‹ La genèse de l'idée de temps [microform]Chapitre 24 sur 28 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

De tout ce qui précède nous conclurons que le temps n'est pas une condition, mais un "^Lz. simple effet de la conscience ; il ne la constitue pas, il en provient. Ce n'est pas une forme a priori que nous imposerions aux phénomènes, c'est un ensemble de rapports que l'expérience établit entre eux. Ce n'est pas un moule tout fait dans lequel rentreraient nos sensations et nos désirs, c'est un lit qu'ils se tracent à eux-mêmes , et un cours qu'ils prennent spontanément dans ce lit.

Le temps n'est autre chose pour nous qu'une certaine disposition régulière, une organisa- ^ tioîl^ d'images. La mémoire n'est que l'artj d'évoquer et d'organiser ces images. ^

Point de temps hors des désirs et des souvenirs, c'est-à-dire de certaines images qui, se juxtaposant comme se juxtaposent les objets qui les ont produites, engendrent tout à la fois l'apparence du temps et de l'espace.

Le temps, à l'origine, n'existe pas plus dans notre conscience même que dans un sablier. Nos sensations et nos pensées ressemblent aux grains de sable qui s'échappent par l'étroite ouverture. Comme ces grains de sable, elles s'excluent et se repoussent l'une l'autre en leur diversité, au lieu de se fondre absolument l'une dans l'autre; ce filet qui tombe peu à peu, c'est le temps.

Maintenant, au dehors de la conscience, y a-t-il une réalité correspondant à l'idée que nous nous faisons de la durée? Y a-t-il, pour ainsi dire, un temps objectif? On a fait souvent du temps une sorte de réalité mystérieuse, destinée à remplacer la conception -vieillie de la providence. On lui a donné presque la toute-puissance, on l'a déclaré le facteur essentiel de l'évolution et du progrès. Mais le temps ne constitue ni un facteur, ni un milieu pouvant à lui seul modifier l'action et ses effets. Si je cueille une pomme dans un arbre, puis plus tard une pomme absolument semblable, occupant exactement la

Page 1