SUETTE ANGLO-SAXONNE
livre, à propos de la suette, montré que cette maladie avait surtout sévi en Angleterre. C’est quelque chose de bien étrange que cette prédilection de la suette pour l'Angleterre, et un médecin du temps, Jean Kaye, qui se faisait appeler Caius Britannicus, avait été, comme tous ses contemporains, frappé de ce fait : « Cette « maladie nous suit, dit-il, nous autres Anglais, comme notre «ombre ;elle atteint tout ce qui vivendi ratione et consuetudine fac- & tum est britannicum ». Les populations avaient été elles-mêmes frappées de cette particularité inexplicable, jusqu’au jour où, en 1529, la quatrième épidémie de suette envahit le Hambourg et de là se répandit; on la regarda dès lors comme une maladie propre à tous les pays, mais nous pouvons maintenant tirer de cette histoire de la suette des conclusions différentes.
Nous ne saurions admettre, comme on l’a dit, que ce soit une maladie de la race anglaise, pour cette raison qu'il n'existe pas de race anglaise, mais nous ne saurions cependant nous laisser détourner, par l’extension de 1529, de l’idée de la spécificité de la suette pour certaines races humaines. Dans le Royaume-Uni, nous voyons seulement les pays anglo-saxons être frappés ; l'Irlande, pays celte, est au contraire préservée ; l'extension se fait dans les pays mêmes d’où sont partis les Anglo-Saxons; l'étude ethnologique des pays frappés par la suette anglaise va nous le faire comprendre.
Les Angles, les Saxons appartiennent, en effet, au rameau ingévon de la famille germanique, rameau jadis répandu dans la Basse-Saxe et la Frise. Tacite parle des Angles comme d’un petit peuple, sans avenir, situé dans les forêts du nord de la Germanie, près de l'Océan {la Baltique). Les Saxons sont placés par Ptolémée, entre les bouches de l'Elbe et ce que nous nommons aujourd’hui le Schleswig. Or ce sont ces Angles et ces Saxons, qui, aux v° et vi siècles de notre ère, envahissent ce qui est aujourd’hui la Grande-Bretagne, en se limitant dans la moitié inférieure de l'ile, l'Angleterre proprement dite; enfin à ces Anglo-Saxons se joignent, aux ix°, x° et xie siècles, deux peuples scandinaves, les Danois et les Normands; la carte de l'extension de la suette, donnée plus haut, coïncide avec la carte ethnologique ci-jointe des éléments anglo-saxons de l'Angleterre. La suette anglaise n’est donc pas, comme on l’a dit, une maladie de la race anglaise, mais de la race anglo-saxonne : ainsi comprise, la localisation géographique de la suette constitue, je le crois, un des éléments les plus importants et les plus curieux de notre étude des races par la pathologie.
Secarlatine. — ]l en est presque de même pour la scarlatine. Le D' Lombard (de Suisse) a constaté que, même en Suisse, la scarlatine est plus fréquente et plus grave chez les Anglais résidant dans ce pays. La scarlatine semble donc encore être une maladie de la race anglo-saxonne et de ses congénères.