CONCLUSION
La miétbode expérimentale nous a montré, non pas, certes, la nature intime des phénomènes de sensation et de réaction nervoso-mugculaire (ou seulement protoplasmique) auxquels tout instinct peut être ramené, mais les conditions dans lesquelles Tinstinct se développe, se complique de mille façons diverses. Ce résul* tat paraît acquis de façon positive, puisque les lois que nous avons invoquées nous ont permis de prévoir la réalisation expérimentale d'instincts véritables, qui se sont formés sous nos yeux; puisque, ayant restitué les conditions dans lesquelles des instincts devaient, selon nos vues, se former, nous avons, en effet, déterminé leur formation; et qu'enfin nous avons obtenu la transmission d'habitudes d'une génération aux suivantes.
L'expérience directe nous a donc révélé certains facteurs de l'évolution des instincts. Le point de départ de toute modification psychique est dans les excitations produites par le monde extérieur. La variation dépend des sensations qui correspondent à ces eafcitations et de leur groupement, c'est-à-dire de l'association récurrente (qui donne la clé des prévisions apparentes); elle, dépend aussi des erreurs utiles, de l'imitation, de la répartition de l'énergie somatique, de la décharge difl'use, des essais, du Jeu, etc.; elle dépend enfin, dans une très petite
proportion, il est vrai, de Tintelligence proprement dite.
Nous n'avons pas essayé de situer dans le temps l'évolution des instincts et d'en rattacher les phases aux diverses époques de la « création naturelle ». C'est qu'en l'absence de vestiges des industries animales dans les périodes géologiques, une telle étude n'est guère possible ; il faudrait, du reste, pour la faire, prendre chaque espèce animale séparément et tenter d'en écrire la phylogénie... L'animalité n'est pas, en effet, une individualité qui marche et progresse ; elle est infiniment multiple, et, aux mêmes époques, ses innombrables représentants sont bien loin de se trouver au même niveau psychique ! Il n'y a pas une histoire unilinéaire du psychisme.
Combien d'espèces, laissées pour un temps par la nature, en dehors des influences modificatrices qui agissaient sur les autres espèces, sont restées dans leur forme primitive, aux points de vue physique et psychique, ou bien ont évolué très peu, et l'ont fait dans une direction particulière, qui ne constituait pas un progrès !
11 y a cependant quelques grands faits à signaler dans l'histoire générale de la mentalité animale. Ils dépendent des influences extérieures très puissantes qui ont agi sur de vastes contrées à une même époque géologique.
Le plus notable des événements qui influencèrent le psychisme des animaux fut peut être la révolution géologique qui finit de s'accomplir à l'époque tertiaire ; le refroidissement de la croûte terrestre. La chaleur du sol ne masquant plus désormais celle du soleil, les variations d'intensité du rayonnement calorifique de cet astre sur la terre devinrent sensibles : il y eut des saisons.
De la diminution générale de la température découlait la nécessité de rechercher des abris et aussi de