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IV. — Les fossiles

Bien que les matériaux des roches sédimen taires soient le gravier, le sable ou le limon, elles contiennent souvent aussi d'autres choses tout aussi intéressantes et importantes. Voici

Fig. 12. — Morceau de schiste portant un fragment de fougère.

par exemple deux plaques de schiste (fig. 12 et 13) dans lesquelles vous pouvez voir certains objets très différents du sédiment ordinaire qui constitue la pierre. Rendons -nous compte de ce que sont ces objets et de la façon dont ils ont été incrustés dans la pierre.

Geikie. — un. 5

Commençons par l'échantillon de la figure 12. La pierre elle-même n'est qu'un fragment de schiste commun, formé des mêmes matières et stratifié de la même façon que notre premier spécimen de cette roche.

Quel est donc cet objet noir couché sur la face supérieure de la pierre? Vous voyez immédiatement qu'il a la forme d'une plante et que cette plante semble faire partie de la tribu des fougères. Examinez-la plus attentivement, suivez le réseau délicat des feuilles, et vous serez convaincu, bien qu'elle ait perdu sa souplesse et sa fraîcheur, que ce fut autrefois une fougère vivante. Elle s'est changée en une substance noire qui, en l'étudiant attentivement, ressemble à de la houille. De petits fragments, des couches minces de cette même substance charbonneuse peuvent se rencontrer dans le morceau de schiste. Si vous placez un peu de cette substance sur la pointe d'un couteau pour l'exposer au feu, la matière noire brûlera, tandis que les grains de sable ou d'argile resteront intacts. Ces fragments et ces couches ne sont évidemment que les feuilles et les débris de différentes plantes engîbbées en même temps que la fou-

gère plus grande et mieux conservée. Comment ces plantes ont-elles pu se loger au cœur d'une pierre solide ?

Pour le comprendre, nous devons revenir encore à ce que la nature exécute de nos jours. Vous vous rappelez que le courant d'eau, en descendant la pente du chemin, entraînait parfois des fétus de paille, du bois, du papier, ou tout autre objet à sa portée. De ces objets, les uns se perdaient dans l'égout le plus proche, d'autres se déposaient au fond de notre petite mare. Jetez de nouveau les yeux sur la section que nous y pratiquâmes (fig. 10), et vous trouverez de petits éclats de bois, de la paille, des brins de gazon au milieu du sable fin et de la boue laissée par la pluie. Ces objets sont couchés à plat entre les couches minces de sédiment, dans la position même qu'ils occupaient en arrivant au fond. La pluie peut donc entraîner des feuilles ou d'autres parties de plantes et les déposer dans une mare, où elles se stratifient avec le limon, où elles s'interposent en d'autres termes entre ses couches et sont recouvertes par elles.

Voyez encore ce qui se passe le Jong des rives

ou à l'embouchure d'un fleuve : les feuilles, les branches et les autres objets emportés par le courant finissent par tomber au fond, où ils s'incrustent et sont peu à peu recouverts par l'accumulation croissante du sable et du limon. En creusant dans l'eau de ces dépôts voisins du bord, on peut trouver des lits de feuilles et de brindilles stratifiés de la même façon que le sédiment qui les enveloppe. Ces dépôts de végétaux flottés forment souvent une part importante des accumulations qui constituent le delta d'un fleuve.

Il doit arriver continuellement qu'avant d'être assez saturés d'eau pour s'enfoncer, les feuilles, les branches ou les troncs d'arbre soient emportés jusqu'à la mer. Ces débris peuvent alors flotter à de longues distances du rivage avant de tomber au fond et d'être entassés dans le limon et dans le sable. Ainsi donc, soit dans le lit des fleuves, soit au fond des lacs ou de la mer, les restes des plantes terrestres tombent constamment au milieu des dépôts sédimentaires en voie de formation.

Vous comprenez maintenant comment il est possible que des branches de fougères ou de

toute autre plante terrestre puissent se rencontrer au cœur d'une pierre solide comme notre morceau de schiste. La pierre n'était d'abord qu'un sédiment déposé sous l'eau, et les plantes fragmentaires, entraînées loin de l'endroit où elles croissaient, finirent par s'enterrer dans ce sédiment. A mesure que le limon acquérait la dureté du schiste, la substance de la plante s'altérait et se transformait en houille. Vous verrez plus loin que la houille est composée de végétaux qui, ensevelis autrefois sous de grandes masses de sédiment, ont pris peu à peu l'aspect de cette substance noire et luisante que nous connaissons tous.

Ce ne sont pas seulement des plantes que l'on trouve encastrées dans les roches sédimentaires. Voici par exemple (fi g. 13) un morceau de schiste où Ton remarque un grand nombre de coquilles et d'autres restes d'animaux, principalement de trilobites, petites créatures marines appartenant à la même famille que le crabe commun et le homard. Inutile de vous dire comment ils y sont venus. Vous savez que tout ce qui se trouve au fond de la mer ou d'un lac sera recouvert par le sédiment. Les restes

de coquillages, de coraux, de poissons ou de tout autre animal vivant dans l'eau, tombent au fond à la mort de cet animal et viennent s'incruster dans les dépôts de limon ou d'autre matière qui se forment en cet endroit. C'est évidemment de cette façon que les coquilles

Fig. 13. — Morceau de schiste portant des restes d'animaux.

et les coraux de notre morceau de schiste furent préservés.

Avez-vous jamais regardé les petites mares d'eau de mer laissées sur une plage rocheuse après le reflux? Comme elles sont pleines de vie! Ce ne sont que touffes de varech, groupes d'anémones de mer aux brillantes couleurs, mollusques

attachés aux parois, et vous apercevez tout au fond de petits crabes qui veulent se dérober à votre vue, en compagnie d'une foule d'autres êtres marins dont vous ignorez les noms. Avec un peu d'attention, vous observez que certaines coquilles du fond sont vides, leurs habitants étant morts, et qu'à côté d'elles se trouvent également les restes d'autres animaux.

Vous ne devez pas supposer que le fond de la mer est identiquement le même que le fond d'une de ces -mares de la plage. Les plantes et les animaux de ces mares sont ceux qui vivent près du rivage ou dans les parties peu profondes de la mer ; les parties plus profondes ont leurs plantes et leurs animaux propres. Cependant, bien que ces êtres vivants diffèrent grandement d'un point à l'autre de l'Océan, quoiqu'ils puissent même manquer entièrement sur quelque partie dénudée de sable, de pierre ou de gravier, le fond de la mer ressemble au moins au fond de la petite mare du rivage, en ce qu'il fourmille d'animaux vivants et de débris d'animaux morts. Les dépôts de sable et de limon qui s'y accumulent doivent donc contenir en abondance les restes de ces créatures.

Si les débris de plantes et d'animaux sont ainsi ensevelis dans les dépôts de sédiments qui s'amassent de jour en jour au fond des lacs ou de la mer, nous pouvons être sûr que le même fait s'est produit aux époques passées, et que les roches sédimentaires, sédiment durci des lacs et des océans anciens, doivent aussi contenir des restes de plantes et d'animaux. Elles en contiennent en abondance. Certains grès, certains schistes, d'autres roches sédimentaires, rappellent par l'abondance de ces débris la vie qui pullule aujourd'hui sur tous les points du fond de la mer.

Toute partie de plante ou d'animal inscrustée dans une roche s'appelle fossile. La fougère de la figure 12, les coquilles et les trilobites de la figure 13 sont des fossiles. Nous nous occuperons dans le chapitre suivant de quelques questions que les fossiles nous permettent de résoudre.

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