SCARLATINE
Histoire et goëégraphie. — Si la variole et la rougeole nous ont été apportées d'Orient, la scarlatine semble être bien à nous; elle semble même moderne. Il n’en est nulle part fait mention avant le xvi° siècie, époque où elle est décrite, à Naples, par Ingrassias, puis à Poitiers par Coytar. On la nommait alors fièvre pourprée épidémique,
Elle apparait à Breslau en 1625. Depuis lors elle est diffusée, mais présente cependant encore une géographie assez limitée. Elle est moins cosmopolite que la variole et que la rougeole. Pour ne parler que de l'Europe, elle se groupe dans le nord et le nordouest, devenant de plus en plus rare du nord au midi, à partir du littoral européen de la Méditerranée. — Tandis qu’en France elle cause 3 fois moins de décès que ia rougeole, déjà en Belgique elle cause plus de décès que cette maladie. — En Angleterre, elle figure au premier rang parmi les causes de mortalité. Elle tue 3 fois plus de monde que la variole et elle joue dans ja mortalité le rôle qui, chez nous, est dévolu à la fièvre typhoïde ; ainsi tandis qu’à Paris elle donne en moyenne 100 décès par an, à Londres elle a donné, en 1863,5 075 ; en 1869, 5 841 ; en général de 4009 à 5 000.
Dans certains points de l'Angleterre, elle figure pour la moitié des décès. — A Paris, il y a des années où elle ne figure pas dans la mortalité.
La période de 1832 à 1855 se répartit ainsi :
8 années................., 0 décès par scarlatine, Et ON RAR PES SE ST — 4 années (1837-40-:8-19)..., mortalité plus élevée.
Depuis quelques années, elle tend notablement à augmenter. Pour toute l'Angleterre, elle a donné, de 1847 à 1862, 15 000 décès par an, soit 1/20 de Ja mortalité.
En 1834, elle a causé plus de décès que la première épidémie du choléra. — En 1863, elle tue 30475 individus, soit 1,48/1000 vivants.
Dans la Suède, le Danemark, la Finlande, la scarlatine est fréquente et grave. Elle s'atténue vers l’est et le nord est d'Europe ; ainsi en Allemagne et en Russie, elle n’est pas plus fréquente qu’en France ; dans le nord de l'Amérique, elle se comporte comme au nord de l’Europe; au Canada, elle est aussi meurtrière qu’à Londres et à Edimbourg ; à Philadelphie, elle cause, proportionnellement au nombre des babitants, 20 fois plus de décès qu'à Paris; aux Etats-Unis, la mortalité par fièvre éruptive étant 8,83/100 décès, la rougeole figure pour 1,09/100; la variole pour 0,35/100 ; et la scarlatine pour 7,41/100.
Dans l'Orient, la scarlatine est à peu près inconnue; elle n'existe en Perse que depuis 1869 à 1870.
Quant à la saison, c'est l'automne qu’elle préfère : Hirsch a noté, sur 100 épidémies : au printemps 21, en été 24, en automne 30, en hiver 25.
Ce qu'il y a de remarquable, dans l’histoire de la scarlatine, c’est la gravité inégale des épidémies. A l'inverse de ce que l'on voit généralement, la gravité de la maladie semble augmenter avec l’ancienneté de son existence, alors que, pour d’autres épidémies, c'est le contraire qui a lieu. Ainsi Sydenham regardait la scarlatine comme très fréquente, mais très peu grave : (On n’en « meurt, disait-il, que lorsque le médecin la prend trop au sé- « rieux et la soigne nimis docte. » La même opinion régnait en Saxe au siècle dernier, lorsqu'une épidémie fit périr 40 000 victimes. De même, en France, Bretonneau, qui n'avait jamais vu mourir un seul scarlatineux de 1793 à 1822, dut changer d’opinion en 1824, en présence d’une violente épidémie qui sévit à Tours, et ce médecin distingué finit par ranger, au point de vue de la gravité, la scarlatine à côté de la peste.
Nature. — En 1762, Plenciz (de Vienne) plaçait la cause de la scarlatine dans des corpuscules animés; Coze et Feltz ont trouvé dans le sang des scarlatineux des myriades de bactéries, auxquelles Riers à donné le nom de Bacterium punctum. Is ont fait mieux : ils ont injecté un peu de sang scarlatineux à des lapins, qui sont
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