‹ La Géographie dans les Argonautiques d'Apollonios de RhodesChapitre 53 sur 222 · IL, IX · texte numérisé non relu

IL, IX

6, Er. ve Byz.; Elym. M.; Arg. Orph., 463; V. F1., II, 10.

LA MER ÈGÉE : 70

qu'après avoir emprunté ce détail à Cléon de Courion, Apollonios l’a transmis à ses imitateurs.

D’après Cléon de Courion et le scoliaste, Dolops avait son tombeau à Magnésia, sur le rivage. Apollonios à modifié cette tradition : il raconte que le rivage où les Argonautes ont abordé fut appelé après leur passage Aphétai Argous, c’est-à-dire lieu de départ d’Argo, nom qui subsiste encore de son temps'. Sur ce point, Apollonios est en désaccord avec les historiens et les géographes. Hérodote et Strabon placent Aphétai au sud de la Magnésie, à l’entrée du golfe de Pagasai, à l’est de la Trikéri moderne et près du cap actuel d’Anaphou’; c’est là que s’abrita la flotte perse assaillie par une tempête au cap Sépias, avant la bataille d’Artémision. Aphétai se trouve ainsi près du cap Tisaié d’Apollonios et non au nord du cap Sépias. Le poète a donc raison de placer sur la côte orientale de Magnésie le tombeau de Dolops, mais il croit à tort qu'Aphétai se trouve dans ces parages. L’étymologie de ce mot n’est pas une invention d’Apollonios. D’après le Mariage de Keyx, attribué à Hésiode, Aphétai serait ainsi nommée à cause de l’abandon (äoeoic) d'Héraclès par les Argonautes, tradition reprise par Phérécyde, Antimaque et Posidippe’. Mais Apollonios, suivi par Strabon, considèreiAphétai comme un «lieu d’où partit» Argo : cette explication se trouvait déjà dans Hérodote‘. On constate que, dans le même passage, Hérodote à parlé de la Magnésie, du cap Sépias, de l’île Skiathos, d’Aphétai et de l’étymologie de ce mot : on peut donc admettre qu’Apollonios, en décrivant ces lieux, s’est souvenu du

récit de l'historien.

1. 1, 591. Cf. STENDER, de Argonautarum ad Colchos usque fabulae historia critica, p. 27; WALTHER, 0p. cit., p. 32-33; BURSIAN, Geogr. von Griechenland, I, 101; P.-W., art. Aphetai.

2. Hpr., VII, 193, 196; VIII, 4, 6, 8, 11, 12, 14; STras., 374, 38.

4 3. Scol. A. Rh., 1, 1289; cf. PreLLER-C. ROBERT, op. cit., 111, 790 n. 5-6.

4, Hor., VII, 193; STRAB., 374, 38.

On remarque aussi que le poète s’est écarté sensiblement de la géographie homérique pour cette région : à l'exception d’Iolcos et du Pélion, aucun des noms cités par Apollonios ne se trouve chez Homère; au contraire l’auteur des Argonautiques ne mentionne pas la ville d’Olizon, citée dans le catalogue de l’Iliade!.

Retenus deux jours par des vents contraires, les Argonautes continuent de suivre vers le nord les côtes de Thessalie; ils passent devant Méliboia, Homolé, l'embouchure de lPAmyros, Euryménai, les vallées de l’Ossa et de l’'Olympe; puis, se dirigeant vers l’est, ils naviguent au sud de la Chalcidique, devant Palléné, le cap Canastron et le mont Athos, pour atteindre Myrina, sur la côte occidentale de l’île de Lemnos, où se termine leur deuxième étape.

Méliboia, célèbre par le souvenir de Philoctète et par sa pourpre, est située, d’après Strabon, dans le vaste golfe entre l’Ossa et le Pélion?; on la place près de la moderne Skiti, non loin d’Agyia’. Homère et Hérodote l’avaient citée avant notre poète. À propos de cette ville, Apollonios fait allusion à «ses falaises et sa grève battues des vents»; c’est sans doute un souvenir de la tempête qui assaillit la flotte perse dans cette région et une nouvelle preuve que le poète avait dans l’esprit le récit d’'Hérodote.

Homolé peut être à la fois une ville et une montagne. La ville est citée par Skylax, qui la place à la frontière nord de la Magnésie, non loin du Pénée. La montagne, située sur le versant nord de l’Ossa et à l’entrée de la vallée de Tempé d’après Strabon, est mentionnée par ce géographe en même temps que l’Ossa et le Pélion. Euripide et Théocrite l’ont citée avant Apollonios. Ce dernier ajoute qu'Homolé

LORAITTITE

3. DEsDEVISES DU DÉzerT, Géogr. Anc. de la Macédoine, 258; Bur- SIAN, Op, Cil., 1, 99; FORBIGER, III, 599; BESNIER, Lexique.

4 UML 717; Hor VIT 168:

5. SKkyL., 33 (Cf. T. L., 44, 6); Srras., 380, 22 et 381, 6; Eur., Her. fur.

371 (confusion avec l’Ossa); Taéocr., VII, 103. Cf. Paus., IX, 8, 5; DEN. PÉR,, V. 34 (GGM, I, 239); Viro., En., VII, 675.

« se penche vers la mer». De la Ville de Mirmont croit qu'il s’agit de la ville, le scoliaste et Mooney de la montagne. Comme la ville devait s’étager sur la montagne, le renseignement donné par le poète peut convenir à l’une comme à l’autre. Cette ville se trouve sur le versant septentrional de l’Ossa, au nord de Karitsa, à l'emplacement du cloître de Haghios Demetrios, au-dessus de Laspokhori et du petit port de Phtéri', mais Apollonios la place au sud de l’'Amyros, d'Euryménai et de l’Ossa. Comme pour le site d’Aphétai, il commet une erreur qui se retrouve dans un ouvrage moderne, où le «mont Homolus » est placé au sud de l’Ossa®.

Au delà d’Homolé, les Argonautes « ne tardèrent pas à dépasser les bouches du fleuve Amyros® ». Dans un autre passage, le poète parle d’Asclépios né dans la riche Lakéréia, « à l'embouchure de l'Amyros‘ ». Comme l’Amyros se jette dans le lac Boibeis et que Lakéréia se trouve au débouché du fleuve dans le lac, il est visible qu’Apollonios a commis une grave erreur géographique. Il s’imagine en effet que l’Amyros se jette dans la mer : les expressions «bouches, embouchure » qu’il emploie le prouvent assez clairement. Le poète à sans aucun doute confondu le débouché de l’Amyros dans le lac avec sa prétendue embouchureÿ.

Après l’Amyros, les Argonautes dépassent Euryménai. Cette ville, dont l'emplacement exact n’est pas connu, devait se trouver sur la côte de Magnésie au pied de lOssa, aux environs de Karitzaf. Avant Apollonios, elle n’est citée sous ce nom que par Hécatée. Skylax et Strabon préfèrent la forme Erymnai, plus répandue”.

1. LeAKe, Northern Greece, IV, 415; BURSIAN, I, 98; FOoRBIGER, III, 599; Foucères, Grèce, 300; WALTHER, OP. cit., 33.

9. Voir la carte de Despevises pu Dézerr à la fin de son ouvrage sur la Géographie ancienne de la Macédoine.

4, 1V,-616 sq.

5 CP "ici, p. 24:

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