparence. Les apollinaristes furent anathématisés au concile d’Alexandrie en 360 ; dans celui de Rome en 374, et dans celui de Constantinople en 381.