Revue philosophique. (Oct
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purement réflexes; cela seulement est purement physiologique.
Le postulat du parallélisme est donc extrêmement gênant, et nous Tavons toujours repoussé^. Nous estimons qu4l est parfaitement légitime d'étudier Vintelligence et la conscience chez les animaux. Y a-t-il là, du reste, une dualité?
Définition de la conscience. — Pour Hamilton, pour H. Spencer, pour Renouvier, la conscience est 1« sentiment d'une relation; elle implique sujet et objet; si Tun de ces termes manque, elle disparaît-; mais la philosophie classique imagine, avant cette conscience proprement dite, une conscience primitive, qui, à vrai dire, n'est plus la conscience, mais la simple sensibilité. Elle reprend la pensée de Condillac : (( Primitivement, la statue animée est tout entière la sensation qu'elle sent... elle n'est rien de plus... elle est d'une simplicité absolue. »
Nous nous rallions entièrement aux idées de Hamilton, de Spencer et de Renouvier. Pour nous, la sensation isolée de Condillac n'est pas un état de conscience mais un état de sensibilité. Une sensation que le sujet ne situe pas en lui-même ne peut être consciente; le sujet ne saurait pas qu'il l'éprouve, ne la distinguerait pas du monde ambiant; elle serait bien une sensation, mais une sensation isolée et inconsciente. Pour être consciente, il faudrait qu'elle fût ce qu'elle est et aussi ce que, par déflnition, elle n'est pas : 1° une sensation, et... 2° une collection de souvenirs sur le moi physique du sujet, le situant dans l'espace et le temps.
Pour Rabier, la notion de la localisation de la sen-
1. Bull, de r Institut de psychologie zoologique de jd^nwier i%2.
2. G. Bohn a cru que celte définition de la conscience était de notre invention ; et, dans sa Revue des travaux de psychologie^ il nous impute les défauts qu'il y trouve !...
sation est purement illusoire : « La sensation et la localisation nous paraissent des données également immédiates de la conscience et, comme telles, également certaines. Or, en réalité, la sensation seule est une donnée immédiate de la conscience... La localisation est absolument illusoire. » Sans doute, la localisation 'n'est pas une donnée immédiate (aussi, pour nous, la conscience suppose-t-elle nécessairement des souvenirs, une expérience passée); d'autre part, il est évident que la localisation n'est qu'un « à peu près ». La seule chose importante est que le moi ne rapporte pas au monde sa propre sensation, qu'il sache que la sensation est en lui. Toute la science des anatomistes et des physiologistes n'est pas encore parvenue à déterminer de façon sûre le centre où s'éveille une sensation déterminée; dès lors, il n'est pas surprenant (jue le premier venu se trompe sur ce point; mais le premier venu sait que ce qu'il sent ce n'est pas Farbr^ qui est devant lui, ou le rocher^ qui le sent; et c*est là la seule localisation nécessaire.
Sedgwick-Minot, qui a essayé de définir scientifiquement la conscience dans son beau discours présidentiel au congrès de l'Association américaine pour l'avancement des sciences à Pittsbourg, en 1902 [La Conscience au point de vue biologique), en est arrivé à cette déclaration : « Le problème de la conscience est à la fois le plus vieux problème de philosophie et l'un des plus nouveaux problèmes de la science. Le temps n'est pas encore venu de donner une définition satisfaisante de cette faculté et il nous faut nous contenter de la décision des métaphysiciens qui font du fameux cogito, ergo sum, le pivot de leur système. C'est en vain que je me suis efforcé de découvrir, soit en lisant, soit en questionnant les philosophes et les psychologues que je connais, une ^.nalyse plus fouillée de la conscience. »
On ne saurait mieux dire. Or, le cogito ergo sum
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suppose beaucoup plus que la sensation simple, il implique précisément les éléments de connaissaùce que nous estimons inséparables de la notion de conscience, à savoir : la sensation, Tïdée de personnalité et ridée que la sensation est en soi et non dans le monde extérieur.
UexkiïU a cherché à montrer que si la psychologie humaine est possible, grice au langage qui nous permet de « pénétrer dans le for intérieur d'autrui », rien de pareil n'est possible avec les animaux. Claparède a répondu : « Pris en lui-même, le langage n'est qu'un ensemble de manifestations objectives ; et pourquoi faudrait-ii tout à coup supposer que ces réactions motrices du larynx et de la langue sont le symbole d'états de conscience, tandis qu'on refuse à d'autres réactions motrices le bénéfice d'une telle symbolisation? » [La Psychologie comparée est-elle légitime^ par Ed. Claparède, 1905.) C'est, en d'autres termes, ce que nous avions écrit en 1902 : « Sans doute, le langage est, de toutes les actions de l'homme, celle dans laquelle il donne le plus rapidement des signes d'un très grand nombre de pensées. C'est pourquoi Descartes et d'autres philosophes ont cru pouvoir en faire la marque liée à la raison. Toutefois, le langage n'jest pas le seul « acte » dans lequel l'homme révèle ses états conscients... »* et encore : « C'est, il convient d'insister sur ce point, une nécessité de méthode philosophique d'admettre que certains faits matériels correspondent à certains faits moraux et si le philosophe ne l'admettait pas, il devrait se borner à l'étude du moi. J'ai bien la notion directe de ma conscience, mais quelles sont les raisons qui me forcent à croire que les autres hommes sont conscients? C'est, dit-on, que ces hommes parlent et que, dans leur langage, BOUS trouvons la marque de la raison. Or, qu'est-ce
1. Bull, de l'Institut de psychologie zoologique^ l«'trim. 1902.
donc que le langage sinon une série d'actes matériels et de faits matériels? Ces actes correspondent, pour nous, si sûrement à des pensées, que nous admettons sans démonstration qu'ils sont conscients ; c'est bien, mais il convient de remarquer qu'en le faisant, nous établissons l'existence de la conscience chez les autres hommes au moyen d'un critérium objectif! Un tel critérium n'est pas à Tabri de tout reproche; cependant, si le philosophe l'admet (et il est bien obligé de l'admettre s'il ne veut pas se borner à Tintrospection), il n'a aucune raison de ne pas appliquer aussi un critérium objectif à la co'nscience animale ».
Une inférence légitime peut remplacer un critère rigoureux. Aussi, à cette question posée par Claparède : « La psychologie comparée est-elle légitime? » Nous répondons : « Oui, autant que la psychologie humaine. » La conscience, inséparable de la notion du moi physique, est l'aspect subjectif de l'intelligence; elle se développe avec elle. Par conséquent, tous les faits d'intelligence sont des critères objectifs de la conscience.
C'est bien ainsi que les évolutionnistes ont compris la question. Ils ont maintes fois proclamé que l'intelligence proprement dite (par opposition à l'instinct, faculté inférieure) est inséparable de la conscience. « L'intelligence proprement dite, écrivait Ed. Perrier, croit en même temps que la conscience » et « nous admettons que, par l'addition d'un rudiment de conscience, les actes instinctifs deviennent intelligents... » Et Er. Ilaeckel : « On peut distinguer deux domaines principaux dans la conscience : la conscience objective et la subjective, la conscience de l'univers et la conscience du moi. » Y. Delage s'est nettement prononcé dans le même sens : « H n'est pas scientifique de dire qu'au-dessous des fonctions psychiques de l'homme il n'y a rien... Il n'est pas prouvé qu'il soit impossible de reconnaître l'existence à'éiats de
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conscience chez les animaux par Tétude approfondie de leurs réactions motrices. »
Le psychologue qui a constaté l'existence de la sensibilité chez les animaux inférieurs est donc en droit de rechercher, à un degré plus élevé, des traces de conscience. Et cette recherche n'est autre, en somme, que celle de la première lueur d'intelligence, permettant chez l'animal une ébauche de distinction entre le. monde objet et le moi qui le perçoit, — c'està-dire une tendance à l'affranchissement de l'instinct pur.