CHAPITRE VI
aide l’homme s’est successivement dépouillé des préjugés ' de l’ancienne Ecole et des théories spéculatives, pour se renfermer dans le champ de l’ohServation et le cultiver avec soin et intelligence.
Oui, la science de l’homme est solide et féconde, digne ^ de nos hommages pour son passé difficile et longuement éprouvé, digne de nos sympathies pour son avenir, gros de découvertes utiles et profitables; car la nature est désormais un livre accessible aux recherches de l’homme studieux, un monde ouvert aux investigations du penseur, une région brillante que l’esprit humain a déjà vi-, sitée, et dans laquelle il peut hardiment s’avancer, tenant en main l’expérience pour boussole.
59. — Un ancien ami de ma vie terrestre me parlait ainsi naguère. Une pérégrination nous avait ramenés sur la terre, et nous étudiions de nouveau moralement ce monde ; mon compagnon ajoutait que l’homme est aujourd’hui familiarisé avec les lois les plus abstraites de la mécanique, de la physique, de la chimie ; que les applications à l’industrie ne sont pas moins remarquables que les déductions de la science pure, et que la création tout entière, savamment étudiée parlai, paraît être désormais son royal apanage. Et comme nous poursuivions notre marche hors de ce monde, je lui répondis en ces termes :
GO. — Eaible atome perdu en un point imperceptible de l’infini, l’homine a cru embrasser de ses regards l’étendue universelle, quand il pouvait à peine contempler la régio)i qu’il habite ; il a cru étudier les lois de la nature entière , quand ses appréciations avaient à peine porté sur les forces en action autour de lui ; il a cru déjterminer - la grandeur du ciel, quand il se consumait dans la détermination d’un grain de poussière. Le champ de ses oU-
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ÜRAXOGRAPHIE GÉNÉRALE
servationa est si exigu, qu’uii fait perdu de vue, l’esprit a peine à le retrouver ; le ciel et la terre de l’homme sont si petits, que l’âme, en son essor, n’a pas le temps de déployer son aile avant d’être parvenue aux derniers parages accessibles à l’observation.
L’univers incommensurable nous entoure de toutes parts, déployant par delà nos deux des richesses iucon • nues, mettant en jeu des forces inappréciées, développant des modes d’existence inconcevables pour nous, et propageant à l’infini la splendeur et la vie.
Et le ciron, misérable acarus, privé d’ailes et de lumière, dont la triste existence se consume sur la feuille qui lui donna le jour, prétendrait, parce qu’il fait quelques pas sur cette feuille agitée par 1^ vent, avoir le droit de parler sur l’arbre immense auqqel elle appartient, arbre dont à peine il a aperçu l’ombrage ; il s’imaginerait follement pouvoir raisonner sur la forêt dont son arbre fait partie et discuter sagement sur la nature des végétaux qui s’y développent, des êtres qui l'habitent, du soleil lointain dont les rayons descendent quelquefois y porter le mouvement et la vie? — En véri'.é, l’homme serait étrangement ' prétentieux de vouloir mesurer la grandeur infinie au pied de sa petitesse infinie !
, Aussi doitril être bien pénétré de cette idée : que si les labeurs arides des siècles passés lui ont acquis sa première connaissance des choses, si la progression de l’esprit l’â placé au -vestibule du savoir, il n’a fait encore qu’epeler la première page du livre; qu’il est, comme l’enfant f susceptible de se tromper à chaque mot, et, loin de pré*tendre interpréter doctoralement l’ouvrage, doit se contenter de l’étudier humblement^ page par page, ligne par ligne. Heureux , encore, ceux qui le peuvent faire.