‹ La Géographie dans les Argonautiques d'Apollonios de RhodesChapitre 204 sur 222 · I, 509, 1130; II, 299, 434, 1233; III, 134; IV · texte numérisé non relu

I, 509, 1130; II, 299, 434, 1233; III, 134; IV

en ajoutant que les Argonautes y prennent de l’eau et construisent un autel à Athéna Minoïde. Le Stadiasme de la Grande Mer', le document ancien le plus complet sur la Méditerranée, mentionne précisément dans cette région un temple d’Athéna et un point d’eau. Une inscription confirme l'existence du culte d’Athéna Salmonia?. Sur l’identification du cap Salmonis, les anciens ont hésité entre les deux promontoires qui terminent la Crète au nord-est, le cap Salmonion ou Sammonion, aujourd’hui Sidéro, et le Salmone, aujourd’hui Plaka, au sud du précédent*. Ce nom de Salmonis correspond au Salmone mais comme le poète affirme que les Argonautes le doublent pour se diriger vers le nord, il s’agit plutôt du Samonion, ainsi que l’admettent généralement les géographes modernes‘. L’importance de ce cap est prouvée par les ruines de Palaekastro et d’Itanos : au temps de Ptolémée Philadelphe, une garnison égyptienne occupait cette dernière villeÿ (aujourd’hui Erimopoli).

Suivant la tradition homérique Apollonios, attribue à Minos un rôle prépondérant dans l’histoire de la Crète. Par un archaïsme volontaire, le poète emploie les noms de Crète Minoïde, d’Athéna Minoïde, d'îles Minoïdes pour désigner les Cyclades, et de mer Minoïenne, ordinairement appelée mer de Crètef.

Partis de Crète les Argonautes, continuant leur voyage, sont brusquement enveloppés par une nuit épaisse. Jason invoque alors Apollon, qui vient sur l’un des deux rochers Mélantiens et éclaire les héros en élevant en l’air son arc lumineux. Les voyageurs aperçoivent alors une des Spora-

2. Bœckn, CI, p. 409; cf. PRÉLLER-RoOBERT, 0p. cit., 1, 188, n. 1.

3. STRAB., 87, 30; 406, 1, etc.; PLIN., IV, 58; D.P., 110; cf. MELA, [1 112;PToL SLT 0 Ac A Dos, 27,7

4, FORBIGER, 0p. cil., 111, 708; Bursian, op. cit., II, 575; BESNIER, Lexique.

>. De WicamowiTz, Hellenistische Dichtung, 1, 28.

LA MÉDITERRANÉE ORIENTALE ET LA MER ÉGÉE De

des voisine d’Hippouris : ils y abordent, élèvent un autel à Apollun qu'ils surnomment Aiglétès (éclatant) et donnent à l’île le nom d’Anaphé parce que le dieu l'avait fait apparaître (&vépnvev) à leurs yeux. Les rochers Mélantiens, d’après les scolies’', sont voisins de Théra et nommés ainsi en souvenir d’un certain Mélas qui gouvernait le pays; Strabon et le Stadiasme? les placent entre Icaria et Myconos, à l’ouest de Samos, done au nord des Sporades. I1 semble que, pour Apollonios, ces rochers soient plus au sud, près d’Anaphé et de Théra, comme l’affirme le scoliaste. Aussi les modernes ne sont-ils pas d'accord sur leur identification. Ross les confond avec deux îlots rocheux situés au sud de Théra et appelés aujourd’hui Christiana; Bursian, approuvant Strabon, prétend qu’Apollonios et ses imitateurs se sont trompéss, ce qui est probable. Ces écueils étaient peut-être cités par Callimaquet.

Apollonios n’a pas oublié que la nuit avait surpris Ulysse dans la même région d’après un récit de l’Odyssées. Ce phénomène est fréquent dans l’archipel : les Instructions Nautiques, citées par V. Bérard, signalent que « le temps peut devenir assez obscur au milieu du labyrinthe des îles pour qu’on ne puisse pas voir la terre assez tôt pour l’éviter® ».

L'île Hippouris, voisine de Théra, était citée, d’après le scoliaste, par Timosthénès et Pythainétos au premier livre de son ouvrage sur Egine. Pline la nomme en même temps qu’Anaphé : Kiepert et Besnier l’identifient avec Amorgopoula, située entre Amorgos et Théra, mais Bursian pense qu'il faut la chercher plutôt au sud d’Anaphé, puisque les Argonautes l’ont en vue dans leur voyage de Crète

SCOR AD AIN AlrU TE

SrraB., 544, 2; Siad. M. M., 280.

Foss, Inselreisen 1, 80; BuRSIAN, 0p. cil.,II, 450. n. 2. Preirrer. Kallimachossludien, 75.

XIV, 301 ss.

Instr. Naut., n° 691, p. 103, dans V. BÉRARD, op. cit, 1, 314.

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Apollonios 18

à Anaphé. Ce serait alors l’île appelée aujourd’hui Pachia, au sud de Théra!.

Anaphé, aujourd’hui Anafi ou Namfio, se trouve à l’est de Théra. Son temple d’Apollon Aiglétès était célèbre : Callimaque en faisait mention dans un fragment cité par Strabon; le géographe y fait allusion aussi, confirmant les renseignements des deux poètes’. Il semble que sur ce point Apollonios ait suivi son maître. Tournefort décrit les ruines du temple d’Apollon, qu’il à vues au sud de l’île’. Quant à l’échange de plaisanteries entre hommes et femmes inauguré par les Argonautes et les esclaves de Médée, c’est un aîtion d'origine locale.

D’Anaphé les Argonautes se dirigent vers Egine et pendant la traversée, fondent Théra, la future métropole de Cyrène. Averti par un songe, Euphémos lance dans la mer la motte de terre qu'il avait reçue de Triton. Aussitôt s'élève l’île Callisté : Apollonios raconte que les fils d’Euphémos, après avoir habité Lemnos, en furent chassés par les Tyrrhéniens ets’établirent à Sparte; Théras, fils d’Autésion, les conduisit dans l’île Callisté, qui prit le nom de Théra. Ces événements, qui précèdent la colonisation de Cyrène, sont bien connus par les récits de Pindare et d'Hérodote‘. Ils étaient racontés avec plus de détails par Théochrestos et Akésandros dans leurs ouvrages sur Cyrènef.

Les versions de Pindare et d’Apollonios diffèrent par quelques détails : la motte de terre, dans les Argonautiques, est jetée volontairement à la mer par Euphémos, au lieu d’y tomber par la négligence de quelque serviteur. Chez

1. Scul. Ap., IV, 1712; Puin., IV, 12; MeL4, II, 111. Cf. BESNIER, Lexique; BURSIAN, 0p. cil., 11, 517, n. 2.

2. CALL., frg. 113a = Srras., 38,30 et 416, 4.Cf. CIG, 2482; PRELLER- Rogsert, Griech. Mythologie, 1, 258, n. 3.

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