‹ La geógraphie médicaleChapitre 115 sur 233 · ROM PET D À · texte numérisé non relu

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Le Distome d'Egypte ou Filaire de Bilharz, qui nous occupe actuellement, s'engage aussi fréquemment dans les parois de la vessie ; les œufs, s'échappant dans cette cavité, d’où ils ne peuvent sortir, deviennent le noyau de pétrifications calculeuses ; ils s’entourent de végétations, de fongosités et donnent lieu à une cystite vermineuse terrible. Ils peuvent également sortir par l'intestin et y produire des fongosités d'apparence polypeuse (Zancarol); le singe, le bœuf, le mouton peuvent être infectés par le Distoma hæmatobium. Ses embryons habitent les mollusques. On les trouve en abondance dans ceux du canal Mahmoudieh.

Hémato-chylurie. Filaire de Wucherer., Kilariose. Ascite. Hydrocèle. Eléphantiasis. — Il existe une autre forme d’hématurie ; on la nomme hémato-chylurie des pays chauds ; elle est due, aussi elle, à une filaire, mais cette filaire est autre ; ses conséquences sont plus graves encore ; elle est surtout fréquente dans l'Inde et dans l'Amérique du Sud ; c’est la faire de Wucherer.

Dans un cas d’hémato-chylurie, le D' Wucherer (de Bahia), voulant chercher la filaire que Bilharz avait décrite, en 14854, dans l’hématurie d'Egypte, ne la trouva pas ; mais il trouva une autre filaire, qui prit le nom de filaire de Wucherer. La même filaire fut trouvée encore, dans l'hémato-chylurie, par le D' Crevaux, à la Guadeloupe, en 1870; puis, dans un cas semblable, par le D" Cobbold, non seulement dans les urines, mais dans le sang des malades.

En somme, l’hématurie et l’'hémato-chylurie sont l'œuvre de deux animaux sanguicoles distincts : en Afrique, le Distome de Bilharz produit lhématurie; en Asie et en Amérique, la filaire de Wucherer produit l’hémato-chylurie.

La filaire de Wucherer fut alors trouvée dans bien d’autres cas; à Calcutta, dans le sang d’un homme atteint d’un de ces érysipèles du scrotum qui finissent par l’éléphantiasis, le D' Lewis découvrit une filaire, qu'il appela Filaria sanguinis hominis et qui n’était autre que la filaire de Wucherer. La même filaire fut encore trouvée par Sonsino dans le sang d’un homme atteint d’hémato-chylurie, en Australie ; elle fut retrouvée dans le liquide d’une Ascite par le D' Winckell. Enfin, au Brésil, la même filaire fut encore

retrouvée dans le sang du doigt de deux hommes atteints d’éléphantiasis et d’un troisième atteint d’hémato-chylurie.

Généalogie de la filaire de Wucherer. Filaire de Baneroft, — Tous ces observateurs ne méconnaissaient pas que les filaires qu’ils trouvaient en grand nombre dans le sang de leurs malades étaient asexuées et présentaient tous les caractères d’animaux embryonnaires. On en était là, lorsqu’en 1876, chez un homme atteint d’éléphantiasis des Arabes, Cobbold retrouva les mêmes filaires, mais, à côté d'elles, un œuf dans le sang! La même année, en Australie, le Dr Bancroft trouva l’animal adulte, le progéniteur de l'œuf; c'est la Filaria Bancrofti. En 1877, le D'da Silva Arango (de Bahia) fut plus heureux : il observait un homme qui était atteint à la fois d’abcès lymphatique du scrotum avec éléphantiasis et de chylurie ; il trouva dans Purine la filaire de Wucherer (l'embryon) etdanslesang la filaire de Bancroft (l'adulte).

Enfin il existe au Brésil une maladie caractérisée par des abcès multiples et qui n’atteint, dit le populaire, que les personnes qui se sont baignées dans la lagune de Feiticeira. Chez un homme qui s'était baigné, qui avait l’éruption en question et qui présentait un abcès Iymphatique, le D' Felicio Santos trouva à son tour : dans le sang, la filaire, de Wucherer ; dans l’abcès même, la filaire de Bancroft. En somme, il serait mal aisé de réunir plus de preuves pour démontrer que l’hémato-chylurie, V'éléphantiasis, certaines hydrocèles, si fréquents dans l'Inde, certaines aseiles, qui accompagnent ces maladies, sont la localisation, sur divers points, de parasites embryonnaires (filaires de Wucherer) produits dans le sang par un parasite adulte {la filaire de Bancroft), parasite qui pourrait bien lui-même, comme cela se voit chez le chien, être pour quelque chose dans ces affections cardiaques, qu'on voit survenir, en Chine et dans l'Inde, en dehors du rhumatisme et des causes habituelles des maladies du cœur. On désigne cet ensemble de maladies sous le nom de filariose.

Mais l’éléphantiasis, la plus importante des manifestations de la filariose, mérite une étude à part.

Histoire. Géographie de l’éléphantiasis. — La première indication relative à ce point de géographie médicale se trouve dans le poème de Lucrèce. Le poète remarque que chaque climat présente des maladies particulières, comme il présente des hommes de couleur et de visage particuliers ; comme exemple, il nous cite la maladie qui va nous occuper :

Est elephas morbus qui, propter flumina Nil Gignitur Ægypto in medio, neque præterea usquam.

Ces différences tiennent, dit-il, à l'atmosphère :

Varius concinnat id aer.

Ce mal d’éléphant, elephas morbus, avait donc fait naître déjà dans l'esprit un rapport entre les jambes monstrueuses et déformées de ceux qui en sont atteints et les pattes cylindriques de l’énorme pachyderme ; elephas morbus est devenu l’elephantiasis et, comme la première bonne étude en a été faite par les médecins arabes Rhazès et Avicennes, le nom d’éléphantiasis des Arabes lui a été donné.

Lucrèce se trompait lorsqu'il disait que l’éléphantiasis, que nous nommons des Arabes, se trouvait en Egypte, et au delà point, neque præterea usquam. On le trouve en réalité dans toute la zone torride, même dans la zone chaude ; on le trouve dans une grande partie de l'Afrique, en Egypte, en Abyssinie, en Arabie, et c’est là que les Arabes l’ont étudié ; on l’observe en Perse, mais seulement dans le midi, près du golfe Persique. La maladie est surtout fréquente à Ceylan, dans l'Inde, sur la côte de Malabar surtout; on l’observe en Cochinchine, en Chine, à Java, à Sumatra, à Bornéo et dans une bonne partie de l'Océanie, enfin aux Antilles, à la Barbade, où la maladie a reçu un nom spécial; c'est le mal des Barbades ou la jambe des Barbades.

Dans tous ces pays, l’éléphantiasis ne sévit pas également, avec une égale fréquence sur tous les points. Nous venons de dire que, dans lInde, il est plus fréquent sur la côte de Malabar, li est très commun aussi à Pondichéry ; à Ceylan, il sévit surtout sur la côte ouest. Le D' Godard, qui l’a étudié en Egypte, dit qu’il sévit dans certaines villes plus que dans d’autres. Ainsi il sévit à Damiette et à Rosette plus souvent qu’à Alexandrie et, dans ces villes, il est plus fréquent dans les quartiers bas, humides, habités par la classe pauvre. A Damiette il est beaucoup plus fréquent qu'ailleurs, dans le quartier dit d'Alcantara, qui est situé sur le bord du capal. Il y a des districts de l'Inde où, d’après Hirsch, 1/20 de la population est atteint.

Siège. — Le siège de la maladie peut varier ; les jambes en sont le plus habituel et généralement une seule jambe est prise ; le scrotum et les grandes lèvres sont fréquemment atteints; les

seins, les bras et quelquefois la face sont atteints également, mais les jambes et le scrotum le sont beaucoup plus que toutes les autres régions.

Symptômes. — La maladie débute par dela douleur, au pli de laine, parexemple, s’il s’agit de la jambe ; puis apparaissent, sur la peau, de petites trainées rouges, qui sont identiques à ce que nous connaissons sous le nom d’angioleucite; parfois un cordon dur, situé plus profondément sous la peau, le long du trajet d’une veine, dénote une phlébite; la rougeur s'étend progressivement, devient plus diffuse et varie d’ailleurs depuis le simple érythème jusqu’à l'érysipèle. Ces phénomènes sont, du reste, d'autant moins apparents, qu’on les recherche chez une race plus colorée. La jambe, s’il s’agit d'elle, est visiblement enflée, œdématiée, chaude ; la peau, tendue, brillante, est le siège d’élancements ; en même temps, il y a des vertiges, des éblouissements, parfois des vomissements ; puis, au bout de quelques jours, tout s’apaise, tout rentre dans l’ordre; le jambe reste seulement un peu engorgée; mais ce n’était là qu’un début : au bout d’un temps variable, depuis quelques jours jusqu’à plusieurs semaines, nouvelle poussée; retour des vertiges, des vomissements, retour du gonflement, de la douleur et de l’enflure, qui dépasse sa limite précédente et qui, lorsque la nouvelle crise sera passée, restera plus considérable encore qu’elle n’était restée après la première attaque. Au bout d'un certain nombre de ces crises, qui, rapprochées, constituent, dans leur ensemble, la période aiguë, l'éléphantiasis est constitué !

La partie malade a fini par prendre et garder un volume souvent énorme, ainsi que le montrent les figures ci-contre pour le scrotum et pour les jambes; les vaisseaux ont changé ce qu'on nommerait, en hydraulique, leur régime. Les uns sont oblitérés, les autres élargis et dilatés ; la nutrition du membre est troublée, tous les tissus s’engorgent et s’hypertrophient; cette évolution nutritive se continue pendant la période chronique, accélérée de temps en temps par de nouvelles exacerbations aiguës, qui se répètent à des intervalles variables et dont chacune donne, pour ainsi dire, un nouveau coup de fouet à la maladie.

La peau et les tissus qui la doublént acquièrent alors une épaisseur monstrueuse, chaque poussée, suivant le point où elle a porté, marquant son passage par autant de tumeurs, dont l'ensemble fait du membre une masse énorme et monstrueuse, que

le malheureux malade est condamné à trainer. Une foule de troubles superficiels viennent s'ajouter à cet ensemble : l'épiderme est corné, fendillé, suintant, durci en certains points, ramolli sur certains autres. Le membre ressemble en réalité à quelqu'un de ces ormeaux, qu’on voit bossués sur leur tronc par d'énormes tumeurs ligneuses, inégales et bosselées! Le malade devenu impotent, monstrueux, difforme, s’habitue en quelque sorte à son horrible infirmité et la mort ne semble pas souvent

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résulter directement de la maladie. Dans certains cas, l’amputation a été pratiquée, mais souvent alors, la maladie se reproduit ailleurs.

Anatomie pathologique. — Lorsqu'on vient à examiner le membre amputé et qu’on pratique de larges coupes dans sa masse, on voit s'écouler, des mailles de tissu cellulaire comme d’un citron, une sérosité plus ou moins abondante. La coupe présente l’aspect et la consistance d’une énorme couenne de lard; le derme est épais et rappelle, même avec exagération, celui des grands pachydermes. Le tissu cellulaire qui, d'ordinaire, double finement la peau, laquelle s’en détache facilement, ne fait plus qu'un

avec elle; tous deux sont soudés par d’épaisses cloisons fibreuses. Le derme est lui-même dur et donne, sous Ie couteau, la consistance d’un fruit mal müûri. Au milieu de cette masse sont englobés les vaisseaux, les nerfs et les muscles. Les vaisseaux sont, les uns bouchés par un caillot, les autres dilatés en une sorte d’ampoule pleine de sang; les nerfs sont le plus souvent atrophiés et comme étouffés dans la masse dure, qui les emprisonne ; les muscles minces, atrophiés sont aux trois quarts disparus et ont subi la dégénérescence graisseuse : les os sont souvent sains ; mais, dans certains cas, on a vu le tibia triplé de volume et uni au péroné par des sortes de stalactites osseuses, qui lui donnaient un aspect bosselé et irrégulier.

Etiologie.— Quelles peuvent être les causes de cette étrange et redoutable maladie? Sa présence uniquement dans les pays chauds, devait naturellement conduire à accuser d’abord la chaleur; un certain nombre de médecins se sont, en effet, rangés à l'opinion, qui voyait, dans cette maladie, un effet de la chaleur sur les glandes et sur les vaisseaux lymphatiques. On admit et quelques médecins admettent encore, qu’il ne s’agit là que de troubles de nutrition, apportés par une série de ce qu’on nomme des lymphangites réticulaires des pays chauds. Mais il est bon de constater d’abord que les nègres, qui, même de l'avis des partisans de cette doctrine, sont peu sujets à la lymphangite des pays chauds, sont, au contraire, très sujets à l’éléphantiasis des Arabes; d’ailleurs, si la chaleur était la véritable cause de la maladie, celle-ci sévirait dans tous les pays chauds également, ce qui n’est pas; elle y sévirait même en raison et en proportion de la chaleur, ce qui n’est pas; enfin elle attaquerait les régions découvertes du corps et c’est le contraire qui a lieu! force est donc d'abandonner la chaleur. J'en dirai autant de l’explication qui attribue la maladie aux transitions brusques de température.

On s’est alors rejeté sur l'alimentation : un grand nombre des populations sujettes à l’éléphantiasis se nourrissent en effet, très habituellement, de poissons salés; en Égypte on a accusé la chair du marsouin, celle d’une détestable poule d’eau, enfin l'usage des fruits pourris.

Toutes ces explications ne sont pas absolument mauvaises, nous le verrons bientôt; mais, outre ce que chacune d’elles peut présenter de particulier, elles répondent toutes à deux conditions

communes, le séjour au bord de l’eau, où au moins dans un lieu humide, et la misère. On pourrait peut-être dire, que c’est peutêtre bien parce que toutes ces conditions varient avec les races, que les races se comportent d’une manière différente devant léléphantiasis.

Mode d'action du parasite. — Cette maladie est aujourd'hui rattachée au parasitisme et nous venons de voir qu'elle n’est qu’une des formes d’une même maladie parasitaire, la filariose.

Plusieurs symptômes de léléphantiasis s'expliquent alors à merveille : ces nausées, ces vertiges du début, qui ne sont pas en rapport avec l’état inflammatoire, trouvent leur explication dans les phénomènes réflexes, que provoquent les parasites, peut-être même dans leur passage dans les vaisseaux du cerveau ou de la moelle ; enfin ces poussées périodiques, qu’on voit survenir dans la période aiguë et même dans la période chronique, sont dues, vraisemblablement, à des pontes périodiques et, pour ainsi dire, à une marée montante de nouvelles générations de filaires de Wucherer. IL se peut que plus tard, dans la période tout à fait chronique, le parasite ait disparu, mais il reste toujours le travail nutritif qu'il a développé, ce qui pour le malade est tout un.

Contagion. Rôle des moustiques. — Il reste à expliquer le mécanisme ainsique le mode de propagation et decontagion, carun grand nombre de faits démontrent que l’éléphantiasis des Arabes est contagieux : le D' Manson, en Chine, a démontré expérimentalement que l'intermédiaire obligé entre ces deux états d’un même animal, l’état de faire de Bancroft, animal adulte qui se trouve dans le sang de léléphantiasique, et l’état de filaire de Wucherer, embryon qui se trouve dans la partie malade, c'était le moustique ou culeæ, Si abondant dans les pays chauds. Il s’est assuré que, lorsque le culex suçait le sang d’un éléphantiasique (or les mousstiques le piquent à chaque instant), il avait l'estomac rempli en moyenne de 120 filaires de Wucherer. 5 ou 6 seulement de ces 120 filaires peuvent, nouveaux Jonas, échapper à la mort; elles achèvent mème leur développement dans ce milieu et elles acquièrent { millimètre de long sur 5/100 de millimètre de large. C’est précisément le moment où le moustique se réfugie sur l’eau, pour y pondre ses œufs et mourir. La filaire de Wucherer, devenue adulte, c’est-à-dire devenue faire de Bancroft, dans l’estomac du culex, s'échappe alors ; elle est fécondée par les mâles

et toute prête, si elle est absorbée par un homme avec l’eau des boissons, à vivre dans son sang et à l’infester de ses embryons ou filaires de Wucherer, qui, selon les hasards de leur migration, feront de cet homme un éléphantiasique, un hémato chylurique, un homme atteint d'hydrocèle, d’ascite, ete. :

Mais ce n’est pas tout : le moustique chargé de filaires de Wucherer peut, avant d'aller pondre dans l’eau, sucer le sang d’un individu sain, y semer quelquesfilaires, qui, soit qu’elles restent à l'état embryonnaire de filaire de Wucherer, soit qu’elles y évoluent en füaires de Bancroft, pourront inoculer l'élephantiasis et donner raison au préjugé populaire qui croit la maladie contagieuse. On comprend alors comment il se peut que les nègres aient, ainsi qu’on l’a dit, importé l’éléphantiasis en Amérique et comment, à la Barbade, la maladie a éclaté brusquement, à la fin du siècle; on comprend, enfin, comment la géographie médicale de l'éléphantiasis est superposable à la géographie zoologique du moustique.

$ 6. CRAW-CRAW.

Géographie. — C’est près de la filariose qu'il faut ranger cette maladie connue depuis longtemps, à Ja côte d'Afrique, sous le nom de craw-craw et qui consiste en une éruption vésiculo-pustuleuse, qui rappelle la gale et qui porte le malade à se gratter.

Récemment, en France, le professeur Nielly a observé un mousse de Brest, de quatorze ans, qui n'avait jamais voyagé et qui était atteint d'une sorte de pseudo-gale. La présence de papules lui a été révélée par des démangeaisons. Le prurit était d’ailleurs assez léger. Les papules et vésico-pustules étaient disséminées sur le bras et l’avant-bras gauches, confluentes sur le dos de la main, il n’y avait rien dans les espaces interdigitaux. Le membre supérieur droit était beaucoup moins atteint. Il y avait même quelques papules sur le tronc et les membres inférieurs. En piquant le sommet d’une vésico-pustule, Nielly trouva des nématoïdes.

Le parasite. — L'animal est facilement visible au microscope. C’est un ver incolore, mesurant 300 millièmes de millimètre de longueur et 1 millième de millimètre de diamètre. C’est une filaride ou une anguillule. |

Nielly ignore d'où provient cette affection. Les urines ne contenaient rien de particulier. Le sang, au contraire, renfermait un

grand nombre de ces animaleules. QIl paraît donc, disait l’au- «teur, exister en France une dermatose spéciale, qui est ou non « le craw-craw, mais absolument nouvelle pour les observateurs « des pays tempérés. »

Il me semblerait plus probable que ce jeune mousse aurait contracté la maladie en s’inoculant, d'une manière ou d’une autre, à bord d’un navire arrivant des parages à filaires, les embryons d’un animal sanguicole. Mais, tous renseignements pris, il était candidat mousse de l’Austerlitz et n'avait jamais voyagé; il était berger. C’est donc dans les mares qu’il aura peut-être . pris une filaire du mouton. Le docteur Nielly la nomme Anguil- Lula leptodera.

$ 10. STRONGYLUS VASORUM.

Le chien loge également dans son sang un nématoïde adulte, Strongylus vasorum, qui habite le ventricule droit et les grandes divisions de lPartère pulmonaire. Les individus y sont réunis en nombre tellement considérable, qu'ils forment des pelotons qui sènent le cours du sang. C'est là qu'a lieu l’accouplement ; mais les embryons émigrent vers les bronches de petit calibre ; de là, ils sont expulsés au dehors, pour être ensuite introduits dans l'appareil digestif d’un autre chien, dont {ils percent la paroi intestinale et dans le cœur duquel ils vont vivre à l’état d'adultes.

Laulanié a montré qu'autour des embryons bronchiques du Strongylus vasorum du chien se développe un travail identique à celui qui se développe autour des tubercules.

Au point de vue de la pathologie des êtres organisés en général, il y à dans ces faits une source de réflexions fécondes : ce fait de troubles nutritifs, hypertrophiques, comme ceux que nous avons vus constituer l'éléphantiasis des Arabes, n’est pas unique en son genre. Chez un coq de Houdan, Mégnin a observé quelque chose de très comparable à l’éléphantiasis : un sarcopte, le Sarcoptes mutans, avait rendu la patte véritablement monstrueuse ; elle était couverte de tuhercules blanchâtres, qui avaient quadruplé son diamètre en la rendant en même temps très irrégulière et raboteuse ; ces tubercules étaient constitués exclusivement par des pro-

ductions épidermiques stratifiées, et sous leur couche profonde, on voyait enchatonnées, chacune dans une petite loge, comme des perles microscopiques, des myriades de femelles du Sarcoptes mutans toutes occupées à pondre.

Chez les végétaux, des irritations semblables produisent des effets analogues, des sortes d’éléphantiasis végétaux, si lon peut employer cette métaphore : sous l'influence de la piqûre d’un charançon, la racine d’un certain chou devient globuleuse, sphéroïdale:; elle emmagasine de la matière cellulaire et cette sorte d’éléphantiasis végétal rend comestible pour l’homme une racine atteinte en réalité d’une maladie, que les Anglais nomment club. Prillieux a montré que le blé niellé résulte d’une hypertrophie des étamines du blé, à la suite de leur piqûre par une anguillule. Ces exemples d'hypertrophie végétale, sous l'influence d’une irritation parasitaire, sont fréquents. Il suffit de rappeler encore ici les galles qui se développent chez les végétaux à la suite d’une piqûre de cynips, les tumeurs qui se développent sur les feuilles de rhododendron des Alpes, celles qui se forment sur les racines du lupin des jardins. Michel Woronine a constaté, au milieu du suc qui baigne ces tumeurs, un nombre considérable de bactéries animées de mouvements.

De Candolle avait déjà vu une action générale dans ce qu'on regarde le plus souvent comme un simple traumatisme : au sujet de l’action irritante de certains parasites, il avait émis l’idée que les morsures que font aux racines des plantes certains animaux, tels que les courtilières, les larves de hanneton, n’expliquaient pas la mort de ces plantes par simple traumatisme ; il pensait que ces animaux doivent sécréter une humeur toxique, qui entraine rapidement la mort du végétal. Descendons au-delà des limites qu’assigne à nos connaissances sur les éléments figurés l’imperfection de nos yeux, et nous verrons des sucs irritants produire des tumeurs par l'irritation qu’ils déterminent au milieu des tissus : les grosses tumeurs des arbres sont peut-être dans ce cas et dans cet ordre d'idées, le Dr Davaine a pu se demander si le cancer luimême n’était pas dû à la formation cellulaire déterminée autour d’un stimulus animé.

Autrement dit, lorsqu'une épine est déposée dans les tissus, elle provoque autour d'elle une irritation locale, non spécifique; l’épine seule est spécifique.

PENTASTOME DU CHIEN. 387

IV. PARASITES HABITANT DANS CERTAINES CAVITÉS. S 1. CALLIPHORA ANTHROPOPHAGA OU LUCILIA HOMINIVORA.

Dans la république Argentine, dans le Vénézuéla et dans plusieurs contrées de l'Amérique tropicale, au Mexiqueet à la Guyane, existe une mouche qui dépose dans les fosses nasales de l’homme un nombre énorme de larves, qui, en quelques heures, perforent les organes, amènent les désordres les plus graves et la mort. Cet animal porte au Mexique le nom de bicheiro des fosses nasules. Il arrive parfois que l'introduction a lieu en flairant des fleurs, sur lesquelles la mouche a déposé ses œufs.

On donne le nom de myasis à l’ensemble des accidents déterminés par le dépôt d'œufs ou de larves que font certains insectes, notamment des diptères, dans les cavités naturelles de l’organisme,

$ 2. SANGSUE DU CHEVAL. HEMOPIS SANGUISUGA.

Elle s’introduit dans Ja bouche de l'animal avec l’eau, et de là sur la partie postérieure du pharynx, où elle cause des hémorrhagies. Ce parasite a été trouvé dans la bouche de nos chevaux pendant la campagne de Tunisie ; tous les ruisseaux de l'Afrique septentrionale en contiennent. |

S 3. PENTASTOME DU CHIEN.

Il existe, dans les sinus frontaux des carnassiers (chien, loup), des parasites vermiformes, nommés pentastomes ; ils sont longs de 3-10 centimètres, sont sexués. Leurs œufs, sortant par le nez, tombent sur l'herbe; ils sont avalés par des herbivores (lièvre, lapin}, dans l'intestin desquels les jennes pentastomes passent leur vie embryonnaire; ils s'enkystent dans le foie, dans le poumon, et ne deviennent adultes, avec un sinus frontal pour habitat, que lorsque le lapin, leur hôte, a été mangé par un chien ou par un loup. J'ai dit plus haut qu’ils amènent souvent des épistaxis,

$ À. ACAROPSE DE MÉRICOURT.

Cet animal a été trouvé, par notre savant confrère de la marine, dans l'oreille d’un officier qui arrivait de la Havane. Il a été décrit et nommé par Moquin-Tandon.

De ce parasite il faut rapprocher celui qui cause l’épilepsie contagieuse des chiens : dans les cas d’épilepsie contagieuse, Mégnin a reconnu que les accidents épileptiformes étaient provoqués, par action réflexe, par un parasite irritant l'oreille, le Chorioptes scandutus ou ecaudatus (Nocard}, commun chezle chien, le chat et le furet. Il provoque parfois chez le chat des accès de fureur. On rencontre chez le lapin les mêmes accidents, provoqués par le séjour du Psoroptes longirostris dans l'oreille ; on rencontre également ce parasite chez le cheval. Tous ces parasites amènent quelque chose de comparable à la maladie de Menière.

$ D. MUSCA CACNALIA.

Le docteur Manez a publié récemment plusieurs observations de ce qu’il nomme la conjonctivite vermineuse des bergers. N s’agit d’une inflammation du sac oculo-palpébral, sous l'influence des larves déposées par la’ Musca cacnalia chez des gens endormis auprès des troupeaux.

Il suffit de tuer les larves avec l'essence de romarin, pour guérir la conjonctivite.

Cette maladie se rencontre dans l'Amérique du Sud.

Peut-être faut-il rapprocher de la conjonctivite vermineuse des bergers l’ophthalmie de Ceylan, décrite par le Dr Cameron, à moins, cependant, qu'il ne s'agisse d’une manifestation du paludisme.

$S 6. GRÉGARINES.

Des parasites extrèmementrépandus, qu'on peut regarder comme habitant les cavités muqueuses, ce sont les grégarines, dont on trouve chez les oiseaux des colonies considérables, enkystées dans le tissu conjonctif sous-muqueux et dont la présence et la pullulation amènent une inflammation intestinale, de la diarrhée et la mort. — Les grégarines sont des êtres inférieurs du règne des Protistes (Heckel).— On les trouve chez un grand nombre d'animaux :

DISTOMA RINGERI. HÉMOPTYSIE PARASITAIRE. 389

je citerai Gregarina miescherina, chez le porc, la brebis, la vache, le lapin, le cheval; G. avium, dans l'intestin des poules ; G. muris, chez le rat ; G. Lindemanii, dans le rein de l’homme ; — G. mulleriana (c'est la psorospermie des poissons). — D’autres protistes se trouvent ailleurs : le Cyfospermum viride, dans les cellules pulmonaires du macaque ; C.Zurnii, dans l’intestin du veau; C.ranæ, chez la grenouille ; C. hominis, chez l’homme ; C. canis ; Psorospermium avium. Tous ces êtres ont été étudiés récemment par Rivolta.

$ 7. SYNGAMUS TRACHEALIS.

Histoire, géographie. — Ce-parasite ou ver rouge Se rencontre dans la trachée des faisans et des poulets, qu'il fait périr actuel lement par centaines et par milliers dans les faisanderies. Cette muladie des jeunes fuisans, se caractérisant par desbâillements répétés, a reçu le nom de gape en Angleterre et en Amérique, où elle est fréquente. Le docteur Crisp estime à un demi-million le nombre des poulets que le ver rouge détruit en Angleterre, sans compter les faisans et les perdrix. À Rambouillet, chez M. de Rothschild, on trouve parfois, le matin, douze cents faisans tués par la gape. Cette maladie a, d’ailleurs, été observée pour la première fois, en 1799, à Baltimore, sur les poules et les dindons, par le D' Wiesenthal ; elle a été récemment étudiée en France par Mégnin.

Description. — Le ver mâle, rouge, cylindrique, mesure 2 millimètres de long sur 022,20 de large ; la femelle mesure 5 millimètres de long sur 0®,35 de large.

Mode de propagation. — A l’état adulte, l'animal habite la trachée ; c'est là qu’il s'accouple. Les œufs et les larves, qui ont l’aspect d’anguillules, sont rejetés en dehors, dans Peau ou dans les pâtées alimentaires ; là ils sont absorbés par les oiseaux. Une fois dans les voies digestives, ils en traversent les parois et se rendent dans les sacs aériens et dans les cellules pulmonaires, où ils deviennent adultes.

Destruction. — Il suffit de mettre une certaine quantité de rue, d'ail ou d'acide salicylique dans la boisson et dans la pâtée des oiseaux pour détruire les jeunes larves.

S 8. DISTOMA RINGERI. HÉMOPTYSIE PARASITAIRE.

Géographie. — Le professeur Baelz (de Tokio) a montré le premier la présence au Japon, chez l’homme, d'une hémoptysie

parasitaire étudiée plus tard par Manson et signalée récemment par le D' Remy. Cette maladie n'existe que dans les régions volcaniques du Japon, à Formose et sur la côte orientale d'Asie.

Description du parasite. — Le facteur de cette hémoptysie est le Distoma Ringeri ou pulmonule de la famille des trématodes. L'animal adulte habite les bronches de l'homme. Ses œufs sont expulsés au dehors; les larves, habitant l'eau où elles ont été jetées avec les crachats, retournent, avec les boissons ou les légumes, dans l’homme, dont elles habitent l'intestin d’abord, comme tout à l'heure les larves de Syngamus, pour passer ensuite dans les bronches.

Symptômes. — Leur présence dans {es bronches amène des hémoptysies. Au milieu du sang on reconnait les œufs.

Œraitement, — Le traitement est basé sur la nature parasitaire de l'affection : inhalations de vapeurs émanées d'infusions de quassia, de kousso, Ge solutions alcooliques de térébenthine et de santonine ; inhalations de vapeurs sulfureuses.

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