I. — La composition
Pour la composition, comme on l’a remarqué, Apollonios s’est visiblement inspiré du Catalogue des vaisseaux de l’Iliade'. Son auteur, comme Apollonios, à réuni les représentants d’un même peuple et les à énumérés dans un ordre géographique. Partant de la Béotie, il continue par la Phocide, la Locride, l'Eubée, l’Attique, Salamine, le Péloponnèse avec ses différentes régions (Argolide, Laconie, Messénie, Arcadie, Elide, Achaïe), les îles au nord-ouest du Péloponnèse, l’Etolie, les îles de la mer Egée et la Thessalie. Apollonios suit à peu près le même plan. Il commence par la Thessalie, descend ensuite vers le sud par la Locride l’Eubée, l’Attique, Salamine, Egine et la Béotie, passe en revue les provinces du Péloponnèse dans le même ordre qu'Homère et termine par Milet, Samos, l’Etolie, la Phocide et la Thrace.
1. WALTHER, de À. Rh. rebus geographicis; MoonEy, n. I, 22; T. W. ALLEN, The Homeric Catalogue of Ships, 38 ss.
Limitation d’Homère est flagrante. La Thessalie occupe chez les deux poètes la plus grande place; ils passent de la Locride à Salamine par l’Eubée et l’Attique et ils énumèrent dans le même ordre les régions du Péloponnèse. Les changements introduits par Apollonios sont peu importants et s'expliquent surtout par la différence de sujets. Homère finit par la Thessalie; Apollonios commence par cette province, patrie de Jason et point de départ de l'expédition. Cette modification entraîne le déplacement de la Béotie et de la Phocide : suivant la côte de la mer Egée, Apollonios énumère du nord au sud la Locride, l’'Eubée, l’Attique et Salamine comme son modèle, en y ajoutant Egine, et il place la Béotie après l’Attique et les îles qui en dépendent. De là il arrive dans le Péloponnèse. Les îles de la mer Ionienne ne fournissant aucun Argonaute, Apollonios n’en parle pas et les remplace par Milet et Samos; il revient en Grèce continentale par l’Etolie, comme l’avait fait Homère, et par la Phocide, qu'Homère avait placée après la Béotie. La Crète, Rhodes et les îles de la mer Egée ne sont pas citées dans le catalogue d’Apollonios parce qu'aucun Argonaute, ne les représente. La Thrace est ajoutée comme un supplément en dehors du classement géographique. On le voit, le catalogue d’Apollonios n’est autre que celui d’Homère adapté à un sujet nouveau. Le plan, à l'exception de l’Tonie et de la Thrace, correspond à celui d’un périple plus exactement que dans l’Iliade, comme le prouve la mention de la Phocide après l’Etolie.
IT. — La Géographie A) Piérie et Thessalie Le catalogue des Argonautes commence par le pays
d’'Orphée et des Bistones, la Piérie, avec la hauteur de Pimpléia. La Piérie, citée par Homère et connue comme
séjour des Muses, était une cime de l’Olympe, une ville et une contrée’. Homère la place entre l’Olympe et l’Emathie ou Macédoine. Strabon donne ce nom à la côte occidentale du golfe Thermaïque, entre l’Axios et l’Haliacmon, au nord de l’Olympe*. Mais la mention des Bistones ne permet pas d'accepter ce sens. Ce peuple, inconnu d’'Homère et cité entre autres par Hérodote’, habitait les environs du lac Bistonis, aujourd’hui Bourougæl, situé à l’est d’Abdère, sur la côte méridionale de la Thrace. L'auteur des Argonautiques étend donc la Piérie jusqu’à cette région.
Pimpléia, d’après les scolies, était le nom d’une contrée, d’une montagne, d’une ville et d’une source. Le poète fait allusion à la hauteur de Pimpléia, expression qu'il paraît emprunter à Lycophron. D’après Strabon, la ville se trouvait près de Dion, en Macédoine, et Leake la place à Lithokoro, au sud de cette ville‘, ce qui correspond à la Piérie. Plus au sud le poète nomme Peirésias, Larisa, Phylaké, Phérai, Alopé, l’Amphrysos, Gyrtôn, le Titarésos et Ctiméné, ville des Dolopes près du lac Xynias.
Peirésiai, d’après le poète, se trouve au pied du Mont Phylléios, au confluent de l’Apidanos et de l’Enipeus. D’après Etienne de Byzance, Peirasié ou Peirésié est le nom récent de l’Astérion homérique® et Apollonios, en faisant de cette ville la patrie de l’Argonaute Astérion, semble accepter cette identification. C’est la Vloko actuelle d’après les géographes modernes. On ne doit pas la confondre avec une autre ville de ce nom que les Argonautes aperçoivent sur la côte de Magnésie. Elle n’est pas citée avant notre poète.