‹ La geógraphie médicaleChapitre 118 sur 233 · S 4. SCORPION DE LA NOUVELLE-GRENADE · texte numérisé non relu

S 4. SCORPION DE LA NOUVELLE-GRENADE

A la Nouvelle-Grenade, un scorpion, d'après Posada Aranjo, produit, outre la douleur locale, une plaque érythémateuse, avec point ecchymotique au centre, de l'angoisse, du malaise et un engourdissement très marqué de la langue, une sorte de paralysie incomplète de cet organe. Tout guérit d’ailleurs en 24 heures, sauf chez les enfants et les personnes affaiblies, qui peuvent en mourir.

S D. SIMULIA MACULATA OU MOUCHE DE KOLUMBACZ.

Cet insecte est ainsi nommé parce qu’il est fréquent aux environs du vieux chàteau de Kolumbaez, dans le district serbe de Passaro-

witz, sur la rive droite du Danube; il se rencontre en Hongrie, en Autriche, en Moravie, en Silésie, en Bohème, dans le Mecklembourg et le Brandebourg. Ses essaims sont tellement épais, qu'ils simulent parfois de véritables nuages. Leurs piqüres nombreuses font mourir les bœufs et les chevaux.

Quelques-uns des animaux attaqués meurent aussitôt après la piqüre; d’autres peu d'heures après ; d’autres enfin la nuit suivante.

On a des exemples de petits enfants tués par ces insectes, ce qui à lieu surtout lorsque les mères, travaillant aux champs, laissent leurs nourrissons couchés dans l'herbe.

S 6. LA MOUCHE TSETSÉ. GLOSSINA MORSITANS.

Fréquente dans certains points de l’Afrique, notamment en Abyssinie, lamouchetsetsé est devenuecélèbre. Dans toute l'Afrique équatoriale, sa piqûre fait périr les bœufs, les chevaux, les ânes, les chameaux etles chiens. Le D' Kirk, consul d'Angleterre à Zanzibar, n'hésite pas à la regarder comme un des obstacles les plus sérieux à la civilisation de l'Afrique, en raison des dangers qu'elle fait courir au bétail et aux bètes de somme, dont elle rend l'emploi impossible dans les régions qu’elle habite. « Les tsetsés, dit Livingstone, sont un peu plus grandes que la mouche ordinaire, mais plus petites que la mouche à miel. Elles sont d’une couleur terne et la partie inférieure de leur corps est traversée par des lignes jaunes; leurs ailes sont plus longues que leur corps. Leur blessure est sans danger pour l’homme. Mais nous connaissons plusieurs exemples dans lesquels tous les bestiaux, les chevaux et les chiens d’un voyageur ont été détruits entièrement par ces mouches venimeuses. Le capitaine V..., doutant que ce fussent les tsetsés auxquels il fallait attribuer la mort des animaux , amena un cheval dans une localité où se trouvaient ces insectes ; 50 environ volèrent sur l'animal et immédiatement il commença à maigrir ; 1l est mort le onzième jour. Nous avons perdu, dans cette excursion, environ 30 bœufs par la piqüre des tsetsés. Les éléphants, les buffles, les zèbres, les pallahs (espèce d’antilope), les porcs sauvages, les jackals, les water-bucks, les gnons, etc., abondent dans les endroits où les tsetsés se trouvent en grand nombre et n’éprouvent aucun effet de leur venin. Bien plus, un chien nourri avec du lait périt à la suite d'une piqüre, tandis que

PULEX PENETRANS OÙ CHIQUE. 393

celui qui vit de chair, dans le mème district, ne meurt pas. » Je laisse à Livingstone la responsabilité de cette dernière assertion, qui serait digne d’être vérifiée.

Lorsque la tsetsé aperçoit sa proie, elle se lance avec une grande rapidité sur sa victime, lui enfonce la partie moyenne de satrompe, qui se trouve composée de trois pièces, dans la peau. Elle se gorge de sang, son abdomen se gonfle ; lorsqu'elle s'échappe, l'endroit piqué prend une teinte rouge foncé, et un léger prurit succède à cette blessure.

C'est surtout le long des fleuves et dans les marais que l’on rencontre cette mouche ; elle se tient dans les buissons et les herbes aquatiques. Elle s’observe rarement dans la plaine ; elle est du reste toujours cantonnée dans des espaces dont elle ne semble jamais s’écarter.

En volant, elle fait entendre un bourdonnement qui parait être bien connu des animaux qui doivent lui fournir son aliment : car, dès qu’ils lentendent, ils s’enfuient et semblent frappés d’une épouvante irrésistible.

* Après s'être repue du sang de sa victime, la tsetsé laisse écouler dans la plaie une goutte d’un venin sécrété par une glande placée à la base de sa trompe. :

Certains animaux sont pris de vertige et deviennent aveugles.

Le seul moyen de faire échapper les animaux domestiques aux attaques des tsetsés est de leur faire traverser les cantonnements où se trouvent rassemblés ces insectes pendant la nuit, au clair de la lune et dans les saisons froides. Les mouches sont alors engourdies et incapables de piquer.

$ 7. PULEX PENETRANS OU CHIQUE.

Distribution géographique. — (Ce parasite est fréquent dans les terres basses du Mexique, du Vénézuéla, de la Guyane et du Brésil (Bicho do Pe) et rare dans les régions élevées. On le trouve également aux Antilles, où le D' Guillon a décrit les ulcérations qu’il provoque. On le trouve au Congo; il a été récemment importé au Gabon.

Mode d’action.— Cet animal, après s'être attaché à la peau, pompe le sang et grossit tellement de volume, qu'il devient une véritable tumeur vivante. La chique du chien peut nous donner une idée très réduite de ce qui se passe alors. Lorsqu'elle est

tombée, une ulcération s'établit souvent, qui, entretenue par ia chaleur, l'humidité et le défaut d'hygiène, devient rebelle à tout traitement ; lorsque la chique s’introduit sous les ongles, elle donne lieu à un accident spécial, l’onyxis; cette sorte d’onyxis, étudiée par le D' Maurel à Cayenne, a donné lieu, parmi les convicts, sur 4 200 hommes, à 1079 journées d'hôpital. L’ulcération s'étend parfois à tout le pied, même à toute une partie du membre inférieur et peut causer la mort.

Aptitude, — Humboldt assurait que la chique s'attaque rarement aux créoles, et seulement aux nouveaux venus de race blanche ou noire. Nous verrons plus loin que la chose n’a rien d'impossible. Le D' Brassac prétend néanmoins qu’il y a là aussi une question d'habitudes et de propreté. IL est incontestable que les noirs sont plus souvent piqués que les blancs et que la piqüre est chez eux plus souvent qu'ailleurs le point de départ d'ulcères qui deviennent graves par le fait de leur négligence. Quoi qu'il en soit, le D' Niger assure qu'il y a des individus dont on dit: «Il a du sang à chiques, » et en effet ces individus ont toujours des chiques. Le D' Bonnet remarque que ces gens sont souvent lymphatiques. Martin croit que l'odeur du nègre attire les chiques. Il n’y à là rien d'étonnant ; notre vulgaire puce affectionne incontestablement chez nous certains individus plus que d’autres. Les indigènes de la Guyane ont quelque chose qui les met à Pabri du pulex : c’est l'usage de se peindre avec du rocou.

S 8. ARGAS PERSICUS.

Description, aptitude, iminumnité. — Il se pourrait d'au tant plus que certaines immunités qu’on raconte au sujet du Pulex penetrans fussent vraies, qu'on dit la même chose d'un grand acarien, qui a la taille d’une forte punaise et qui se rencontre en Perse. Dans un livre Hthographié à Téhéran et qui à pour titre : Terminologie pharmaceutique et anthropologique francaise-persane sur les maladies endémiques et particulières les plus intéressantes des habitants de la Perse, L. Schlimmer, ancien professeur de médecine au collège polytechnique de Perse, médecin sanitaire de l’armée persane, médecin sanitaire de Téhéran (je cite tous les titres de l’auteur, afin de montrer qu'il doit évidemment connaitre pertinemment la Perse), s'exprime ainsi :

« Argas persicus, punaise de Mianeh. Il est de notoriété pu-

ARGAS PERSICUS. 395

blique que la punaise de Mianeh se plaît à attaquer les étrangers de passage et ne mord ou ne pique jamais les indigènes; je crois qu'on se trompe et que tout habitant de Mianeh doit avoir été mordu une fois de sa vie par cette triste punaise, sans s’en être aperçu, comme enfant à la mamelle ou en bas âge, ou sans s’en rappeler, et n’est pas par cela même susceptible d’en éprouver les effets une seconde fois, me basant sur ce que, à mon premier passage à Mianeh, je souffrais moi-même de la piqûre et qu'à ma seconde et troisième visite à cette petite ville, j'ignore si j'en fus mordu, mais en tout cas je n’en fus pas le moins inquiété ou incommodé; de même que sur 800 cas de piqüre de scorpion en Perse, je n'ai pas pu trouver un

unique individu, qui pouvait se rappeler d'en avoir été piqué

deux fois de sa vie ; serait-ce une espèce d’inoculation, qui rendrait une seconde imprégnation inefficace, comme la vaccine détruit la susceptibilité pour la variole? question curieuse qui mériterait des recherches ultérieures. En tout cas, les symptômes provoqués par la piqûre de l’argas de Mianeh ont une analogie frappante avec ceux d’une fièvre rémittente : lassitude extrême, dégoût du travail, bâillement avec chaleur et sueurs partielles, mais sans trop de soif avec aggravation et soulagement à des heures déterminées de la journée ; de telle sorte que quelques Européens sont d’avis que l'affection particulière qui frappe une grande partie des étrangers, qui, en général, ne passent qu’une unique nuit à Mianeh, serait moins l'effet de la piqüre de la punaise que celui de la malaria de Mianeh et de ses environs, qui influencerait lesétrangers, tout en épargriant les indigènes. Je doute beaucoup qu'il existe à Mianeh quelque malaria spéciale, vu que les indigènes sont loin d'offrir ce type particulier, qui distingue à la première vue les habitants des contrées où les fièvres paludéennes sont endémiques, et je crois bien plutôt que c'est.en réalité la piqûre qui fait tous les frais de l'affection, influençant de préférence les voyageurs soumis à des excès de fatigue et à des privaitions que les voyages pénibles et les veilles inabituées à dos de cheval entrainent avec eux, vu qu’à Dhahroudé et Bestham, sur la grande route de Téhéran à Khorangan, l'argas de Perse existe de même et y provoque absolument les mêmes symptômes sans qu’il y ait là encore quelque malaria. Quoi qu’il en soit, j'ai eu occasion de traiter cette affection en 1858 sur une large échelle, par lar-

« rivée à Téhéran du second régiment de Kho-ge, dont 400 hommes « environ se disaient piqués, durant leur courte station à Miu- « neh; plusieurs déclaraient ne pas même savoir l'endroit du « corps où la piqûre aurait eu lieu ; mais tous souffraient à degrés « différents des symptômes mentionnés plus haut et tous presque « guérirent promptement à l’aide de la poudre minérale de Bon- « din, et dans les quelques cas rares réfractaires, le sulfate de « quinine mit fin à tous les symptômes insidieux.

« J'avais presque oublié de dire que les habitants du Khoraçan « connaissent l’Argas persicus, qu'on trouve aussi à Dhahroudé « et à Bestham, sous le nom de Bhebgquèze, c'est-à-dire mordant « la nuit. »

Venins et virus.— J'ai tenu à donner dans son entier cette note pleine d'intérêt, parce que l’ingénieuse comparaison faite par M. Schlimmer entre le liquide venimeux de l'Argas persicus et les virus me semble depuis longtemps fort juste. Les symptômes généraux,qu'allume dans l'organisme la présente d’une petite quantité de venin dans le sang de l’homme mordu, sont très comparables aux symptômes généraux des maladies infectieuses, et l’on ne voit pas pour quelle raison les facteurs directs de la propriété toxique des venins ne se comporteraient pas dans le sang comme les facteurs directs de la virulence. On comprendrait alors que, dans l’un comme dans l’autre cas, le sang déjà habité par le venin ou par le virus devint impropre à lui servir une seconde fois de milieu, absolument comme le sang dans lequel la bactéridie charbonneuse a végété une première fois est devenu impropre à lui servir une seconde fois. La première piqüre de l’argas aurait pour effet de vacciner en réalité non pas contre les piqüres ultérieures, mais contre leurs effets.

Le fait ne serait pas d’ailleurs exceptionnel : dans beaucoup de pays, les moustiques passent pour s'attaquer de préférence aux étrangers ainsi qu'aux enfants, et ces derniers, n'étant pas encore vaccinés par les inoculations antérieures, éprouvent des accidents positifs, tandis que les acclimatés reçoivent comme eux l’inoculation de moustiques, mais l’effet en est négatif.

Quant à l’Argas persicus, il serait intéressant de vérifier d'abord quelie est la nature du venin ; en second lieu, si son action s’épuise sur le même individu, de façon à ce que la première inoculation devienne vaccinante.Tholozan a signalé des accidents assez graves à la suite de sa piqûre. Mégnin et Laboulbène ont trouvé cette

Page 1