‹ La Géographie dans les Argonautiques d'Apollonios de RhodesChapitre 128 sur 222 · PONT-EUXIN : DE L'ÎLE ARÉTIAS EN COLCHIDE · texte numérisé non relu

PONT-EUXIN : DE L'ÎLE ARÉTIAS EN COLCHIDE

une chronique locale, peut-être à Timagétos. En plaçant l’île d’Arès sur les côtes du Pont-Euxin, Apollonios a suivi la tradition rendue célèbre par Euripide et confirmée par quelques géographes. Si l'épisode lui-même est fabuleux, sa localisation est conforme à une géographie qui n’a rien de mythique. Hamilton, suivi par Forbiger, identifie l’île avec Kerasount Ada, située à 9 ou 10 milles anglais à l’ouest du cap Zefreh, l’ancien Zéphyrion, et couverte d’écailles d’huîtres!.

Dans l’île d’Arès, les Argonautes rencontrent les quatre fils de Phrixos, qui avaient fait naufrage en se rendant de Colchide à Orchomène : ils les recueillent sur leur navire et les emmènent avec eux.

G) De l’île Arétias en Colchide

Partis de l’île Arétias, les héros côtoient l’île de Philyra et les pays des Philyres, des Macrônes, des Bécheires, des Sapeires et des Byzères pour atteindre enfin le Phasis et la Colchide, but de leur voyage. Pour cette dernière partie de l'itinéraire, les scolies n’indiquent aucune source d’Apollonios.

L'île de Philyra et le peuple des Philyres sont ainsi appelés, dit le poète, de Philyra, fille d’Okéanos, qui s’unit à Cronos et devint mère du Centaure Khiron; cette légende était racontée, d’après le scoliaste?, par Phérécyde, mais il n’en résulte pas que cet historien soit la source du poète au point de vue géographique. L'île de Philyra n’est pas citée ailleurs; Hamilton la place à deux milles à l’ouest du cap Zefreh?. Quant aux Philyres, on n’en trouve mention que longtemps après les Argonautiques, chez Denys le Périé-

1. HAMILTON, Researches, I, 261 sq.; FoRBIGER, Handbuch, 11, 438, n. 3.

DRIIRI23 1e 3. Researches, 1, 261 sq. et carte vol. IT; cf. ForBiG@ER, 11, 438, n. 4.

gète et les imitateurs grecs ou latins d’Apollonios ou de Denys!.

Les Macrônes sont plus connus : d’après les scolies, ils sont ainsi appelés parce que leur pays fut colonisé par des habitants de l’Eubée, nommée autrefois Macris’. Ils étaient déjà cités par Hécatée, Hérodote et Xénophon*, qui en fit les voisins des Colques. Strabon les identifie‘ avec les Sannes voisins des Chaldéens ou Chalybes et des Byzères. Skylax et d’autres les citent sous le nom de Macrônes ou de Macrocéphales5 « les grosses têtes », preuve que l’étymologie du scoliaste est contestable. Denys le Périégète et ses deux imitateurs latins les placent près des Philyres comme Apollonios. Le scoliaste les à parfois confondus à tort avec les Macriens, ennemis des Dolions : cette confusion ne se rencontre pas chez notre poète.

Les Bécheires ne sont cités avant notre poète que par Hécatée et Skylax; après lui on les retrouve seulement dans les Argonautiques orphiques, Denys le Périégète et quelques auteurs latinsf. Ils habitaient la région de Trapézonte.

Les Sapeires, ainsi nommés à cause des saphirs qu’on trouve dans leur pays, dit le scoliaste’, sont plusieurs fois cités sous le nom de Saspeires par Hérodote, qui les place entre la Colchide et la Médie. Les géographes modernes? les

1. Denys LE PÉR., p. 766, place les Philyres entre les Macrônes et les Mossynèques. VAL. FL., V, 53; PRISCIAN., v. 740; AVIENUS, v. 946; Am- MIEN MARCELLIN, XXII, 8; Arg. Orph., 756 sqq.

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