II, 169 sqq
chent leurs amarres dvriméonv vain Bbuvidt, au pays de l’aveugle Phinée. Ce passage a beaucoup embarrassé les commentateurs. Dübner? pense que la demeure de Phinée, d’après Apollonios, se trouve « en Bithynie, sur quelque point du littoral du Bosphore », donc sur la rive asiatique; en face voudrait dire in opposito nonnullorum sinuum littore, îta ut eadem tamen sit terra. Le scoliaste, après quelques hésitations, adopte l’opinion contraire, parce que Salmydessos, résidence de Phinée d’après la tradition la plus répandue, se trouv. en Thrace; mais cet argument n’a aucun rapport ave le texte du poète. De La Ville de Mirmont traduit «en face de la terre de Bithynie », donc sur la rive européenne, rejetant l'interprétation de Dübner qu’il avait d’abord acceptée’. Mooney est du même avis : dans une note, il traduit par over against, en face, vis-à-vis, et ajoute : «ils jetèrent l’ancre en face de la Bithynie, sur la côte thrace, à l’endroit où le Bosphore rejoint le Pont-Euxin‘ ».
La grammaire semble confirmer l’interprétation de Dübner: yain B6vu, au datif,ne peut dépendre d’évrirépnv qui, composé de deux prépositions construites avec le génitif, doit gouverner le même cas s’il à un complément. Il faut donc joindre au verbe les deux datifs comme dans un autre passage presque semblable relatif à l’arrivée des Argonautes chez Phinéef, et faire de la prétendue préposition un adverbe. Le sens est alors : « Ils attachèrent leurs amarres à la terre de Bithynie, en face (ou de l’autre côté) ». Les Argonautes, venus de Propontide, ont quitté le pays des Bébryces situé à l’entrée du Bosphore, sur la rive asiatique, et se sont en-
TAITe177: ;
2. Cité par DE LA Vice DE MIrMONT, traduction des Argonauliques, notes Il, 177-178.
3. Annales de la Fac. de Bordeaux, 1887, p. 336 sq.; traduction des Argonautiques, note au v. IT, 177.
4 Noter 4177;
gagés dans le détroit. Ils arrivent à la résidence de Phinée, sur la côte de Bithynie, done toujours sur la rive asiatique du Bosphore, mais de l’autre côté, c’est-à-dire à la sortie du détroit et non sur l’autre rive. D’après Apollonios, les Bébryces et Phinée habitaient donc la même rive du Bosphore, la rive asiatique, mais les uns à l'entrée du détroit près de la Propontide, l’autre à la sortie près du Pont-Euxin.
On sait que, depuis le ve siècle, le drame attique avait situé la demeure de Phinée à Salmydessos (aujourd’hui Midia), sur la côte thrace du Pont-Euxin, à l’ouest du Bosphore; à partir de l’époque romaine, les géographes mentionnent une ville de Phinopolis, située sur la côte sud-est de la Thrace, à l’entrée septentrionale du détroit. D'autre part, certains historiens du ve siècle cités par le scoliaste d’Apollonios, comme Hellanicos et Phérécyde?, font régner Phinée en Paphlagonie, ou sur toute la Bithynie jusqu’au Bosphore. Le poète se trouvait donc en présence de deux traditions qui plaçaient la résidence du devin en Europe ou en Asie : il aurait choisi la seconde si l'interprétation de Dübner est exacte.
La suite du récit apporte une nouvelle précision sur le séjour de Phinée. Le vieillard indique aux Argonautes le moyen de franchir les Roches Kyanées, situées à la sortie du Bosphore vers le Pont-Euxin, et les héros traversent ce passage dangereux après avoir quitté le pays de Phinée. I1 est donc certain que le devin n’habite ni Salmydessos ni la Paphlagonie, situées au delà des Roches Kyanées sur les côtes du Pont-Euxin, mais une des rives du Bosphore en deça des Kyanées.
Le scoliaste se montre embarrassé et prétend qu’il existe deux Bithynies, l’une en Europe, l’autre en Asie’, et le fait