RUE RACINE
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by Ernest Flammarion
A la Mémoire
de
E. MAREY, de rAcadémic des Sciences,
PREMIER PRÉSIDENT DE l'institut de PSYCHOLOGIE ZOOLOGIQUE
Darwin et son continuateur Romanes, persuadés qu'en psychologie animale l'expérience était impraticable*, n'ont procédé que par déduction dans leurs travaux sur les instincts ; notre tentative, au contraire, est essentiellement expérimentale et basée sur l'induction.
Nous avons pu attaquer le problème des instincts par l'analyse et la synthèse expérimentales, grâce à des moyens matériels d'investigation entièrement nouveaux, La description de nos méthodes tient d'ailleurs une grande place dans ce livre, à côté de l'exposé des résultats qu'elles nous ont déjà permis d'obtenir^
Gomment trouver des documents objectifs concernant révolution psychique? Comment se faire une idée des instincts des espèces éteintes dont les espèces actuelles sont les héritières ? Tandis qu'au point de vue organique, la paléontologie nous montre les chaînons qui relient les formes complexes aux formes simples et nous permet d'établir un parallélisme entre le développement embryologique et celui qui s'est produit à travers les âges, nous n'avons aucun
1, « Nul ne peut déplorer plus que moi, que la plus intéressante des régions où peut s'exercer la recherche scientifique (rétude des facultés mentales des animaux) se trouve être celle dans laquelle l'expérimentation ou la vérification de l'induction est le moins applicable. » G. Romanes.
secours comparable au point de vue psychologique.
Les pas d'un Labyrinthodon imprimés dans le sable conchylien, les dégâts causés par des Termites dans quelques troncs d*arbres de l'époque carbonifère, quelques insectes pris d'un seul coup dans la masse coulante des gommes des forêts antédiluviennes et gardant fidèlement l'attitude de la vie, une araignée saisissant une mouche, sont peut-être, avec les impressions des dents des carnivores et des rongeurs sur des ossements, et aussi, parfois, la répartition même des cadavres fossiles, les seules traces, peu significatives, du reste, d'actes d'instinct accomplis par les animaux des périodes géologiques ayant précédé la nôtre.
Quant aux crânes vides de quelques vertébrés fossiles, ce serait revenir au rêve de Gall que d'y vouloir lire l'histoire des instincts, ou seulement d'y chercher les plus vagues indications, puisque la richesse des circonvolutions peut se trouver chez des animaux stupides et que, d'une façon générale, la forme des organes nerveux ne paraît pas avoir, en ce qui concerne le psychisme, la signification que certains savants lui ont prêtée.
Les renseignements que fournit l'embryologie sur l'ordre d'apparition des facultés sensorielles sont, à coup sûr, intéressants, mais ils n'éclairent que de fort loin l'histoire psychique des animaux et ils ont, du reste, été contestés.
Il n'y a donc point de vestiges matériels de la genèse des instincts.
D'autre part, les progrès des animaux jeunes ne peuvent correspondre que d'une façon très grossière au développement psychique des espèces ; car le perpétuel contact des êtres vivants avec le monde extérieur, pendant leur jeunesse même, a amené des modifications innombrables (sans doute héréditaires) des états primitifs, dans le sens de la simplification
PBEFACE O
comme dans celui de la complication. Et c'est pourquoi le passé psychique de liiomme, celui des grands singes et des animaux domestiques n'est guère éclairé par l'examen de reniant ou d'animaux jeunes et qu'en principe l'histoire psychologique d'une espèce n'esi que très peu éclairée par l'examen des jeunes.
L'ohservatioft pure et simple des instincts n'a rien produit et ne pouvait rien produire en ce qui concerne leur genèse. Des savants comme Réaumur, Huber^ ou Fabre, les ont décrits avec une patience merveilleuse, mais n'ont pu les expliquer. Observer est, en effets au point de vue évolutionniste, une méthode absolument stérile, A l'état de nature, les instincts se forment trop lentement pour que le psychologue pwiisse noter les phases d'un tel phénomène.
Ausâ^i avons-nous pensé que, pour concevoir une idée de la genèse des instincts, il fallait chercher à rendre sensible l'influence du monde extérieur en accélérant la marche de phénomènes d'habitude, provoqués artificiellement et dans lesquels l'accélération serait directement produite par la multiplicité et la fréquence des excitations extérieures déterminées par l'expérimentateur. Il fallait donc, selon nous, se demander comment l'animal, du protozoaire au gorille, apprend et agit, quand on multiplie autour de lui des excitations propres à déterminer des sensations que retient la mémoire. Nous avons voulu assister à des «naissances d'instincts», démontrer expérimentalement ce que nombre de philosophes, de Condillac à Th. Ribot, ont supposé, à savoir que o l'instinct est une somme d'habitudes héréditaires »i.
Nous prenons le mot « apprendre » dans un sens très large. On apprend intelligemment et l'on apprend par la simple régulation de& mouvements imposés par tes conditions extérieures; on apprend avec sa