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Ihiues; mais les petits les auraient quand même acquis par le simple épanouissement des impulsions héréditaires.

II. Spencer a donné une bonne explication des imitations des animaux vivant en troupe. Comme ils ressentent fréquemment en même temps les mêmes impressions, il s'établit chez eux une association entre l'impression directe qu'ils ressentent et les signes de la même impression chez leurs semblables. Si bien que, par la suite, il suffit qu'un seul de ces animaux s'aperçoive, par exemple, d'un danger, pour que tous les autres ressentent une impression de peur. Ceci explique les paniques que Ton a souvent constatées chez les ruminants, chez les chevaux, etc..

On a quelquefois écrit que l'imitation détermine la sympathie et qu'elle est capable de créer des associations sociales ; ce serait parce qu'ils s'imitent que certains animaux se réuniraient; nous nous expliquerons sur ce point en parlant, dans notre quatrième livre, des sociétés animales. Nous croyons plutôt que l'imitation agit surtout après l'association. Elle peut, du reste, être très utile aux animaux pour généraliser l'emploi de quelque action utile ; et c'est ce qu'a fort bien exprimé Ed. Perrier, en disant qu'un individu qui a réalisé quelque progrès «attire, pour ainsi dire, les autres par imitation » et que c'est cette imitation u qui finit par élever la moyenne de la race » .

L'origine des imitations instinctives, entre animaux d'espèces différentes, s'explique aussi par des associations de sensations.

Quand des représentants de plusieurs espèces différentes subissent en même temps des influences extérieures ou intérieures qui les font agir de façon analogue, les uns et les autres, il en résulte pour A une tendance à associer ses propres sensations à celles que lui cause la vue des actes de B, sans que la forme des membres de B y soit pour quelque chose (comme

dans les cas précédents). De sorte que, quand les circonstances extérieures ou intérieures, qui agissaient d'abord sur tous les sujets, n'agiront plus sur le sujet A, tout en agissant sur B, A aura une tendance à imiter B : « La représentation d'un mouvement, dit Th. Ribot, est un mouvement qui commence, un mouvement à l'état naissant. Que cette représentation mentale soit présente (perception directe) ou qu'elle ne soit qu'une représentation souvenir, le centre bulbaire est excité et le mouvement se produit ». {Psychologie des sentiments, p. 29.) La contagion du bâillement, entre espèces différentes, s'explique par le principe que nous venons d'indiquer.

Les chiens imitent quelquefois certains actes propres aux chats. Romanes dit que l'habitude qu'ont ces derniers, même dans leur première jeunesse, de se laver la figure et de passer la patte au-dessus de l'oreille, peut être acquise parle chien, s'il a été élevé par une chatte. Cette observation est très exacte, et les photographies que nous avons pu prendre d'un terrier qui vit constamment avec des chats sont tout à fait probantes à ce sujet ; Darwin, lui-même, a rapporté des faits analogues.

Un point important à noter est que plus l'intelligence est développée chez une espèce et moins le pouvoir imitatif y a d'empire.

L'enfant est un grand imitateur précisément à l'époque où il est le moins intelligent. L'idolâtrie des parents leur fait voir des manifestations géniales, là où, bien souvent, il n'y a que des mouvements machinaux; « Le bébé, écrit Prosper Lucas, rit et pleure par contagion, il imite les mouvements, et, à l'exemple du perroquet et de l'idiot, répète les sons et les paroles qu'il entend. Chez certains enfants la puissance d'imitation est très intense. On a vu un enfant de huit ans étrangler son jeune frère, pour faire dit-il, comme le diable, qui étranglait Polichi-

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nello. liCs mômes laits s'observent cliez certains idiots. Un d'eux tua une personne : quelques jours avant, il avait vu occire un porc ».

11 est certain qu'il y a de l'atavisme dans beaucoup d'actes exécutés par l'enfant et qu<i l'exemple des personnes qui l'entourent ne fait qu'éveiller des réflexes qui se manifesteraient finalement, même en l'absence de toute imitation ; mais l'enfant peut aussi imiter instinctivement des actes particuliers et qui, par conséquent, ne relèvent pas de l'atavisme.

Il y a quelques jolies expériences à faire sur l'imitation dans le dressage. Sous la cravache, deux singes ne s'imitent guère et, bien souvent, il est impossible d'obtenir d'eux, en même temps, les mêmes mouvements, tandis que des animaux beaucoup moins intelligents s'imitent constamment.

Si vous possédez deux oies dressées à se coucher à un endroit déterminé de la piste, une troisième oie non dressée, placée entre elles, les imitera au moment où elles se coucheront.

J. Romanes dans V Evolution menlale chez les animaux, reconnaît volontiers que le développement de l'imitation est la marque d'une intelligence inférieure chez les hommes, mais il admet qu'elle devient, au contraire, le signe d'une intelligence supérieure chez les animaux. Il y a là une contradiction surprenante chez cet auteur qui restera l'un des maîtres de la psychologie animale. Elle semble provenir d'une interprétation superficielle de la psychologie des singes.

Si l'on excepte le bel ouvrage de Grroos Sur les Jeux des animaux^ la question du talent imitatif chez les singes a été traitée avec bien peu de sens critique. La plupart des naturalistes modernes se sont contentés de rapporter à ce sujet les anecdotes les plus singulières.

Les singes imitent quelquefois, comme tous les animaux, mdd^'ûè paraissent imiter constamment l'homme

parce qu'ils sont faits comme lui. Ce n'est là qu'une apparence d'imitation, la plupart du temps. Parce qu'un chimpanzé boit dans un verre qu'on a mis sous sa main et dans lequel on a versé sa boisson, cela ne prouve nullement l'existence d'un sens particulier d'imitation ; il agit comme nous, mais rien ne dit qu'en le faisant il pense à nous ; il peut très bien avoir reconnu qu'il était commode pour boire de soulever le verre mis à sa disposition.

Placez-vous devant un singe et exécutez des gestes quelconques : il est fort rare que l'animal les répète.

Pendant la rédaction de cet ouvrage, nous recevons communication d'un intéressant mémoire de J.-B. Watson sur l'imitation chez les Singes. Ce savant a expérimenté sur des cynocéphales, cébus et macaques, et ses travaux confirment absolument notre opinion ; ces animaux ne semblent s'imiter les uns les autres que d'une façon très discontinue.

§ 9. — Les Erreurs utiles.

En étudiant les idées de Lœb, nous avons été amené à parler de certaines erreurs de l'instinct, erreurs généralement nocives. C'est la rigidité des complexes associatifs, l'étroite intégration des sensations qui les déterminent. Il semble d'abord qu'une erreur ne peut être que nuisible à l'individu qui la commet. Il n'en est rien pourtant ; et l'on peut constater qu'il y a trois espèces d'erreurs instinctives : celles qui sont en effet nuisibles, — ce sont les plus fréquentes, — celles qui sont accidentellement utiles et celles qui ne paraissent avoir aucune conséquence, bonne ou mauvaise, pour le sujet.

Il y a des degrés à considérer dans la nocivité des erreurs. Certaines déviations instinctives ne peuvent tout au plus provoquer qu'un retard dans l'accom-

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plissement d'une l'onction, d'antres exposent le sujet à de grands dangers et d'autres encore déterminent sa mort ou l'empêchent d'avoir des descendants.

Qu'une Perche saisisse entre ses mâchoires à peu près tous les objets brillants : c'est un fait qui ne peut que retarder la prise d'un petit poisson également brillant. Qu'un singe Bonnet- Chinois^ enfermé dans une cage solide, et fort en colère contre un voisin de captivité qu'il ne peut saisir, en arrive à mordre ses propres bras ; il ne peut en résulter grand mal pour lui. Qu'un Taureau passant dans une cour de ferme, voie et sente le sang d'un autre taureau qui vient d'être abattu, s'immobilise un instant, puis, mis en fureur par les impressions qu'il reçoit, et qui, d'ordinaire accompagnent un combat, se mette à labourer la terre à coups de cornes : ses actes ne constituent un danger ni pour lui ni pour son espèce ; ils ne peuvent que déterminer une inutile fatigue. Mais il est des erreurs (par contiguïté d'impressions) infiniment plus graves. Nous en avons vu des exemples en parlant des tropismes et nous n'y reviendrons pas.

Les plus curieuses erreurs sont celles qui ont une conséquence fortuitement utile. Elles ont même fait croire à l'existence, chez les animaux qui en donnent le spectacle, de facultés psychiques supérieures, comme celles d'abstraire et de juger.

Le dressage par coercition tel qu'on le pratique dans les cirques, c'est-à-dire en créant des associations d'impressions par contiguïté, permet de constater qu'il équivaut souvent à créer des erreurs chez les animaux : elles leur sont, en un sens, utiles puisque le montreur ne leur laisse la paix que quand ils les commettent. 11 faut, ici, quelques explications.

Par exemple, un pigeon habitué à venir se placer sur une colonne pour y manger (coercition de la faim) associera bientôt si intimement ses impressions de manger à celles que lui procure Taspect de la colonne,

qu'il viendra se percher sur celle-ci. même quand on n'y aura pas mis de grains, — ce qui, aux yeux du public bénévole, constituera une preuve d'obéissance et ne sera, à vrai dire, qu'une erreur de l'instinct. (Résultat, en somme, utile puisque, si l'oiseau allait se poser ailleurs, le dresseur le chasserait aussitôt.)

Autres exemples : au début, des chiens qui vont chercher un objet ou se placer dans un collier ne le font qu'attirés par un appât ; plus tard, l'habitude de ces mouvements étant prise et des associations les reliant désormais à des ordres verbaux du maître, on peut supprimer l'appât : l'animal agit quand même. En somme, il y a là une erreur de l'instinct. Elle est utile au sujet; grâce à elle il échappe à une correction, puisqu'il exécute ce que le maître a voulu, et, s'il jeûne un instant, il mangera tout à l'heure : ce sera sa récompense. Il y a donc là pour lui une façon détournée d'agir pour son bien, tout en commettant une erreur.

Les erreurs des animaux vivant à l'état de nature ne sont évidemment pas toujours « récompensées ». Il arrive, certes, aux êtres les plus divers de séjourner longtemps et sans profit en un lieu où ils avaient trouvé précédemment de la nourriture. Ils peuvent soit y pâtir, soit y trouver quelque avantage imprévu, soit être stimulés dans une autre direction par des influences extérieures.

Le second cas peut se présenter assez souvent; et l'on est autorisé à admettre que quand, à l'état de nature, un animal a commis, par suite d'associations trop étroites des impressions, une erreur fortuitement utile, il la répétera volontiers dans les mêmes circonstances ; elle deviendra, chez lui, une habitude invétérée, et la sélection naturelle ne pourra que donner une importance de plus en plus grande à ce qui, au début, n'a été qu'une erreur, une marque d'imperfec-

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lion do l'instinct. On j)(uit donc proclamer que les erreurs utiles sont fécondes et deviennent des facteurs (révolution.

On montre en Suisse, au Musée d'histoire naturelle de SoIeure,un nid d'oiseau construit en acier. Soleure est un centre d'horlogerie, et l'on trouve, aux environs des fabriques, quantité de débris de ressorts de montres ou d'horloges. Or, un couple de lavandières a bâti un nid fort solide entièrement avec des ressorts de montres !

Un idéaliste ne manquerait pas de dire que ces oiseaux ont fait une abstraction ; qu'ils ont conçu l'idée abstraite d'un lien pouvant leur rendre les mêmes services que les brindilles ordinairement utilisées par l'espèce; et qu'ils ont choisi ces ressorts comme étant plus solides. Mais la loi d'économie, qui nous obhge à chercher toujours l'explication satisfaisante la plus simple et à la tenir pour bonne, ne nous permet pas d'admettre cette hypothèse. On peut dire, en effet, que les lavandières n'ont fait aucune différence entre des rubans d'acier et des brindilles de bois tendre parce que, dans les unes comme dans les autres, elles retrouvaient les mêmes qualités de souplesse et la même forme allongée. On a admiré aussi de confiance que certains oiseaux, à la place de crin, prennent du fil pour bâtir leur nid, ou des rubans de ce papier qui sert à imprimer les dépêches télégraphiques. Il n'y a pourtant, ici, aucune preuve de jugement, et la loi d'économie nous force, encore une fois, à proclamer que cette innovation s'explique par une erreur de l'instinct, une erreur utile.

^ 10. — De la décharge diffuse de l'énergie somatique comme facteur d'évolution.

A. — Etude de la décharge diffuse dans le dressage. — C'est à Jennings, l'éminont biologiste de Balti-

more, que revient le mérite d'avoir montré l'importance des essais chez les animaux. Le célèbre auteur de The Behavior of Loiver Organisms (1906) a bien voulu écrire pour notre Genèse des Instincls un fort intéressant résumé de ses idées : on le lira plus loin. Nous essaierons de montrer d'abord comment, depuis de longues années, nous avions pressenti l'existence d'essais chez les animaux, grâce à des expériences de dressage, qui se sont éclairées à nos propres yeux d'un jour nouveau, quand Jennings eut publié ses mémoires sur les éliminations d'actes.

On peut dire d'une façon générale que, de même qu'un statuaire a deux moyens matériels pour réaliser son œuvre : ajouter des parcelles de cire à des parcelles de cire, ou bien prendre un bloc de matière et en enlever des parcelles jusqu'à ce qu'il ait obtenu la forme souhaitée, le dresseur a, lui aussi, deux procédés à sa disposition : il peut ajouter des mouvements déterminés aux mouvements naturels de ses élèves, ou bien encore provoquer, soit par la joie, soit par la peur (ne dépassant pas une limite au delà de laquelle il y a inhibition), des mouvements nombreux et diffus, parmi lesquels il choisira ceux qui lui paraîtront intéressants ; il les fixera finalement en les associant seuls à des impressions agréables et à des sensations représentatives constituant des signaux-ordres, — ce qui revient à supprimerions les autres mouvements i.

Ce ne sont pas là des cas de jeu proprement dit, même quand l'élément plaisir est manifeste. Le jeu, en effet, est le résultat de l'extériorisation de l'énergie en trop fournie par la nutrition, tandis que, dans la décharge diffuse, on ne trouve qu'une application de l'énergie somatique ordinaire et pouvant même se

1. Il importe de ne pas confondre cette sélection d'actes se produisant dans la vie de l'individu avec la sélection naturelle, au sens de Darwin, qui comporte des éliminations d'individus mésadaptés, au cours de l'existence de l'espèce.

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prodiiiro aussi bien dans un état de dépression que dans la plénitude vitale.

Remarquons (pi'il n'y a pas un mode [)arliculier d'association des sensations qui accompagnent la décharge dilïïise. Dans ce cas encore, les sensations alTectives (provoquées parle dresseur ou par le milieu ambiant chez les animaux à l'état de nature) forment des noyaux qui s'associent par récurrence aux sensations représentatives qui les ont précédées.

Constatons aussi que, malgré les apparences superficielles, c'est le monde extérieur qui détermine ici encore les réactions.

En etTet : 1° la réserve d'énergie qui a permis une décharge diffuse est un dépôt venant du monde extérieur et acquis par la nutrition ;

2° C'est une excitation du monde extérieur qui provoque la décharge diffuse ;

3° La décharge, une fois produite, n'est-ce pas encore ce même monde extérieur qui donnera leur forme aux associations de sensations qui dureront? En effet, dans ses ébats, l'animal marche au-devant de sensations qu'il gardera ou (\\\\ n'auront pas d'effet durable sur lui, et cette sélection dépendra des excitations que lui aura fournies le monde extérieur.

Le premier cas à considérer est la fixation d'actes entraînant des sensations agréables et l'élimination des actes qui n'ont pas les mêmes effets.

Voici un chien qui, de temps à autre, lève spontanément soit la patte droite de devant, soit la gauche. Si nous désirons qu'il ait une tendance très accentuée à tenir la droite levée, même en marchant^ nous pourrons obtenir ce résultat en lui donnant un morceau de sucre chaque fois qu'il a levé cette patte droite.

De même, dans une fuite désordonnée, devant la cravache du maître, fuite qui se répète plusieurs fois dans les mêmes conditions, des actes peuvent se fixer et d'autres disparaître. Dans une cage étroite, un

fauve poursuivi ayant pris l'habitude de faire un tour ou deux tours, ou trois tours sur lui-même;, dans un angle, de bondir au plafond et à la grille, cessera peu à peu, après de nombreuses répétitions, d'accomplir les actes qui ne lui servent à rien, et ne refera plus, lors des poursuites suivantes, que celui de ses mouvements qui lui procure l'avantage momentané d'échapper pendant un instant au fouet du dompteur. Si celui-ci juge que ce mouvement fait bien^ doit produire de l'effet sur le public, il n'a qu'à ménager l'animal pendant qu'il l'exécute ; l'acte finira, après un petit nombre de répétitions, par subsister seul.

Un autre cas intéressant à étudier dans le dressage est celui des éliminations par suite d'impressions douloureuses ou seulement désagréables parce qu'elles correspondent à une fatigue inutile. Les sujets déjà exercés depuis quelque temps continuent souvent à exécuter des écarts parce qu'ils ont pris cette habitude en se trompant, au début ; ils finissent pourtant par les éliminer, simplement parce qu'on les corrige quand ils les répètent.

B. — Vérification par une autre méthode que celle DU dressage. — Nous avons cherché à comparer la durée de l'élimination des actes inutiles chez de nombreux animaux au cours de leurs essais successifs, pour obtenir la mise en liberté par leurs propres moyens, après avoir été enfermés dans des cages spé- ' claies ou dans des labyrinthes.

Il convenait nécessairement de tenir compte du facteur physique. Un animal conformé autrement qu'un autre peut ne devoir qu'à sa constitution physique un retard dans son évasion et il faut se garder de croire, dans ce cas, à une cause psychologique. C'est là évidemment une difficulté sérieuse; et nous avons été amené à imaginer des expériences dans lesquelles nous faisions intervenir l'idée de temps.

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mais en demandant aux animaux un simj)lo mouvement de sortie d'un local ou d'une boîte dont ils devaient trouver la |)orte et simplement la pousser. Dans ce cas, la forme des membres importait peu; mais il restait à éliminer une question de vitesse physique; on peut arriver à ce résultat en tenant compte du coefficient respiratoire de chaque espèce, qui est en rapport direct avec l'activité physique.

Pour expérimenter sur les petits animaux, nous avions eu l'idée de placer au centre de nos appareils, mais enfermé dans une petite cage grillagée, un ennemi de l'espèce à étudier. Voulions-nous savoir combien de temps un rat mettrait à sortir du labyrinthe pour la première fois et comparer ensuite cette mesure à celles des épreuves suivantes, ou aux mesures prises sur d'autres espèces? Nous mettions un chat dans la cage centrale, etc. (1895).

Ce sont des épreuves analogues qu'entreprit Yerkes sur des tortues (1^)01). Il partagea une caisse en compartiments, au moyen de deux cloisons parallèles et d'une troisième oblique. Entre chaque compartiment, un orifice suffisant pour donner passage à l'animal, fut ménagé : il se trouvait en des points différents de chaque cloison. Il fallait que l'animal, placé à un bout du compartiment latéral de gauche, parcourût un chemin affectant la forme d'un W, à peu près, pour arriver à son nid placé à l'extrémité opposée du compartiment latéral de droite. Mais, au lieu de créer pour ces animaux un motif de fuite, Yerkes les attirait vers un nid d'ombre; ce stimulant affectif était évidemment moins puissant.

Dans d'autres expériences pratiquées à notre Institut, le sujet est placé dans une cage (ou un aquarium) assez vaste; on le nourrit très régulièrement; et, chaque fois qu'il exécute spontanément un mouvement déterminé, choisi d'avance par l'expérimentateur, comme acte à fixer, ou seulement, chaque

fois qu'il va se placer en un certain point de sa cage ou de son aquarium, on lui donne à manger une ration supplémentaire. Il se trouve ainsi dans le cas d'un animal libre qui, ayant fortuitement accompli un acte qui lui a été avantageux, finirait à la longue par l'accomplir très souvent et par éliminer les actes accessoires. Ici l'association s'établit par simple contiguïté, non seulement sans que les animaux considérés semblent y apporter le moindre raisonnement, mais encore sans qu'ils aient un intérêt de premier ordre à la former. Mais l'épreuve peut être disposée de façon à montrer combien l'état physiologique a d'influence sur l'état psychologique. Si, après avoir constaté qu'un animal A a mis un temps N à former une association d'impressions, au cours de la dernière expérience, nous prenons un animal B de la même espèce, et procédons avec lui exactement comme avec A, mais en ne lui donnant de la nourriture que quand il accomplit l'acte à fixer, nous constaterons que l'élimination des actes inutiles est infiniment plus rapide.

Pour organiser l'expérience, nous laissons passer l'heure du repas. L'animal s'agite, fait des recherches inutiles; nous l'observons, et parmi les mouvements qu'il effectue, nous en choisissons un comme mouvement à fixer. Aussitôt que le sujet accomplit ce mouvement, nous nous empressons de lui donner à manger. Supposons, par exemple, qu'il s'agisse d'un rat et que le mouvement à fixer consiste pour lui à sauter sur un petit rayon placé dans sa cage; après des épreuves successives, nous constatons que l'animal exécute un nombre toujours plus petit de mouvements inutiles, et, finalement, dès qu'on l'enferme, après l'avoir laissé jeûner, il saute sur son rayon.

Ces faits permettent de constater que, sous l'empire de la faim, un phénomène d' auto-stimulation se produit; il y a là, non une manifestation de l'intelligence

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(puisque l'acte qu'on demande à l'animal ne semble avoir aucun rapport avec les moyens raisonnables qui lui procureraient de la nourriture s'il était libre, et j)uisqu'il y a chez lui des tâtonnements matériels, incompatibles avec un raisonnement véritable); mais une sorte d'etTort vers un instinct supérieur^.

Les animaux inférieurs font, eux aussi, des essais, procèdent également par tâtonnements.

Nous avons enfermé des taupins [Agriotes linealus) dans de petites boites de carton vitrées et percées seulement d'un trou pouvant laisser passer le coléoptère. Une première fois, le premier taupin a tâtonné pendant 8 minutes ; au bout de ce temps, il a trouvé la porte. Lors des expériences suivantes, il est arrivé à sortir successivement en 6, 5, 8, 51/2, 2 minutes puis en 25, 10, 8 secondes. La boîte était remplacée pour chaque épreuve afin d'éliminer les indications qu'aurait pu fournir la formation d'une piste odorante. Thorndike, dans ses belles expériences, a considéré, lui aussi, une sorte de sélection des mouvements inutiles. Les travaux de ce savant, publiés en 1898, tendent à dégager précisément la faculté d'élimination qui nous occupe dans ce paragraphe 2.

L'observation directe des animaux à l'état de nature peut fournir, dans ce domaine, quelques indications montrant l'emploi fréquent des essais. Chaque fois qu'un animal, vivant libre, cesse d'être en communication sensorielle directe avec son nid et qu'il ne trouve aucun point de repère permettant des souvenirs associés, il a recours aux essais. C'est aussi le cas des pigeons voyageurs qui décrivent de grands cercles dits d'orientation.

Enfin, l'homme, en s'observant lui-même objecti-

1. C'est cette idée que Bohn a critiquée à la p. 229 de la Naissance de Vintelligence.

2. Nous étudierons les expériences de Thorndike dans un ouvrage, en préparation, sur Vintelligence animale.

vement (c'est-à-dire en considérant ses propres réactions musculaires sans user de l'introspection), peut constater qu'il se sert, à chaque instant, de la méthode des tâtonnements, c'est-à-dire de la décharge diffuse de l'énergie, de ce que Jennings a appelé la méthode des essais.

Nous confondons les adaptations par tâtonnements matériels avec des adaptations intelligentes, chaque fois que la raison des mouvements que nous effectuons nous apparaît clairement après qu'ils ont été effectués ; mais il est des cas dans lesquels cette raison, ne pouvant nous apparaître que très diflicilement après des actes cependant parfaitement adaptés et ne devant, d'autre part, absolument rien aux instincts primaires déjà organisés, il faut bien en conclure que nous avons tâtonné matériellement pour les régler. Et si nous inscrivons la courbe de nos insuccès de début, nous constatons que nous avons peu à peu éliminé les mouvements inutiles, sans cependant les avoir abandonnés volontairement.

Ayant très longuement pratiqué l'art de la jonglerie pour notre amusement pervsonnel, ainsi que les équilibres sur le fil de fer, nous avons pu noter de nombreuses régulations de mouvements par éliminations successives. Il est admissible, à la rigueur, que jusqu'à quatre boules, l'homme qui applique sa pensée à comprendre le croisement de ces objets dans l'espace puisse apprendre intelligemment à jongler. (A vrai dire, cela n'arrive presque jamais dans la pratique). Mais quand on emploie cinq boules et que l'on exécute un temps croisé i, il devient impossible, même à l'homme qui fait tous ses efforts pour comprendre ce qui se passe, de se rendre compte de leur croisement, avant de l'avoir réalisé maintes fois, de

1. Il y a des « temps à cinq » plus simples, « la cascade », par exemple, dont le mécanisme se comprend facilement.

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l'avoir senti dans ses coudes, comme disent certains professionnels. L'arl de jongler avec cinq boules ne peut donc s'acquérir qu'à la suite d'essais et d'erreurs. Le pralicien finit par savoir proportionner l'angle de projection (^t la force de cette projection, chaque fois qu'il lance une boule. Il y arrive parce qu'il associe par récurrence la sensation de l'eiï'ort musculaire à la sensation de réussite qui l'a. suivie. Les mouvements inefficaces sont ainsi assez rapidement éliminés.

C'est de cette façon que presque toutes les acrobaties sont réalisées ; et c'est ce qui explique que les professionnels du cirque ne savent faire des élèves que par l'exemple matériel. Il en est à peu près de même dans l'apprentissage des métiers manuels.

G. — Le jeu, facteur d'évolution. — Une forme distincte de la décharge diffuse est particulièrement intéressante : c'est le Jeu. 11 y a, dans le jeu, un caractère spécial, parce qu'il laisse supposer que l'animal n'y emploie qu'un excès d'énergie et aussi parce que la diffusion des actes y rencontre certaines limites : en effet, l'animal a une tendance très marquée à jouer en exerçant les organes qui, chez lui, sont déjà très développés. Les éléphants jouent avec leur trompe, les heiiiivores à lèvres longues, les ours à longues lèvres jouent avec leurs lèvres, les chats avec leurs griffes, etc..

Je ne chercherai pas, comme Gros, la raison de la jouissance éprouvée par les animaux qui jouent dans le sentiment complexe de la conscience de la liberté i, je la trouve dans la plénitude physiologique.

On peut prouver expérimentalement que le jeu est un excès d'énergie. Si, tout en le nourrissant abondamment, l'on enferme dans une cage étroite un animal qui a passé l'âge des jeux « enfantins » et si,

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