CHAPITRE IT
Sans doute les êtres vivants sont avec l'atmosphère dans des rapports extrêmement intimes; ils lui empruntent, à chaque instant, de l'oxygène ou de l'acide carbonique et lui restituent de l'acide carbonique ou de l'oxygène; mais plus intime encore est leur connexion avec le sol et si tous lui confient, après leur mort, les éléments dont ils sont constitués, on peut dire que ce n’est là qu'une restitution; car la plante n’emmagasine que ce que le sol lui a fourni et l'animal n’emmagasine directement ou indirectement, selon qu’ est herbivore ou carnassier, que ce que la plante Jui a fourni. Le végétal est donc à proprement parler l’intermédiaire entre le sol et l'animal : c'est par lui que le phosphate de chaux des collines calcaires passe dans les os des animaux ; c’est par lui que le fer, qui se trouve dans le sol, devient un des principaux éléments constituants de notre sang. Nous vivons du sol absolument comme la betterave, la pomme de terre ou la vigne vivent de la potasse qu’il contient ; comme d’autres plantes vivent de la soude, soit au bord des eaux saumâties des salines, soit au bord des lacs salés, soit dans les terrains encore imprégnés de sel, tels que ceux du Sahara ; comme d’autres plantes vivent de la silice, telles que les prèles, etc. Un hectare de pommes de terre
consomme par an 145 kilos de sel de potasse, et un hectare de betteraves en consomme 200 ; du reste, dans certains pays, comme en Allemagne, la terre contient par hectare de 40 000 à 76 000 kilos de potasse. Fixées au sol, les plantes sont, de tous les êtres vivants, ceux qui tiennent nécessairement le plus au choix du terrain, mais chaque être, végétal ou animal, veut un certain milieu tellurique; si la constitution chimique de ce milieu vient à changer, l'individu change également : le rosier, l'hortensia changent la couleur de leurs fleurs selon la nature chimique du terrain, et plusieurs botanistes, partisans bien convaincus de l’immutabilité de l'espèce, ont décrit comme espèces séparées des types qui n'étaient autre chose que des variétés issues d’un même individu et modifiées par la nature du sol ; C’est ainsi qu’une violette qui croit en abondance aux environs d’Aix-la-Chapelle, dans un terrain qui contient du zinc, à pris, sous l’influence de ce métal, une couleur jaune; c'est la Viola lutæu des botanistes. En somme, plantes etanimaux, nous sommes le reflet des matériaux divers qui composent la croûte solidifiée de notre planète et ilest certain que dans d’autres planètes, dont la composition chimique serait différente, la composition chimique des habitants serait également différente. |