Op. cil., III
82011 901.0 4. Scol. 11, 746; Héroponos, frg. 8 Jacoby = scol. Ap., II, 901.
et Se jettent dans l’ancien golfe d'Héraclée fermé par deux môles : le Tchakal-déré et l’In-déré. La description du poète ne permet pas de choisir entre eux; tout au plus pourrait-on préférer le dernier parce que, formé de nombreux ruisseaux, il semble plus important et aussi parce qu’il est mieux placé au fond de la baie et près de la caverne d’Hadès. Forbiger identifie à tort l’Achéron avec l’'Oxinès, aujourd’hui Tcharouk, qui coule à l’est d'Héraclée!.
La grotte d’Hadès ou d’Achéron, où les anciens voyaient une entrée des Enfers, se trouvait, d’après les scolies, au sud du promontoire et dans la partie tournée vers la terre ferme”. Sur ce point, les témoignages anciens et modernes confirment les renseignements de Xénophon et d’Apollonios. Diodore de Sicile* raconte que le fleuve Achéron sort de cette grotte, et que par cette issue, Héraclès amena Cerbère sur la terre, tradition qu’on retrouve chez les écrivains latins‘ et qui expliquerait à la fois le nom du cap, du fleuve et de la caverne. Toutefois Apollonios, remarquons-le, n’affirme pas que le fleuve sort de la caverne et qu’elle se nomme Achérousia.
Les voyageurs modernes ont essayé, naturellement, de retrouver cette grotte. Tournefort n'y à pas réussi :
« La caverne par laquelle on prétend qu’'Hercule descendit aux Enfers pour enlever le Cerbère, et que l’on montrait encore du temps de Xénoplon dans la péninsule Acherusias, est plus difficile à découvrir que l’ancien Port d’Héraclée, quoiqu’elle eut deux stades de profondeur. Elle doit s'être abimée depuis ce temps-là, car il est certain QUAI EUAUTE caverne de ce nom, laquelle a donné lieu à la fable du Cerbèreÿ. »
Elle fut découverte par Boré « ancien supérieur général des prêtres de la mission vulgairement appelés Lazaristes »,
1 TL 692nr 2. Scol. Il, 734.
SEINS Le | 4. P. MeLA, I, 19. Cf. HÉRODOROS, scol. Ap. 11,354; Nympuis, frg. 2
Didot; Paus., V, 26, 6; Pzn., H. N., VI, 4 Jan. 5. Op. cit., III, 28.
dit Vital Cuinet, et décrite par lui en 1838*. En 1862, Perrot et Guillaume nous donnent sur elle de nombreux renseignements :
« Il paraît aisé de retrouver la fameuse caverne... Au nord de la ville, à un kilomètre environ de la muraille, se trouve, cachée derrière une hauteur, une petite vallée qui vient déboucher à la mer auprès d’un beau platane. Il y coule un ruisseau que bordent deux murs de rochers... En trois endroits différents, dans le rocher qui forme la paroi gauche de la vallée,
s'ouvrent de larges grottes qui descendent rapidement vers la mer. »
La première, la moins profonde, est pavée de mosaïque; la troisième est un simple prolongement de la seconde que les auteurs décrivent ainsi : |
« On y entre par un étroit soupirail où s’enfonce un escalier tournant creusé dans le roc; elle paraît pénétrer très avant; ce doit être ce gouffre de deux stades de profondeur dont parle Xénophon... On entend couler à peu de distance des eaux qui forment, nous dit le guide, une rivière où l’on pourrait naviguer avec un petit bateau : c’est sans doute le fleuve infernal, l’Achéron. Cette eau est très froide; elle n'’irait pas à la mer toute voisine, assure-f-on dans le pays, mais ne déboucherait qu’à une assez grande distance d’'Héraclée, tout près d’Amascra, l’ancienne Amastris.. On comprend les traditions qui, dans l’antiquité, avaient consacré ces grottes; la rapidité avec laquelle s’enfonce le sol et s’abaisse le plafond, ce bruit d'eaux qui coulent dans les ténébres, et s’en vont on ne sait où, tout cela avait dû frapper les imaginations. Ce qui témoigne du culte que l’on rendait en ces lieux à Hercule, et du caractère sacré de cette vallée, c’est l'immense quantité de stèles votives et funéraires qui semblent en former le sol°. »
Certains détails, on le voit, ne concordent pas avec la description des Argonautiques. Les eaux qui coulent près de la deuxième grotte sans atteindre la mer ne sont pas celles de l’Achéron, fleuve qui se jette dans le golfe d’Héraclée. Il faudrait plutôt l'identifier avec le premier ruisseau
1. V. CuINET, 0p. cil,, IV, 5125 cf. von Dresr cité plus loin. 2. Exploration archéologique de la Galatie el de la Bithynie, 16 sq.
cité par les voyageurs, celui qui coule dans « une petite vallée qui vient déboucher à la mer auprès d’un beau platane et que bordent deux murs de rochers ». C’est sans doute l’in-déré de von Diest, et les deux murs de rochers font songer au profond ravin, von œépayt!, dont parle le poète grec.
Von Diest, dans le récit de son voyage publié en 1889, décrit la même région en rappelant les travaux de ses prédécesseurs :
« Comme aux voyageurs précédents, les Grecs du pays nous montrèrent une grotte qui aurait été regardée dans l’antiquité comme celle qui conduisait à l’Achéron. Elle se trouve sur la rive gauche du ruisseau désigné par Ainsworth sous le nom de Giaour-Irmak et appelé par moi In-déré. A cet endroit se trouvent plusieurs grottes l’une à côté de l’autre, dont les plus sèches ont servi de bergeries. La plus grande a son entrée large de quinze pas, elle est haute comme les trois quarts d’un homme, et à l’intérieur une fois et demi comme un homme. Sa largeur, atteint soixante-quinze pas. Quand on y fait quarante pas en ligne droite commence un lac dont on ne peut pas voir la profondeur et l'étendue vers le sud... il y a dix ans encore, des restes d’ancienne mosaïque doivent avoir été visibles sur ie sol de la grotte. Boré, en 1828, fait aussi allusion à un escalier qui conduisait à la mer et aux parois duquel on avait creusé çà et là dans le roc des niches qui avaient servi autrefois à des statues. Boré pense que cet endroit était le sanctuaire d’Héraclès. D’après Quintos de Smyrne, c'était un Nymphaion consacré à Pan et aux Nymples du Pont; leurs statues et leurs symboles « s’y trouvaient reproduits » (Ritter). Perrot aussi a visité ce lieu et encore vu l'escalier (en 18672). »
Von Diest cite encore le témoignage d’Hommaire de Hell et ajoute que le mot In-déré signifie le ruisseau de la caverne. Aucun de ces voyageurs, on le voit, ne confirme les renseignements du poète sur les souffles glacés qui s’exhalent de la caverne, mais tous sont d'accord pour citer plusieurs grottes à l'endroit indiqué par lui. I1 a donc puisé sa science à bon-
AU N7ASE NC Sb6:
EVANDIEST (Op CL D 180:
ne source et sa géographie très précise est conforme à la réalité, sauf quelques détails sans importance.
Pour en finir avec la topographie d'Héraclée, il faut signaler les honneurs que Lycos, roi des Mariandynes, promet de rendre à Castor et à Pollux :
« Aux Tyndarides en particulier, sur le sommet du cap Achérousis, je bâtirai un temple élevé; de très loin tous les matelots sur mer le verront et les invoqueront. En outre devant la ville je leur réserverai, comme aux dieux, les champs fertiles d’une plaine bien labourée.! »
Sur le téménos des Tyndarides situé « devant la ville », nous n’avons aucun renseignement. Quant au temple élevé, il en est question dans le Périple d’Arrien?, qui cite un lieu appelé Tyndarides, que von Diest place près de Tchamlyk, à l’est du cap Achérousias. Cet emplacement ne correspond pas à celui d’Apollonios, qui suit probablement la tradition des historiens d'Héraclée.
À la géographie de la région le poète joint des renseignements sur les Mariandynes et leurs voisins, la mort des Argonautes Tdmon et Tiphys et la fondation de la ville. Les Mariandynes sont d’après lui un peuple habitant la région comprise entre la Bithynie occupée par les Bébryces et laPaphlagonie. Inconnus d’'Homère, ils étaient déjà cités et placés à cet endroit par Hérodote, Xénophon et Skylax; Strabon confirme cette localisation”.
Les Argonautes sont reçus amicalement par le roi Lycos, qui leur est reconnaissant d’avoir vaincu les Bébryces, ennemis de son peuple et qui garde un bon souvenir d'Héraclès. Ce Lycos, éponyme du fleuve, est fils de Daskylos, éponyme de Daskylion (aujourd’hui Diaskili), et petit-fils de Tantale{