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place la résidence de Phinée sur la rive européenne du Bosphore, il faut traduire « en un point où la mer se brise, sur la rive opposée », donc sur la rive asiatique, où tous les témoignages anciens placent cet autel. C’est l'interprétation du scoliaste, adoptée par Buttmann, Walther et Mooney’ et rejetée par Brunck et de La Ville de Mirmont, qui placent l’autel sur la rive européenne du détroit, « sur le bord de la mer, au delà de la demeure de Phinée », comme traduit ce dernier.
Si les Argonautes se trouvaient d’abord sur la rive européenne du Bosphore, il faut supposer qu'ils traversent le détroit pour élever un autel sur la rive asiatique, éloignée à peine de quatre stades. Apollonios ne dirait pas formellement qu'ils font cette traversée parce qu'il s’agit d’une courte navigation, mais il y ferait une brève allusion en employant le terme répnv’. Telle est aussi l’opinion du scoliaste, mais il ne s'exprime pas toujours clairement. Il dit en effet : ’Ev 5 r& rép pnoiv, aiyial& Tic ’Aolac diaretouwres Em Toy Boudv Toïs Oodsxx Peoic Édouoavro. Davepdv oùv ôTm ëv (le Laurentianus porte ov ëotiv èv) tr} Eùporn ‘Kai yao vèv iepôv éotiv oÙtw xxAoduevoy àv T@ mtépav Tic Edpw- TN TAG ’Aottôoc.
La première phrase est équivoque : ’ev T& mépav œiyiélo ts ’Aoixc peut signifier également « sur la côte située en face de l’Asie » et « sur la côte d’Asie située en face ».Toutefois le mot GiarAeboavtes, ( ayant traversé », semble prouver que les Argonautes passent sur l’autre rive du Bosphore. Si la deuxième phrase, «il est donc évident que c’est en Europe», s'applique à la construction de l’autel, ce qui n’est pas sûr puisque le texte est douteux, elle est en contradiction avec la troisième, qui seule offre un sens clair : « En effet, aujourd’hui encore il existe un sanctuaire de ce nom sur la
1. Scol. Ap., 11, 532; BUTTMANN, Lexil., 91; WALTHER, 51; MooNEY, TU RO92
?. Cf. MUELLER, GGM, II, 61.
côte d'Asie opposée à celle d'Europe ». Pour comprendre la scolie, il faut alors partir de cette phrase dont le sens est indiscutable; la première signifiera done : « Sur la côte plate d'Asie située en face, dit-il, après avoir traversé, ils construisirent un autel en l'honneur des douze dieux ». Pour mettre la deuxième phrase en accord avec les autres, il faut admettre qu’elle ne concerne pas l’emplacement de l’autel, mais celui des Argonautes avant la traversée : « Il est donc évident que c’est en Europe (qu’ils se trouvaient) ». Ainsi on met le scoliaste d'accord avec lui-même. Peut-être pourrait-on lire Dévepoyv odv ôm siolv ’ev 77 Evporn.
Mais si, comme nous le croyons, Apollonios place sur là rive asiatique du Bosphore la résidence de Phinée et l’autel élevé par les Argonautes, répnv, de même qu'évriréonv ne signifie pas « sur l’autre rive», mais «plus loin, au delà », donc entre la demeure de Phinée et la sortie du Bosphore vers le Pont-Euxin. Le géographie semble confirmer cette supposition; il existait vraiment un temple de Zeus Ourios appelé Hiéron sur la rive asiatique du Bosphore, juste à l’entrée du Pont-Euxin. Skylax, Démosthène le citaient sous ce nom avant notre poète, et plus tard Polybe.et le scoliaste!. Sur sa fondation et sur les dieux auxquels il était dédié, les traditions varient. Dans la IVe Pythique de Pindare, c’est à Poseidon que les Argonautes élèvent un autel et offrent un sacrifice]. D’après le scoliaste, Timosthénès distinguait un autel des douze dieux élevé à cet endroit par les fils de Phrixos et un autel dédié à Poseidon par les Argonautes; Hérodoros d'Héraclée affirmait que les compagnons de Jason avaient offert un sacrifice sur un autel élevé déjà par Argos, ils de Phrixos. Apollonios à donc modifié sur ce point la tradition de ces auteurs, ou plutôt il a imité un écrivain que nous
1. SxyL., 67, 92; DÉm., 468, 10; 926, 5; 1211, 25; Poz., IV, 39; scol. AD LI MD57: