Et le lancer de la coulisse
f)iH) sans être impossibles, les associations entre complexes sinit rares dans la nature.
KxjK^ri mentalement, nous avons éprouTé une grande (lir(lrtill(^ pour en déterminer quelques-unes au cours lie plus (le vingt années de prajtique.
K 7. — Complexes associatifs «masqaés»
par de nouyeanx complexes.
Nous avons parlé déjà des changements d'application de rénergic fiomatique. Nous nous sommes placé, alors, au \m\\i de vue de la prédominance momenlanécî (l(î le! ou tel instinct déjà organisé (point de vue Htati(|ue). Or, on peut observer des phénomènes du m A me ordre, mais nouveaux pour les animaux considérés el (h'l(»rniinant, par conséquent, une évolution psycliicpu». Les ménageries, dont les hôtes restent longtemps cloîtrés dans des cages étroites, permettent des observations d(} ce genre. Elles révèlent surtout des (ifunudlins singulières, qui seraient fatales à l'esp(>(;e, si elb^s étaient imposées dans des conditions moins exeeptionnelles. Mais ces changements d'instinets n'en démontrent pas moins le principe de la variation correspondant à des conditions nouvelles.
Les |)ropriétaires de ménageries ont attribué à des causes diverses Tinfanticide chez les grands félins; mais les (explications qu'ils en donnent ont toutes rap[H)rt à une sorte d'éclipsé de l'instinct maternel, masqué momentanément par d'autres instincts.
Voici à ce sujet deux intéressantes communications faites à notre Institut^ la première par M. Dumont, vétérinaire (gendre du dompteur Pezôn); la seconde par M. Pianet, ancien directeur d'une ménagerie bien connue.
« Assez fréquemment, écrit M. Dumont, non seulement les lionnes, mais les Panthères et les Hyènes, ainsi que j'ai pu m'en rendre compte, il n'y a pas bien longtemps, étranglent leurs petits. Je pense que ce
qui amène certaines femelles à agir ainsi, c'est la douleur vive que provoquent les petits lorsqu'ils saisissent pour la succion un mamelon gercé ou crevassé. Cet acte me paraît être la conséquence d'une manifestation de l'instinct défensif plutôt qu'un instinct de destruction proprement dit. Et de fait, si l'on veut se donner la peine d'observer, c'est au moment où le petit saisit le mamelon que la mère lui donne un coup de mâchoire. Alors la souffrance lui fait voir rouge et c'est dans cette fureur qu'elle extermine sa portée ^ »
M. Pianet m'écrivait en 1908 : « J'ai vu très souvent des lionnes porter leurs petits dans la gueule, et les petits criaient parfois de douleur; mais j'attribuais ces brutalités (tout à fait involontaires) de la mère à des mouvements saccadés, nerveux et de colère provoqués par la vue des spectateurs; la lionne qui porte ainsi ses petits tente de les dérober à un danger gui lui paraît les menacer ; si quelque recoin était à sa portée, elle s'empresserait d'aller y déposer successivement chacun de ses petits. Les autres félins agissent de même; cependant un certain nombre de mères dévorent leurs petits surtout la première portée, sans cause visible ; cela se produit fréquemment chez les panthères et les tigresses. J'ai possédé une femelle de prochile lippu {Ursus labiatus) qui mangea également ses petits. 2 »
Dans bien des cas, c'est donc la crainte inspirée par les visiteurs des ménageries, qui détermine ces infanticides. Il semble que les mères dépensent, en tuant leurs petits, l'énergie qui était toute prête à les défendre contre des ennemis supposés. L'instinct défensif masque l'instinct maternel.
1. H. DuMONT, communication à l'Institut de psychologie zoologique.
2. Pianet, communication à Tlnstitut de psychologie zoologiqùe.
LA GENESB DBS INSTINCTS
L'apprivoisement des bètes sauvages, quand il n'est pas confirmé pendant plusieurs générations, consiste .s(>ul('ment en ce que les instincts naturels sont masqués. Leur brusque réapparition en maintes circonstanc(îs le prouve clairement.
Il suffit (le créer une habitude nouvelle chez un animal pour masquer un instinct ancien; mais il faut (jue l'habitude ait été fortement imprimée^ si l'on peut dire. Si deux coqs se battent jouniellement, une entrave aux pattes, les empêchant de courir^ ies maîtrise complètement; et Ton peut, au bout d'on ccM'tain tem[)S, supprimer l'entrave, sans que les batailles recommencent.
L'inlluonce entravante d'excitants nouveaux (quelcoïKpies) éveillant des sensations affectives ou seulement r(^i)résontatives que l'on fait agir au moment où un complexe de sensations et de réactions est éveillé chez un animal, est depuis longtemps connue prati- ([uemenL, dans les écoles de dressage, et a été signalée au [)oiiit (le vue i)sychologique bien avant les travaux (le ri^]c()le niss(^ des élèves de Pawlow. Nous insistions (U\\ii (Inns notre Dressage des Animaux sur la nécessilé (remj)hjyer toujours les mêmes gestes, les mêmes inhmalions pour obtenir les mêmes effets.
Dans (les cas spéciaux, il peut devenir utile de se sj^rvir de l'inlluence inhibitrice des stimulants surajoutés. Ils permettent « d'orienter » dans un sens nouveau l(»s réactions et d'arrêter celles que Ton ne veut pas voir se produire. C'est ainsi qu'il est possible de détruire les résistances d'un cheval en décontractant sa mâchoire à l'aide du mors. « On serait maître d'un clunal emporté, écrivait le D*" Gustave Le Bon, si on réussissait à donner à sa tête une position exactement inverse de celle qu'il avait au moment où il s'est emporté. » On changerait ainsi le cours de ses représentations et réactions motrices.
« Le cheval, écrivait d'autre part le général Faverot
de Rerbrech, président de la section de dressage pratique de notre Institut, ne peut contracter une de ses parties pour opposer une résistance quelconque aux exigences de l'homme sans contracter en même temps sa mâchoire. En obtenant la légèreté^, on fait donc disparaître ipso facto les résistances existantes et ee résultat favorable subsiste tant que per&isle la légèreté. » Le& réactions reliées à Tétat de décontracture de la mâchoire remplacent ici les réactions liées à la contracture, ou plutôt les masquent.
§ 8. ^- De riBûtation instinctive.
Plus d'un auteur a cru voir de l'imitation raisonnée chez des mammifères et des oiseaux et même dans toutes les classes du règne animal. Nous sommes au contraire persuadé que la plupart des espèces ne mêlent aucune idée proprement dite à leurs imitations, sans pour cela nier qu'à partir d'un certain degré de l'échelle, elles puissent régler consciemment leur conduite d'après un modèle.
Il importe de remarquer qu'il n'y a pas d'instinct spécial de Vimitation, Les imitations s'expliquent par les principes de l'association; et il ne faut, certes, avoir recours, eii aucun casy à une faculté particulière pour en rendre compte. Le mécanisme même de l'instinct, tel que nous l'avons décrit, doit nécessairement conduire l'animal, placé dans des conditions déterminées, à imiter son semblable et même des êtres assez différents de ceux de son espèce.
L'explication de l'imitation entre sujets de même espèce ne diffère pas de celle des associations par ressemblance.
Des sensations représentatives correspondant à des
1. La « légèreté », terme de maîiège, signifie un état dont le signe le plus apparent est la décontracture de la mâclioire.
positions d'un sujet A sont nécessairement rappelées chez lui par des positions analogues ou semblables chez un sujet B de même espèce, et si ces sensations sont dynamogènes, il en résulte une imitation. En un mot, un sujet placé à côté d'un autre, de même espèce^ a une tendance à agir comme son voisin, parce que la perception visuelle des positions et des actions du corps de celui-ci lui causent des impressions liées aux mêmes positions de son propre corps. C'est ainsi qu'un Paon^ à la patte duquel j'aurai attaché plusieurs fois un ruban, retirera ce ruban, placé à la patte d'un de ses congénères, absolument comme à la sienne propre. (Ces réflexions projettent quelque éclaircissement sur les soins instinctifs que peuvent se donner certains animaux entre eux.) C'est ainsi également que des Pigeons placés dans une cage, sans nourriture, séparée d'une autre cage par un simple grillage, se mettent à donner des coups de bec sur le plancher, quand d'autres pigeons, placés dans la cage voisine, mangent du grain ^.
Le caractère irraisonné des imitations se révèle dans de nombreux cas. Quand une abeille (ou une guêpe) étrangère pénètre dans une colonie et y dévore les larves, l'instinct d'imitation est si puissant que les abeilles ouvrières de cette colonie passent immédiatement des soins les plus assidus à la férocité la plus étrange et se mettent elles-mêmes à dévorer les larvées qu'elles nourrissaient ! (Bûchner, Siebold et Kunckel.)
Les parents, chez les oiseaux, n'instruisent pas volontairement les jeunes; ils ne leur donnent pas de leçons. Ils se contentent de vivre, d'agir; leurs petits les voient agir et les imitent. Il en résulte une plus grande rapidité dans l'acquisition des réflexes spéci-