‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 39 sur 60 · De la Nature · texte numérisé non relu

De la Nature

2e. Pr

des pétrifications, pour prouver qu les pierres ont des vaisseaux fibreux, des glandes miliaires, enfin un appareil organique, propre à se nourrir et à croître par intussusception, tandis que rien n’est plus démontré que l'accroissement des substances du règne minéral par juxtaposition. »

6. Le jugement de Romé de l'Isle est analogue à celui de tous les minéralogistes spécialistes, qui dès le début de leur ouvrage ont le souci de circonscrire leur sujet, et de montrer que les corps dont ils s’occupent sont différents de ceux qu'étudient botanistes ou zoologistes. Gautron de Robien (1) affirme qu'il n'y a aucune analogie entre la formation fibreuse des végétaux et la structure simple des minéraux. Wallérius (2) reconnaît que les cristaux grandissent ainsi que les animaux, mais suivant un mode tout différent ; ce n’est que si l’on définit la vie par la seule faculté de croître que l’on pourra prétendre que les minéraux sont vivants. Cronstedt (3) discute la question dans toute sa généralité et aboutit à des conclusions analogues ; il faut toutefois remarquer que s’il est difficile de savoir quels sont les caractères spécifiques des trois règnes de la nature, c’est que les mots dont on se sert pour les peindre sont imparfaitement définis. Bonnet (4) est étonné de la discontinuité que l'on remarque entre les êtres organisés et les corps bruts ; là nature semble sauter des uns aux autres ; cela n’est probablement qu'une apparence « qui disparaîtra, sans doute quand nos connaissances auront acquis plus d’étendue et de précision».

Cette différenciation des trois règnes de la nature n’est même pas examinée dans la plupart des travaux de minéralogie ; ni Valmont de Bomare, ni Sage, ni Bergmann, ni Monnet, ni Daubenton, ni Haüy ne s’en sont préoccupés:

+ Paris; 1751:

. 1753 (voir introduction).

. Minéralogie, 1° éd,. 1753. Français, 1771.

. Contemplation de la Nature, 1764.

Fa

c'est une question sans importance que les descripteurs rencontrent à la préface de leur Science, qu'ils tranchent d'un mot ou qu’ils négligent.

La Science de la vie et celle des cristaux si elles dé viennent toutes deux plus morphologiques et plus descriptives, si elles s’absorbent avec Cuvier et Haüy dans l'étude des classifications, se développeront indépendamment l’une de l’autre,et n'essayeront plus de se modeler l'une sur l’autre.

Romé de l'Isle montre qu'au point de vue géométrique même, l’organique et l'inorganique n’ont véritablement rien de commun. « La ligne droite, dit-il, est particulièrement affectée au règne minéral ; en effet, les cristaux ne prennent la ligne courbe'que par leurs réunions en groupes plus ou moins confus. Si l’on excepte ces sortes de groupes, les corps arrondis par le frottement, et enfin les corps fluides ou précédemment en fusion, tout autre qui dans ce règne offre une forme arrondie, globuleuse, ovoïde, sinueuse ou contournée ne la doit qu'aux substances animales ou végétales qu'il à pénétrées ou dans lesquelles il s’est moulé. Dans le règne végétal, la ligne droite se rencontre encore assez fréquemment, mais toujours accompagnée de la ligne courbe... Enfin, dans les substances animales, encore plus composées que les végétaux, la ligne courbe est la dominante. »

La cristallographie désormais indépendante de la biologie poursuivra ses destinées propres comme une science autonome.

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