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LES FETICHES DE LA SCIENCE OFFICIELLE

Ce qui frappe le plus le penseur qui, libre de tous préjugés 9 étudie le fonctionnement des différentes sociétés qui se sont succédé dans le monde, c'est de voir combien est important le rôle joué dans la science par l'esprit de parti et l'égoïsme de caste*

Il .faut des siècles pour qu'un progrès conquis, une Yérité démontrée descendent dans la foule et viennent augmenter le patrimoine commun.

Il faut des siècles pour que prêtres, initiés et savants consentent à parler devant ce qu'ils appellent le vulgaire ignorant le langage de la raison^ et à abandonner publiquement quelques-unes de ces ruines hiératiques, quelques-uns de ces préjugés scieii-

tifiques, dont, en particulier et entre eux, ils ont depuis longtemps fait justice.

Notre époque est affectée de cette faiblesse, au moins autant que celles qui Font précédée, sans avoir pour excuse de son étroitesse d'esprit, de son peu de courage, la crainte des bûchers du Saint- Offlce ou des proscriptions du pouvoir civil.

Nous n'avons pas l'amour de l'Humanité! Il semblerait que chaque homme ne fasse partie d'un corps social que pour ne s'y occuper que de ses seuls intérêts, et s'y faire, par tous les moyens^ une place plus vaste et plus commode que celle des autres.

Arrivés à un certain niveau, les parvenus privilégiés serrent leurs rangs et s'organisent pour la défense de leurs appétits satisfaits. Partout, dans les croyances religieuses, dans la science, dans les institutions politiques et sociales, dans la loi, ils s'efforcent de créer une immobilité qu'ils croient protectrice de leur situation... Les castes naissent..*. Les plus élevées s'entourent de fortifications contre celles qu'elles ont dépassées à la course. Elles proclament que l'Humanité est arrivée à son summum de progrès, de justice, de bonheur et de science, et que tout est bien dans la nation pourvu que personne ne crie trop fort...

' Lorsque Denys, gorgé, dormait sur son lit de fleurs, tout Syracuse devait être heureuse et faire

silence... ; et quand Taventurier se réveillait, c'était pour proscrire Platon, c'est-à-dire la raison, le progrès et la liberté !

Dans cette conspiration sociale, la science officielle et les savants titrés jouent un rôle persévérant, raisonné, d'autant plus important qu'il est pour ainsi dire occulte , et échappe dans ses effets lents, mais fatals, à la perception et à Tappréciation des masses.

De môme que le prêtre se conduit par cette for-* mule :

« Il faut un Dieu tel que nous l'avons imaginé, jaloux, irascible et vengeur, pour contenir le peuple. »

. De môme le savant officiel se conduit par cette autre :

« Il faut inaantenir le peuple dans une ignorance savamment calculée, et ne répandre dans les classes intelligentes que des variétés expurgées, si Ton veut dominer et diriger facilement l'ensemble. »

De là une science religieuse que l'on enseigne dans les temples, qui est la négation de la raison et de la liberté humaine.

Et une science officielle qu'élaborent de prétendus corps savants, que dispensent l'Université et les se-

minaires, et que Ton tritare, dose et formule à des degrés différenta pour renseignement primaire, se-* condaîre ou supérieur. On s'étonnera peut-être de me voir mettre rUniversité et renseignement clérical sur la môme ligne^ J0 dois donc expliquer ma peusee»

La plupart des professeurs de l'Université sont des hommes fort éminents, beaucoup môme sont des sauvants à qui il ne manque pour jouer un grand rôle que de n'avoir pas à compter avec les dures nécessités de la vie qui paralysent l'indépendance de leur pensée et de leur plume ; esclaves d'une discipline étroite, sans cesse surveillés par le personnel administratif du lycée, inondés de circulaires ministérielles, ils prennent peu à peu l'habitude d'oublier leur individualité, et de couler leurs leçons dans un moule uniforme que l'autorité supérieure leur im-^ pose.

Malheur à qui s'écarte de la ligne tracée ; averti d'abord, envoyé dans un poste inférieur ensuite, puis finalement brisé, il apprend, aux dépens de sa tranquillité et du pain de sa famille, ce qu'il en coûte pour vouloir être un homme et faire des hommes.

J'ai retrouvé, mourant de misère à Paria dans un bouge, un de mes anciens professeurs qui, à vingt-t deux ans, était agrégé, et enseignait l'histoire dans une des plus grandes villes de France»

INTHODUCTIOÎT. 7

Un jour, les inspecteurs arrivent au lycée; ils se rendent tout droit à la classe du jeune professeur, que ses notes de Téeole normale représentaient comme un esprit trop libéral.

A cette question faite au oour$ d'examen : -— Que dites-vous de l'acte de Brutus 9

Un de nous répondit :

^^ En politique, le poignard est un moyen que la conscience humaine réprouve ; mais de quel mépris charger la mémoire de tous les aventuriers qqi passent le Rubicon, et foulent aux pieds les lois de leur ppys?

Monsieur r Inspecteur ^ auteur d'un gros dictionnaire grec, qui avait fait sa fortune dans TUniveraitô et dans la librairie classique, en entendant ces paroles, attacha ses petits yeux gris sur le pauvre pro-! fesseur qui pâlit, et, scandant ses paroles, il ajouta :

-^ Quel est le traité d'histoire que vous suivez ?

^^ Celui que notre professeur nous fait chaque jour, répondit l'élève, inconscient du mal qu'il allait causer.

Huit jours après, une dépêche ministérielle en-^ voyait le malheureux agrégé d'histoire dans une in- ^me bourgade du Midi, qu'il finit par quitter égaler ment, après des tracasseries sans nombre. C'était une âme sensible, un caractère plus délicat que vigoureur fiement trempé ; il W survécut quelques années à sa

vie brisée, que pour aller échouer sur un grabat d'hôpital,

I Pendant ce temps-là, Monsieur l'Inspecteur et le gros dictionnaire grec continuèrent à prospérer Tun par l'autre. L'enseignement de TUniversité est le reflet de la politique du gouvernement sans nul souci des intérêts de la nation : après 1830, il fut libéral; le coup d'État et les de Falloux essayèrent de le jeter dans la voie cléricale, et sans leurs vieilles traditions de libre pensée, les universitaires se faisaieuît sacris* tains.

C'est pour cela que je repousse l'enseignement de l'État, érigé en système, avec la même force que renseignement des séminaires.

Tout corps, toute caste, tout homme qui dirige l'éducation publique, le fait dans son intérêt exclusif. L'éducation donnée ainsi est le produit des passions et des intérêts de ce corps, de cette caste, de cet homme ; elle n'est pas le reflet du progrès social et des besoins de la nation.

Je suis las de tous ces directeurs, jacobins, autoritaires, doctrinaires et ultramon tains, dont pas un dans son programme politique ne veut placer la raison de tout le monde au-dessus de la raison des groupes, qui ne combattent tels ou tels systèmes que pour le remplacer parle leur, et je trouve les gens qui veulent fonder une république autoritaire, aussi ridicules

que ceux qui rêvent une monarchie républicaine.

L'éducation entre les mains de l'État est un moyen de gouvernement ; tous les partis l'accepteront comme une arme de défense préventive, dès qu'ils seront au pouvoir. Aujourd'hui Robespierre serait pour l'éducation de l'État, laïque et obligatoire. Demain Montalembert serait pour l'éducation de l'État, cléricale et obligatoire.

La formule importe peu et chaque parti l'acceptera du jour où il sera chargé de l'appliquer.

Il ne faut pas d'arme à deux tranchants qui puisse servir indifféremment à droite et à gauche.

Donc, dans les programmes de l'avenir, pas d'enseignement par l'État... Abolissons comme en Amérique le ministère de l'instruction publique ; laissons faire l'initiative individuelle; attendons tout de la liberté. La France n'est pas une incapable, pour être constamment mise en interdit par ses doctrinaires obérés de dettes, ou ses politiciens sans emploi.

Il n'est pas sans intérêt de voir quelles sont, malgré les progrès de la science, les bases de l'instruction qu'on donne à nos enfants. Histoire et chronologie n'ont pas encore osé se dégager des entraves de la Bible.

La Terre a été créée il y a six mille ans.

L'Homme provient d'un couple unique que Dieu a créé pour habiter cette planète.

L'Histoire des peuples et des races commence avec les fils de Noé.

Sem a peuplé TAsie^

Japhet l'Europe,

Et Gham l'Afrique,

On enseigne que Cham a été le père de la race inférieure des nègres, parce qu'il avait manqué de respect à son père, etc. ; et mille autres niaiseries de cette force qui sont destinées à faire des hommes...

En philosophie, on ne sort pas d'un spiritualisme étroit, d*un anthropomorphisme ridicule, et Ton croit avoir tout fait quand on a découpé Tâme qu'on prétend immortelle en facultés bonnes ou mauvaises, et que l'on a prêté à Dieu les passions et les faiblesses de l'humanité.

Lisez tous ces livres prétendus classiques^ revêtus de toutes les approbations nécessaires, et dites-nous s'il est bien extraordinaire que la plupart des hommes de notre époque ne sachent rien à vingt ans, pas même le grec et le latin^ pour lesquels on a sacrifié dix ans de leur existence.

C'est en vain que la géologie et l'astronomie comptent par centaines de millions les années qui se sont écoulées depuis le moment où la terre, s'écbappant du soleil, a commencé à tourner autour de son foyer générateur ; eu vain que les espaces infinis sont un tout animé, habité par des êtres organisés suivant

les milieux» et dont toutes les parties sont mues par des lois générales identiques ; en vain que notre modeste planète est un simple rouage dans l'ensfemble, en vain que les vieilles populations de l'Asie ont conservé d'antiques traditions en harmonie avec les découvertes delà science .,« nous ne sortons pas de la Bible et de la chronologie d'Usserius, et quiconque s'avise de secouer le joug, d'indiquer le passé comme une superstition, d'initier ceux qui Técoutent aux conquêtes du présent et aux espérances de Tavenirj^ est déclaré de par renseignement imposé ^ aussi bien laïque que clérical, indigne de former la jeunesse |t la science de la vie.

En remettant Tinstruotion aux mains d'un groupe d'hommes autoritaires, qui la dirigent suivant les besoins d'une dynastie, ou d'un programme politi-i que, on instruit d'après des nécessités de caste, on ne donne pas la vérité scientifique.

Et cependant, à aucune époque de notre histoire, nous n'avons senti davantage le besoin de faire plus rapidement des citoyens et des hommes utiles qu'aujourd'hui. Un nouveau droit vient de naître dans le nîonde, qui, au progrès par la moralité, par le bien, par la liberté et le développement de l'individu, oppose la réussite par la force comme Yultima ratio de l'Humanité.

Que dis-je un droit nouveau ?

iî INTRODUCTION,

C'est le droit de Tamerlan, de Tchenguiz*Kan, d'Attila, et de Timour, que les Germains entourent de formules hypocrites pour légitimer des attentats qui feraient rougir les Apaches des prairies américaines.

Écoutez ces accents que le professeur Schopenhauer laisse tomber de sa chaire pour conduire les brutes prussiennes à de nouveaux pillages :

« Dans le monde de l'homme, comme dans le règne animal, ce qui règne c^est la force et non le droite le droit n'est que la mesure de la puissance de chacun ! »

Max Stirner va plus loin, et il s'écrie avec un cynisme ironique, qui fait l'admiration de tous les ap^ prentis incendiaires des Universités de Berlin et de Heidelberg :

« Que m'importe le droit, je n'en ai pas besoin, ce que je puis acquérir par la force, je le possède et j'en jouis, ce dont je ne puis m'emparer, j'y renonce, et je ne vais pas en manière de consolation me pavaner avec mon prétendu droit, avec mon droit inprescriptible. »

Autrement dit : « Pillez votre voisin sans s'inquiéter de son droit, si vous avez la force, si vous êtes dix contre un ; si vous ne pouvez enfoncer sa porte, renoncez-y, et attendez l'occasion favorable. »

Il y a quelques individus en- France, fort allemands

sur ce point et qui ne se gônent pas pour acquérir les biens du voisin J9ar la force ^ sans avoir besoin du droit; nous avons l'habitude de leur envoyer des gendarmes. Aujourd'hui que cette théorie est devenue le guide pratique d'une nation voisine, nous n'avons plus qu'une chose à faire, c'est de la traiter à la première occasion comme nous avons fait des bandes d'Attila dans les champs catalauniques.

Que la France se prépare, se hâte de faire des hommes, car avant peu, pour l'honneur de l'Humanité^ et pour conserver sa civilisation, sa nationalité^ sa richesse acquise par quinze siècles de génie et de travail, il lui faudra anéantir une nouvelle invasion des barbares.

Vous connaissez le docteur Strauss, celui de la vie de Jésus, le môme qui a écrit deux in-folios pour prouver que Jésus et les évangiles ont été fabriqués après coup par des habiles, il passait pour un philosophe de race ; naguère il nous encensait dans son livre sur Voltaire ; aujourd'hui il nous traîne dans la boue pour faire plaisir à M. de Bismark.

Toute l'indépendance du même philosophe n'a pu tenir devant les exploits de ses maîtres, le viol et l'incendie l'ont grisé, et, à son tour, il chante la louange du pillage à main armée et du canon.

« Une intelligence plus profonde de l'Histoire, ditil, nous a appris que c'est l'instinct d'expansion des

i4 INTRODUCTION.

peuples qai éclate dans l'ambition des conquérants, et qu'ils ne sont que les représentants d'aspirations générales. I^a suppression de la guerre n'est pas moins chimérique que la suppression des orages* et ne serait pcis moins dangereuse, VtUtima ratio des peuples sera dans Tavenir comme par le passé fo canon I »

Gomment trouvez-vous ce cerveau allemand, décrétant dangereuse la suppression de la guerre?...

On peut soutenir que cette suppression, rêvée par toutes les âmes généreuses^ est chose presque impossible eu égard à la nature imparfaite de l'homme^... mais la déclarer dangereuse,... il faut être aussi privé de sens moral qu'on l'est sur les bords de la Sprée pour oser soutenir pareille chose.

Nous comprenons qu'à la chute de l'empire romain, les aspirations générales des peuples encore barbares les aient portés à de longues et sanglantes guerres pour s'établir sur un coin de terre plus ou moins iavorisé, y vivre et s'y développer, et que le penseur ne trouve rien là que de naturel ; mais, à notre époque, alors que de toutes parts les peuples demandaient à la paix et à la fraternité le progrès et le bonheur, alors qu'un vent de cosmopolitisme commençait à unir toutes les races dans l'amour de l'Humanité» légitimer, sous prétexte d'aspirations et d'ezpansions, le piUage à main armée, les guerres de race,

et l'ambition des conquérants^ c'est faire un retour complet à la barbarie, et c'est là, quoi qu'ils en aient, que marchent les Allemands.

Mais pour ces beaux exploits^ la loi morale, que toutes les civilisations ont admise, sur les bords du Gange, de l'Euphrate, du Nil, du Jourdain, du Tibre et de la Seine, cette vieille loi morale, qui a parlé à la conscience de tous dans le passé et le présent, les gênait... ils Tout abolie.

« La loi morale n'existe pas, s'écrie Max Stirn^, tout se réduit à des lois physiques. »

Après tant de massacres et l'annexion de deux provinces contrairement à la volonté des habitants , il n'y avait plus moyen de conserver le masque hypocrite du droit ; ce n'est pas plus difficile de supprimer le droit que la morale. . . Et toute l'Allemagne répète avec Schopenhauer :

« Le droit n'est que la mesure de la puissance de chacun. »

Vous êtes assez puissants pour vous emparer de la ferme et des troupeaux du voisin, vous avez le droit*

On croit rêver en lisant de pareilles folies.

A côté de ces esprits faux, qui raisonnent comme un syllogisme scolastique, sans s'inquiéter de l'absurdité des principes qu'ils posent, il y a les rêveurs qui ont la bière triste et qui considèrent la guerre comme une distraction à leurs vapeurs de brasserie.

Le docteur Vischer module ainsi son opinion avec une pointe de mélancolie qui sied bien à on enfant de la blonde Germanie :

« Une des manières les plus efficaces de secouer les angoisses de la vie^ c'est de se mêler au mouvement fougueux de la guerre; celui qui ne compte plus avec la vie, éprouve au milieu des images de la mort, qui l'assaillent de toutes parts, un réconfort intime, les nuages qui l'obsédaient se dissipent, et il jouit de la vie elle-même avec pli^s de plénitude et d'intensité. »

Voilà qui est entendu, quand vous éprouvez les angoisses de la vie, vous faites la chasse à l'homme et, après avoir expédié quelques-uns de vos semblables, vous éprouvez un réconfort intime, et vous jouissez de la vie avec plus d'intensité.

Ces ignominies sont tellement stupides que nous ne ferions qu'en rire, si elles n'étaient pas dirigées contre nous.

Pendant cinquante ans, les hommes d'État prussiens ont préparé la dernière guerre^ en soufflant la haine de la France dans le cœur de leurs ilotes, de l'école primaire à l'Université. . . Ils préparent maintenant de nouveaux pillages et de nouvelles annexions, en pervertissant le sens moral des générations qui s'élèvent, et en leur enseignant que toute aspiration est légitime, du jour où l'on est assez fort pour la satisfaire.

Jusqu'à présent les peuples qui en appelaient aux champs de bataille, avaient soin de crier bien haut qu'ils ne se. battaient que pour le droit et la justice; la' mauvaise foi s'ingéniait à mettre la raison de son côté; cette hypocrisie môme était un hommage rendu au bien... Mais les Allemands modernes ont changé tout cela, ils font la guerre pour conquérir, — lisez piller — et tout peuple doué d'une grande expansion, — lisez appétit — a le droit de dévorer son voisin qui, suivant l'expression de Schopenhauer, — rCa pas assez de puissance pour donner la mesure de son droit. —

Ils ont beau ne savoir se battre que cinq contre un, ces Tudesques aux pieds plats, détruire et ravager à faire honte aux Vandales ; on a beau savoir dans le monde entier que les choses se seraient passées autrement si nous avions combattu à nombre égal ; au lieu de dire : nous avons été vainqueurs parce que nous étions un million contre une poignée d'hommes, il faut qu'ils fassent de leurs incendies, de leurs massacres, de leurs victoires inespérées, le prix de leur supériorité absolue dans le domaine du progrès.

« La dernière guerre, dit Alexandre Ecker, nous a fourni la preuve que l'histoire des nations repose également sur des lois naturelles, et se compose d'une série de nécessités absolues, série dans laquelle la balance penche toujours du côté du progrès. »

t8 INTRODUCTION»

De quel progrès ?

S'il s'agit du progrès dans respionnage, dans le perfectionnement des engins de destruction, dans l'oubli de toutes les lois d'humanité, de toute géné^ rosité, de toute grandeur d'âme, oh ! vous avez raison, professeur Alexandre Ecker, vous êtes en progrès.

Seulement ce progrès-là n'est qu'un retour en arrière : nos soldats s'étaient battus en Grimée et en Italie^ en donnant la main à leurs ennemis; nous étions en train de restreindre la guerre à une lutte courtoise^ semblable à un duel de gentilshommes; vous avez préféré les orgies des Gimbres et des Teutons. C'est affaire à vous, mais ne parlez pas de progrès, de ce progrès humanitaire qui rôve l'apaisement universel, et le règne du bien pour le bien... Vous faites honte à la race humaine quand vous prononcez ce mot.

Et puisi voyez-vous, le progrès que vous avez choisi, que vous avez préféré, est si facile à acquérir quand on a trente-six millions d'habitants, et qu'on paye le plus fort budget de la guerre du monde en« tier, que vous feriez mieux de ne point crier si fort, car, voyez-vous. Allemands ! on vous hait bien ici. . . et cependant rien qu'à la pensée que nos soldats pour* raient un jour aller vous demander des comptes... nous' sommes effrayés d'avance des pages que l'histoire de l'humanité aurait alors à enregistrer.

INTRODUCTION. i»

Henry Heine, qui connaissait bien ses compatriotes» a dit que le génie allemand pouvait se résumer dans ces deux mots :

Mysticisme et brutalité.

A ces deux qualités essentielles des Germains il faut joindre une fausseté d'esprit et de raisonnement telle, que l'idée la plus simple prend, dans leur cerveau, les formes les plus fantastiques et les plus absurdes.

Écoutez Strauss discourant de la république et de la monarchie.

€ La république, dit ce philosophe, est rationnellement supérieure à la monarchie , et c'est précisément pour cela qvCil faut préférer la monarchie. Sans doute il y a dans la monarchie quelque chose cPénigmatiquCy d'absurde même en apparence, c'est en cela que consiste le secret de sa supériorité^ tout mystère paraît absurde y et pourtant, sans mystère, rieù de profond, ni la vie, ni l'art , ni l'État. »

Toute rAllemagne se pâme devant ce galimatias»

Gela n'en vaut certes pas la peine, cependant, puisque ces gens-là en sont arrivés à ce point d'orgueil, de s'intituler constamment aujourd'hui dans leurs ouvrages les Éclaireurs, les Directeurs de l'Esprit humain, voyons ce que vaut un pareil langage , au simple point de vue du sens commun.

Le raisonnement de Strauss se compose de trois

propositions principales, qui, en saine logique, portent en elles-mêmes la démonstration de leur propre fausseté.

Première proposition. — Il faut préférer la monarchie précisément parce que la république est rationnellement supérieure à la monarchie. Si les jugements de la raison ne sont pas le meilleur critérium de supériorité, où rencontrera-t-on ce critérium, puisque la raison est l'unique flambeau de l'humanité?

Proclamer rinfériorité de ce que la raison déclare rationnellement supérieur , est le fait d'un cerveau malade et faussé. Il suffit de généraliser ce mode de raisonnement, pour comprendre quel degré inférieur il assigne à l'intelligence qui l'a conçu.

Exemple : L'instruction est rationnellement supérieure à Tignorance , et c'est précisément pour cela qu'il faut préférer l'ignorance, etc..

• Voilà la logique de Strauss.

On ne peut pas dire que je force la note et que ma proposition soit plus ridicule que celle-ci : — « La république est rationnellement supérieure à la monarchie, et c'est précisément pour cela qu'il faut préférer la monarchie. . . »

Deuxième proposition. — 11 y a dans la monarchie quelque chose d'énigmatique , d'absurde même, en apparence, c'est en cela que consiste le secret de sa supériorité.

Le docteur Strauss divague de plus en plus.

Voilà maintenant que le secret de la supériorité de la monarchie sur la république, proclamée rationnellement supérieure par la première proposition , consiste en ce que la monarchie renferme en elle quelque chose d'énigmatique et d'absurde môme , en apparence.

Donc la république, rationnellement supérieure à la monarchie, lui devient inférieure^ parce qu'elle n'a pas comme elle quelque chose d'énigmatique et d'absurde.

Supérieure au point de vue de la raison, la république est inférieure au point de vue de l'énigmatique et de l'absurde.

Eh bien, alors... si la monarchie ne triomphe que par son absurdité... Mais passons. Voilà la profon* deur allemande.

Troisième proposition. — Tout mystère paraît absurde, et pourtant, sans mystère, rien de profond, ni la vie! ni l'art! ni l'État! Cette rêverie métaphysique est réellement merveilleuse, et, sans qu'on l'y oblige, cet Allemand nous déclare avec une certaine naïveté que pour être profond il faut être mystérieux et paraître absurde, puisque, d'après ses propres paroles, il n'y a rien de profond sans mystère et que tout mystère paraît absurde . N'est-ce pas également charmant d'entendre dire qu'il n'y a rien de profond,

il INTRODUCTION.

ni la vie, ni Tart, ni l'État, sans mystère et sans absnrdité?

A ce compte-là, Tesprit allemand doit être singnlièrement profond.

Voilà comment nn des corypliées de la philosophie tndesqne repousse la répablique (Jn'il regarde comme rationnellement supérieure, pour admettre la monarchie qu'il traite d'énigmatique et d'absurde...

Et ce sont ces raisonneurs, qui n'ont plus aucun rapport avec le sens commun, qui se considèrent comme des élus appelés à diriger l'esprit humain?...

En vérité, ce serait folie de croire que l'Humanité acceptera jamais une pareille direction, et perdre son temps que de leur répondre, si tout cela n'avait pas été combiné, imaginé au lendemain d'un triomphe passager , pour remplacer le droit et la moralité par la force brutale , légitimer le pillage , l'incendie des chaumières et les spoliations ^ rouvrir l'ère des invasions et des guerres de conquêtes» et, sous couleurs ^'expansion des peuples, accomplir purement et sim*> plement, en masse, l'œuvre du voleur de nuit qui, rapace et fainéant, s'en va piller l'épargne du travailleur et vider les coffres remplis par d'autres. Oui, ce serait perdre son temps que de s'occuper des rêvasseries de ces buveurs de bière, si leur bat avoué n'était pas do mettre en coupe réglée le sang et les richesses de la

France, si tout ne tendait pas à amener de nouveaux envahissements de la patrie. . .

Organisons*nous donc pour défendre ce vieux champ gaulois que nous cultivons depuis tant de sià* clés; il a nourri nos pères^ nous nous y somittes développés, il ne faut pas que nos enfants puissent dire que nous n'avons pas su défendre leur héritage, et puisque les Allemands les mains rouges de sang arborent le drapeau de la force, pour Thonneur de l'Humanité, ne laissons pas tomber le drapeau du droit.

Pour faire des hommes capables de soutenir cette cause, il faut abandonner résolument le passé, et mar-* cher sans crainte à la démocratie honnête^ modérée, progressive , la seule forme sociale qui puisse donner upe énergie et une foi nouvelle à la France.

Le passé a eu ses heures de gloire, on n'y saurait ramener un peuple qui ne croit plus... D'un autre côté, un état social qui ne se maintient plus qu'à Taide de formules surannées auxquelles on obéit sans les .respecter» enfante le règne des doctrinaires, des scep^ tiques et des intrigants , ces oiseaux sinistres , pré<curseurs de la décadence.

Il nous faut donc une formule nouvelle, à laquelle on ait confiance, qui enfante des dévouements , des abnégations, de grandes honnêtetés.

A l'ère sacerdotale le progrès substitua Tère mo-

narchique; à Tère monarchique, le progrès doît substituer l'ère démocratique.

Ce n'est pas que l'évolution commencée par les grands penseurs du xviii® siècle doive s'accomplir en un jour.

Le temps respecte peu ce qu'on a fait sans lui.

Mais il faut nous engager résolument dans la seule voie qui nous reste ouverte pour ne pas devenir comme les Indous, les Ghaldéens, les Égyptiens et les Grecs, xyn peuple historique.

Les nations qui résistent au mouvement général de THumanité sont emportées dans la tourmente, les soldats qui s'attardent sont tués par l'ennemi.

La réforme la plus importante à faire est celle de l'instruction publique; c'est par ce vœu que j'ai commencé ces pages, c'est par lui que je veux terminer.

Ce n'est pas ici le lieu de présenter un programme.

La liberté et un état démocratique engendreront une instruction démocratique et libre.

Nous avons vu ce que sont les tendances du génie allemand, réduire l'homme à l'état de rouage inconscient, supprimer toute liberté, toute individualité, n'étudier que des forces physiques et nier les forces morales, ne voir le mouvement qu'au point de vue do l'ensemble, faire l'âme esclave de la vie matérielle, mener les «nations comme une immense machine, réduire à l'état d'engrais l'homme qui meurt

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et les civilisations qui s'écroulent, nier la cause universelte et supprimer Dieu, tel est le dernier état de la science dont les Germains se sont faits les apôtres, science absolue suivant euz, et qui serait le dernier mot de la vérité.

Le dernier mot, pauvres gens!... Chaque école, chaque secte^ chaque siècle a prétendu le dire.

Il 7 a huit ou dix mille ans, peut-être plus, que Kapila, le grand sceptique indou, qui fut le père de Pyrrhon et l'aïeul de Spinosa, sapant l'autorité des Védas, s'exprimait ainsi :

« Il n'y a pas d'autre dieu que la matière et les forces infinies de transformation qu'elle renferme dans son sein. Le sage Manou fait partir la vie de la goutte d'eau; suivant lui, les espèces s'élèvent en profitant des qualités de celles qui les précèdent, le sommet de la transformation pour chaque être est la mort, et l'individu disparaît au profit de l'ensemble. L'homme, en particulier, compte pour si peu, que rien môme ne peut lui démontrer sa propre existence et celle de la nature. Peut-être que ce que nous regardons comme l'univers, et les divers êtres qui paraissent le composer, n'ont rien de réel, et ne sont que le produit d'une illusion — maya — continue de notre volonté. »

I7ISMIM NAMA NAHAM

Je ne suis ep riep. — Rien n'est en moi. — Le moi-même n'est pas.

En citant ces paroles de Kapila, deux textes, Tan Tun de Schopenhauer et l'autre de Schelling yiea* nent chanter dans ma mômoire,

Schopenhauer a dit :

« La nature est l'illusion Infinie de la Tolonté. »

Schelling, exprimant la môme idée, mais^ comme tout bon Allemand, en la rendant plus nuageuse et plus incompréhensible encore, répond :

« La nature est le miroir magique de l'intelligence. »

Le rapprochement est sensible :

« Peut*ôtre que ce que nous regardons comme l'univers^ et les divers êtres qui paraissent le com-« poser, n'ont rien de réel et ne sont que le produit d'une illusion continue de notre volonté. »

(KAPILA)

N^est-il pas curieux de voir ces philosophes des bords de la Sprée, qui prétendent diriger Thumanité vers des sentiers nouveaux, se borner à copier les rêveries des vieux philosophes des bords du Gange ?

Eh bien, non, l'Allemagne aura beau faire, elle ne fera pas reculer le monde par ses idées. Elle aura beau ramener la science au matérialisme antique.

supprimer les forces morales et le droite nous ne la suirrons pas sur ce chemin usé à force d'avoir été battu, bien qu'elle le présente comme un sentier nouveau .< Il ne se peut pas que le monde ait travaille, pensé, étudié pendant des milliers d'années, et ne puisse arriver, pour tout résultat, qu'à renier ses conquêtes, qu'à chercher le vrai dans la poussière du passé sacerdotal ou barbare, qu'à rééditer Kapila et Pyrrhon, qu'à recommencer l'épopée d'Attila.

Au moins ce dernier, quand il saccageait Rome, n'avait pas auprès de lui son Schopenhauer, son Strauss ou son Max Stirner, pour excuser métaphy*- . siquement ses fureurs et lui dire :

Ce qui règne, c'est la force et non le droit.

Le droit n'est que la mesure de puissance de chacun.

Que m'importe le droit, je n^en ai pas besoin, quand je pais acquérir par la force.

Je suis le plus fort ; ne venez pas vous pavaner avec votre droit imprescriptible, etc....

Le reître antique n'avait pas, comme le reltre moderne, son docteur Vischer, pour lui conseiller de secouer les angoisses de la vie, par le spectacle des incendies de Bazeilles et de Cbàteaudun, et des crimes de ses lansquenets ivres. *

Sur le terrain de cette science prétendue nouvelle

qai conduit à la négation des forces morales^ nons n'aurons pas malheureusement à lutter qu'avec les tentatives allemandes.

Il y a chez nous, également, un certain nombre de gens qui ont la prétention de jeter les bases définitives de la véritable science, en supprimant toute loi, toute force morale, au profit des forces physiques et purement matérielles auxquelles ils ramènent tous les phénomènes de Tezistence. Tout se réduit pour eux aux combinaisons diverses de la matière, et aux lois mécaniques qui régissent ces combinaisons. La psychologie, ou science de Tàme, est remplacée par la physiologie , ou science des forces. Le droit et le devoir ne sont que des faits d'agrégation sociale, n'ayant en dehors de cela aucun caractère obligatoire. La vie n'est plus qu'un phénomène mécanique se perfectionnant graduellement, allant du simple au composé, du minéral à la plante, de la plante à l'animal et de l'animal à l'homme.

Tout : mouvement^ pensée, jugement, mémoire, inteUience , naît de la matière qui s'organise ellemême^ qui à elle seule est le moule, la pâte et l'ouvrier. La mort est une transformation matérielle qui tait disparaître l'individualité de l'être. C'est en vain que la statue a marché, pensé, aimé, cru, voulu • en vain qu'elle a eu des notions infinies.... Elle retombe dans l'immense i^euset où la matière se broie die-

même sans cesse pour se donner Tôtre. Sa vie, son âme, n'étaient que des phénomènes physico-chimiques.

Cette théorie qui^ à Tencontre des Allemands, fait naître le droit, la morale, le devoir, le bien, des penchants naturels de Thomme et des relations so-» ciales, n'arrive pas à un résultat meilleur. Qu'est-ce que le droit, qu'est-ce que le devoir, réduits à l'état de phénomènes physiques?... Et comment ferez-vous respecter ce droit et ce devoir sans faire constamment appel à la force?

Les Allemands, plus logiques, ont supprimé la morale^ le droit et le devoir; il n'y a plus que des lattes de forces physiques, et des aspirations qui se légitiment par la réussite.... La réussite est le seul critérium qu'ils invoquent pour prouver que les forces naturelles ont été régulièrement mises en mouvement suivant les lois qui les régissent. Exemples : Vous retournez un champ, vous l'ensemencez, vous le sarclez et l'arrosez, la récolte est abondante.... c'est une preuve que vous avez suivi fidèlement les lois naturelles auxquelles sont soumises les transformations des plantes. Dans le cas contraire, les plantes n'eussent ni germé, ni produit.

Vous vous jetez avec une armée nombreuse sur une contrée qui, par* sa richesse, excite vos convoitises, les habitants de ce pays, non préparés, ne peuvent so

aO INTRODUCTION.

défendre, tous les écrasez sons le poids du nombre et vons rentrez chez vons chargés d'objets précieux et d'importantes dépouilles

C'est une preuve que vous n'avez blessé en rien les lois purement physiques qui régissent les rapports des nations entre elles, car dans ce cas vous eussiez été vaincus. «• l'homme obéit aussi fatalement aux lois naturelles que les animaux et les plantes.

C'est avec de pardls raisonnements que Schopenhauer, aux applaudissements de toute Técole allemande, a pu écrire cette phrase que nous avons déjà citée :

« Dans le monde de l'homme comme dans le monde animal, ce qui règne, c'est la force et non le droit, le droit n'est que la mesure de la puissance de chacun. »

Les philosophes français de l'école positiviste, en faisant naître le droit du fait, au lieu d'apprécier le fait par le droit, arrivent au même résultat que les Allemands. Le droit n'est plus qtte le phénomène accompli, que le fait réussi,

A la maxime célèbre par sa brutalité : la force prime le droit, les positivistes ne savent que répondre, car en ne voyant dans le droit et le devoir que des phénomènes biologiques, ils n'ont rien à opposer aux théories de la force.

Nous aurons, au cours de ce volume, à étudier

Torigine de cette philosophie dite nouvelle , et qui n'est que la copie du naturalisme indou que les brahmes de Técole de Kapila enseignaient déjà aux rives du Gange, aux époques anciennes où l'Europe actuelle n'était encore que lé pays du renne et des glaciers. En Allemagne comme en France, cette phi-* losophie conduit à la négation de l'Être suprême. Il nous parait utile de sonder le terrain sur lequel un petit groupe de savants voudraient faire rencontrer ces deux irréconciliables ennemis...

Ils auront beau faire, la patrie du bon sens et de la simplicité philosophique, la patrie de Voltaire, ne tombera jamais dans le mystère, l'énigm^iique et V absurde^ bien que, sans ces différentes qualités toutes germaines^ il n'y ait, suivant Strauss et con-^ sorts, rien de profond , ni dans la me, ni dans Fart, ni dans l'État»

A genoux devant ce caporal prussien qui, sui^ vant l'expression de Henry Heine, frappe ses hommes avec son bâton de caporal trempé dans Veau bénite, le docteur Bluntschli, d'Heidelberg , depuis la guerre de 1870, n'a pas assez de lyrisme dans la voix pour célébrer le droit de conquête et le triomphe de la force.

Quelques mois avants le môme homme écrivait ce qui suit, dans son livre « du Droit international, » art. 289 :

« L'humanité se fait de nos jours une autre idée du droit et répudie le droit de conquête.

« La conquête est un acte de violence, et non un acte légal.

« La conquête, le fait de mettre un territoire sous la domination physique du vainqueur, n'a pas le pouvoir de créer un droit nouveau, elle peut tout au plus donner un droit temporaire pendant une guerre.

« Pour qu'une conquête puisse engendrer des droits, il faut qu'un des éléments constitutifs du droit vienne s'ajouter au fait' de la suprématie du vainqueur... Le traité de paix doit être suivi de la reconnaissance par les populations du changement opéré. »

A la même époque, l'éminent jurisconsulte français, Achille Morin, disait à son tour :

« Produit de la force ou du succès, la conquête n'est pas un droit et ne saurait, par elle seulement, créer un droit définitif; c'est plutôt la négation du droit ; l'accouplement des mots droit et conquête est donc un contre-sens.

« S'il fat admis autrefois que la conquête était un moyen d'acquisition de la souveraineté, c'était dans la supposition qu'il n'y avait pas de droit antérieur absolu, ou bien comme conséquence dejs entraînements de la guerre, tels qu'on les comprenait alors... Actuellement, il s'agit, non plus d'une question d'intérêt ou d'utilité pour un peuple vis-à-vis d'un autre,

mais bien d'une question de principe, de justice et de droit international entre nations civilisées, ayant leurs droits respectifs, et leurs possessions acquises réciproquement garanties. Sur ce terrain la guerre étant encore permise, on peut bien admettre que Toccupation militaire donne certains droits au pouvoir, mais en tant que nécessités par les opérations et seulement temporaires ; et si Toccupation persistait, ca serait une domination usurpatricCy suivant les ex,-^ pressions du jurisconsulte allemand Heffter. »

Ainsi, avant la dernière invasion germaine, les savants des deux pays étaient d'accord pour admettre le droit et flétrir la force j et ce n'est pas une raison, parce que les philosophes et les jurisconsultes alle-^ mands se sont disciplinés sous le sabre prussien, pour que les penseurs de la France abandonnent les saines traditions du vrai, du juste et du bien, et se mettent à la remorque des Blountschli^ des Schopenhauer, des Strauss et des Max Stimer.

Libre à ces gens-là d'ériger en droit, au moyen d'un fatalisme résultant de forces naturelles irrésistibles, 1^ barbarie de leurs compatriotes, pour n'a^ voir pas à en rougir ; notre conduite doit ôtre toute autre, car nous croyons au progrès dans THumanité, par la moralité^ le devoir et l'honneur, et nous ne devons pas nous laisser surprendre par ce grossier trompe- l'œil qui consiste à nier la double nature dans

U INTEODUCTIOI.

rhomzne, et à soumettre les forcée intelleetuellee aux mêmes lois qui régissent les forces physiques.

Où donc les positivistes ont«>ils pris le droit de BOUS interdire l'étude des phénomènes de la oons^ cience et des spéculations de la raison? Est-ce dans la méthode expérimentale qu'ils ont puisé oe dogma^ tisme négatif qui leur fait repousser a priori la réalité des faits psychologiques? Mais la méthode ezpéri^ mentale qui s'applique aux sciences physiques et naturelles n'a pas le droit de se monroir en dehors de son domaine; la métaphysique ne saurait être justiciable de ses arrêts....*

Substituer sans raison un système à un autre n'est pas une preuve de progrès, et il ne faut se donner ni comme des flambeaux de vérité, ni oomme des disciples de la philosophie de l'avenir, parce qu'à l'âme et à Dieu on aura substitué des forces matérielles, et qu'on aura remplacé une métaphysique epiritua^ liste par une métaphysique matérialiatep un Dieu esprit par un Dieu matière.

Ainsi que je le disais plus haut, nous avons besoin de faire des hommes, des citoyens, des soldats, non parce que la guerre, oejeu de prince$, est un pro* grès, non parce qu'il serait dangereux de la supprimer, suivant l'expresiion de Strauss, mais parce que les Germains rêvent la conquête et l'anéantissement définitif de la patrie, que toutes leurs forces^ toutes

leurs pensées, tous leurs moyens d'action sont touiv nés vers ce but, et qu'il taut nous défendre et renvoyer, une fois pour toutes, ces hordes à leur pain noir et à leurs plaines arides du Brandebourg et de la Poméranie,

Ces hommes dignes de ce nom, ces citoyens, ce n'est pas avec les nouvelles doctrines philosophiques de l'Allemagne que nous les ferons, et nos comptes une fois réglés, la France devra reprendre la grande mission civilisatrice qu'elle s'est donnée, abdiquer tout esprit de conquête, proscrire le brigandage international, partant prêter son appui au droit contre la force, et tenir haut le drapeau du devoir, de la moralité et de la liberté, sans lequel il n'y aurait plus dans le monde que la brutalité allemande ou le fatalisme oriental, é

Gomme ses alnés^ ce livre est plutôt l'histoire du passé que du présent. Au milieu des luttes actuelles, nous aimons à nous retirer sous les ombrages mystérieux qui entourent les ruines des vieux temples indous, à faire parler les traditions anciennes, à demander aux pundits et aux brahmes savant^ leurs leçons, à rechercher les origines de tous ces systèmes philosophiques qui se partagent aujourd'hui le monde, à suivre à travers les âges le développement de ce droit et de ces forces morales, que les sectaires religieux

on les conquérants fanatiqaes ont de tont temps cherché à anéantir dans l'Hamanité. Heureux si le modeste édifice que nous cherchons à construire peut dissiper quelques nuages, exhumer quelques vérités

enfouies dans la poussière des civilisations disparues!

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