CONCLUSION
couver les œufs, pour les ovipares, et de donner des soins aux petits pour les vivipares. De plus, comme l'année fut, dès lors, divisée en périodes de chaleur relative et de froid, il y eut un intérêt très puissant, pour les espèces, à vivre vite, à avoir terminé, avant les grands froids, l'œuvre de reproduction. La période tertiaire fut donc, d'une part, celle où prirent naissance les industries des nids et les migrations, et où, d'autre part, se produisit une sorte de condensation de la vie. Ce fut le temps où la récurrence des associations (qui conduit à l'anticipation, à l'existence rapide), devenant de plus en plus utile, il y eut une sélection favorable aux espèces qui surent le mieux obéir à cette loi de récurrence et par conséquent vivre vite.
Particulièrement, la plupart des insectes furent obligés de faire tenir tout le cycle de leur existence dans le cours d'une année; et quelques espèces seulement, tout en raccourcissant leur vie, purent, grâce à une industrie, ou encore à un engourdissement hibernal, faire durer chacune de leurs générations I)endant plusieurs années.
Ce fut aussi le temps où se développa une faculté nouvelle, l'intelligence, consistant en un emploi plus souple des matériaux déjà employés par l'instinct : les sensations et les réactions. Les animaux chez lesquels se produisit ce phénomène merveilleux appartenaient, selon toute évidence, à des espèces ayant vécu jusque-là sans acquérir d'habitudes réactionnelles fixes bien compliquées, tout en ayant une tendance à enregistrer de nombreuses sensations représentatives. Espèces heureuses, fortes physiquement ou bien particulièrement agiles et adroites, trouvant facilement une nourriture peu disputée, elles pouvaient regarder et écouter autour d'elles, parce qu'elles restaient, pendant de longs instants, sans besoin impérieux d'agir. Elles ne subissaient l'in-
fluence de la nécessité que dans la mesure où elle est féconde et stimule le psychisme, tandis que d'autres espèces en étaient les esclaves déprimées. A l'époque miocène, les mastodontes, les grands carnassiers et déjà beaucoup de singes, durent profiter des bienfaits d'une certaine intelligence.
Cette « faculté » n'éclaira, au début, et n'éclaire aujourd'hui encore, qu'un nombre limité d'espèces. Elle se développe chez celles-ci à côté de l'instinct, sans jamais détruire ce qu'il a d'essentiel. Grâce à elle, l'animal, au lieu d'obvier aux difficultés extérieures nouvelles par des réflexes longuement organisés, créant encore des complications d'instincts fixes, c'est-à-dire de nouvelles sujétions, est prêt désormais à des adaptations rapides, pouvant avoir un caractère temporaire. Sa vie est ainsi plus indépendante, et ce n'est qu'exceptionnellement que ses acquisitions intellectuelles se fixent en instincts secondaires par suite de très fréquentes répétitions^ automatiques.
On aperçoit, dès lors, les deux voies dans lesquelles se sont engagés les animaux : d'une part, l'instinct rigide, de l'autre, l'intelligence plastique. La seconde,| celle des mammifères, des oiseaux, etc., est de beaucoup la meilleure; en revanche, les êtres infiniment nombreux engagés dans l'autre voie, les insectes, pai exemple, chez qui l'intelligence se montre à peine^ sont appelés à mener une existence stéréotypée, d( plus en plus complexe ; et l'on ne conçoit d'autre fin à| cette progression que la destruction de ces espèces, écrasées par un labeur au-dessus de leurs forces...
Ce fut là, sans doute, le mode d'extinction de biei des êtres vivants au cours des périodes géologiques]