LA GÉOGRAPHIE AVANT APOLLONIOS
Démodamas de Milet décrit les contrées voisines de l'Iaxarte : Patroclès, vers 285, distingue ce fleuve du Tanaïs et explore la mer Caspienne. Dionysios visite l'Inde par ordre de Ptolémée Philadelphe et Ariston, peut-être à la même époque, les côtes d'Arabie. Mégasthénès, ambassadeur de Seleucos Nicator auprès du roi Sandracottos (302- 297) à Palibothra, précise l'étendue et la situation de l'Inde, décrit le Gange et l'Indus et étudie les productions de ce pays, ses différentes populations, ses institutions politiques ou religieuses^. Sous les deux premiers Lagides, la Haute- Egypte et l'Ethiopie sont parcourues par Philon et Dalion, le pays des Troglodytes par les chasseurs d'éléphants Satyros et Eumédès.
Ces voyages lointains et ces découvertes exercent durant la période alexandrine une influence sur la géographie et sur l'histoire, qui sont tantôt romanesques ou exotiques, tantôt scientifiques. Dans les Histoires Philippiques de Théopompe, Silène décrit un continent situé au delà de l'Océan et habité par le peuple heureux des Méropes. Evhémère place dans une île voisine de l'Inde le séjour du peuple idéal des Panchaiens. Amométos compose un livre romanesque sur les Attacores de l'Himalaya et un ouvrage à la fois géographique et merveilleux sur la Haute-Egypte.
Un certain lamboulos, peut-être du m^ siècle, racontait un voyage en Inde au milieu d'im peuple heureux qui pratiquait la communauté des femmes et des enfants.
L'Egypte, comme Tlnde, est décrite par les amateurs de géographie fabuleuse. Hécatée d'Abdère ou de Téos, sous Alexandre ou Ptolémée Soter, compose un ouvrage romanesque sur l'Egypte, mélange de vérité et d'invention, et sur les Hyperboréens, qu'il place dans une certaine île Helixoia, en face du pays des Celtes, sur la côte nord-ouest
1. ScHWANBECK, Megosthenis fragmenta, Bonn, 1846: FHG Didot II, 397 ss. '
ApolloQios
r.KNKRALITKS
(lu c'oiiliiH'iil, (niropécii'. Li'oii de J/clht di'cril TE^yple sous la forme d'uiu; jjiéhudue leMd'o d'Alexiiiidre à sa mrre Ol3^iiij)ias.
Paiiiii les représeiuaiits de la jLiéoiirapliic^ scient ifi'juc, on l)eul eiler Cléoii de Syriieusi», Tima^étos, Tiiiioslliéiiès do Jihodes, au(-euis de li ailés ^Sur les />o/7.s', le philosophe J)icéar(pie et suit ont r]ra[osth(''ne, suecH'Sseiir (TApollonios (connue bibliot héeaiie d 'Alexandrie et- Tuu des fondateurs de la ^a'OjLiiaphie mathématique.
Les historiens d'Alexandre, en laeontant sa vie, furent souvent amenés à (h'-erire les lé-^ions traversées par lui. ^\.ristol»oulo8 était, eoiiiiu pour ses helles descriptions de pays lointahis, tandis ({ue le merveilleux et la rhétoricpie ^^âtaient les récits d'( )nésierites, de CaHisthénès et. de (Jléitarehos. La ^éo«iraphie était aussi re[»résentéo dans les noml)reuses iiistoires locales publiées durant la i)ériode hellénisti(iue : celles de Sicile et d'Italie par Ijvcos de IMieiiion, Douris de ►Samos et Timée, eelt'S <le (.-y/âipie par Néanthès, d'iléracléc par Nymphis, de TAtticiuo i)ar Lstros.
A la géographie iik /veilleuse on peut ratta.idier un .ucnre nouveau, la para(h)X(/^raphie, collection «le curiosités de toute espèce et de tr iite provenance, inaugurée par Oallimaque et représenté! avant Apollonios [>ar Nymphodoros et par l'auteur du tr.ité -r^zoX Q-vyLy.nioyj ày.ouaijL-xTfov, faussi;ment attribué à Avistote : là encore la géographie est mise il contribution.
]Cnfin la géographie, scientifique ou merveilh^iso, a envahi la ])oésie. IMiilétas, Lycophron et surtout Caliimaque ont subi son inlluence. Co dernier, ([ui fut le maître d'Ai)ollonios, écrivit des ouvrages de géographie, d'histoire et» <rethnogra.phie sur les coutumes barbares, les fondations et les changements de noms de villes et d'îles, les fleuves de la terre, les noms de peuples et les merveilles du monde en-
1. Hoiini^:, I)cr f/rinclti.'irlte Uonian, Lo,i[)7.ii,', 187(», p. 107 sfl.
LA GEOGIlAeilIE AVANT APOLLONIOS
lier i)ar localités; l'érudition géographl']ue apparaît souvent- dans ses Hymnes et ses Aitia.
En racontant, le voyage des Argonautes, Apollonios pouvait faire entrer dans une épopée la géographie seieut ificiue ou fabuleuse, !'« aitiologie », les fondations de villes, rethnogra])hie, le merveilleux exoticpie, les descriptions do pays lointains ou peu connus (|ue Ton aimait au temps des Ptolémécs.
Quelles sont les sources de cette géographie et dans quelle mesure est -elle imitée d'Homère ? Est-elle fabuleuse ou con('sj)oml-ell(^ aux derniers ju ogres de la science alexandrine? Le poèt(^ a-t-il décrit exactement les lieux oii séjournent les Ai'gon.autes et ses renseignements permettent-ils de les situer avec ])récision ? L'it inéraire des Argonautes est-il homogène ou formé d'éléments disparates et que nous apprend-il sm* la composition du poème ? Autant de (luestions auxquelles permettra de répondre une étude détaillée de la géographie sous les trois formes où elle apparaît dans le poème d'Apollouios : les digressions et renseignements divers, le cat-alogue d(;s Argonautes et leur itinéraire.
Li I
It!