Op. cit., 10 sqq
LE RHODANOS 233
prend sa source. De sa lisière rocheuse Héra pouvait faire entendre son cri. »
La bifurcation supposée du Rhône et du Rhin chez Apollonios correspondrait alors à celle de l’Aar et du Rhin. Les Argonautes passeraient ensuite du Rhin dans l’Aar jusqu’au lac de Neuchâtel, puis dans le lac de Genève et le Rhône Il existe d’ailleurs, comme le montre Partsch, une communication entre les deux lacs :
« Le Nozon, qui vient de la Dent de Vaulion, se divise en deux cours d’eau, dont l’un grossit la Venoge, qui va dans le lac de Genève, tandis que l’autre, par le Talent, est amené dans le lac de Neuchâtel, par conséquent dans le bassin du Rhin. Quelque connaissance d’une telle bifurcation fluviale est-elle intervenue dans le remaniement de la légende par le poète ? Qui pourrait en décider! ? ».
M. Grenier, dans une étude plus récente, s’est efforcé de fondre les théories de Partsch et de M. Jullian :
« Rien n'’interdit, écrit-il, de reconnaître le Rhin dans le bras septentrional du grand fleuve européen, celui qui aurait ‘entraîné les Argonautes jusqu’à l'Océan. L'apparition de Héra, intimant l’ordre du retour, se localiserait, en ce cas, au sortir du lac de Constance, vers le confluent de l’Aar, un peu avant Bâle et le coude du Rhin entre le Jura et la Forêt-Noire?. »
Après l’intervention de Héra, les héros remontent l’Aar, passent devant la station de La Tène et arrivent dans le Rhône qu’ils descendent. Comme M. Jullian, M. Grenier admet que cette géographie est d’origine commerciale et provient
« d’une tradition très sommaire, signalant les grandes voies du commerce italo-étrusque avec les Celtes. Ces voies, en effet, suivent le cours des fleuves, longent les rives des lacs, contournent les forêts ou plutôt se trouvent arrêtés par elles, tandis qu’elles franchissent les montagnes. C’est pourquoi
1, Jbid. 15.