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CHAPITRE XVll

dit dont un homme jouit parmi les siens et ceux au milieu desquels il vit, de la confiance qu’il leur inspire par la supériorité du savoir et de l’intelUgence. Si elle souffre des exceptions, elles sont rares, et, dans tous les cas elles ne sont jamais absolues; le principe de cette vérité est \ine conséquence naturelle de la faiblesse humaine, et peut s’expliquer ainsi :

L’habitude de se voir depuis l’enfance, dans les circonstances vulgaires de la vie, établit entre les hommes une sorte d’égalité matérielle qui fait que souvent on se refuse à reconnaître une supériorité morale en celui dont on a été le compagnon ou le commensal, qui est sorti du même milieu et dont on a vu les premières faiblesses ; l’orgueil souffre de l’ascendant qu’il est obligé de subir. Quiconque s’élève au-dessus du niveau commun est toujours en butte à la jalousie et à l’envie ; ceux qui se sentent incapables d’atteindre à sa hauteur s’efforcent de le rabaisser par le dénigrement, la médisance et la calomnie ; ils crient d’autant plus fort, qu’ils se voient plus petits, croyant se grandir et l’éclipser par le bruit qu’ils font. Telle a été et telle sera l’histoire de l’humanité, tant que les hommes n’auront pas compris leur nature spirituelle et n’auront pas élargi leur horizon moral ; aussi ce préjugé est-il le propre des esprits étroits et vulgaires, qui rapportent tout à leur personnalité.

D’un autre côté, on se fait généralement des hommes que l’on ne connaît que par leur esprit un idéal qui grandit avec l’éloignement des temps et des lieux. On les dépouille presque de l’humanité; il semble qu’ils ne doivent ni parler ni sentir comme tout le monde, que leur langage et leurs pensées doivent être constamment au diapason de la sublimité, sans songer que l’esprit ne

PREDICTIONS DE LEVANOILE

saurait être incessamment tendu, et dans un état perpétuel de surexcitation. Dans le contact journalier de la vie privée, on voit trop l’homme matériel, que rien ne distingue du vulgaire. L’homme corporel, qui frappe les sens, efface presque l'homme spirituel, qui ne frappe que l’esprit : de loin, on ne voit que les éclairs de génie; de près, ou voit les repos de F esprit.

Après la mort, la comparaison n’existant plus, l’homme spirituel reste seul, et il paraît d’autant plus grand que le souvenir de l’homme corporel est plus éloigné. Voiht pourquoi les hommes qui ont marqué leur passage sur la terre par des œuvres d’une valeur réelle sont plus appréciés après leur mort que de leur vivant. Ils sont jugés avec plus d’impartialité, parce que les envieux et les jaloux ayant disparu, les antagonismes personnels n’existent plus. La postérité est un juge désintéressé qui apprécie l’œuvre de l’esprit, l’accepte sans enthousiasme aveugle si elle est bonne, la rejette .sans haine si elle est mauvaise, abstraction faite de l’individualité qui l’a produite.

Jésus pouvait d’autant moins échapper aux conséquences de ce principe, inhérent à la nature humaine, qu’il vivait dans un milieu peu éclairé, et parmi des hommes tout entiers à la vie matérielle. Ses compatriotes ne voyaient en lui que le fils du charpentier, le frère d’hommes aussi ignorants qu’eux, et ils se demandaient ce qui pouvait le rendre supérieur à eux et lui donner le droit de les censurer; aussi, en voyant que sa parole avait moins de crédit sur les siens, qui le méprisaient, que sur les étrangers, il alla prêcher parmi ceux qui l’écoutaient et au milieu desquels il trouvait de la sympathie.

On peut juger de quels sentiments ses proches étaient

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