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CHAPITRE PREMIER

La dénudation ploviaire.

Le travail mécanique de la pluie.

Par le fait seul de sa chute, la pluie détermine sur le sol un travail qui se traduit souvent par la désagrégation des roches et le déplacement des particules détachées. C'est ainsi que, sur certaines substances, chaque goutte laisse une dépression, et il est facile d'évaluer la dépense de force que cette empreinte représente.

On trouve, à divers niveaux géologiques, le contremoulage de pareilles empreintes et leur découverte contribue à nous éclairer sur les conditions météorologiques des époques passées. Ces accidents peuvent très aisément être reproduits par Texpérience. Déjà Marcel de Serres en 1832 * mettait sous les yeux de l'Académie des sciences un morceau d'argile sur lequel il avait produit des empreintes semblables au moyen

1. Comptes rendus des séances de VAcadémie des sciences^ t. [V, p. 106.

LA l)ÉNi:i)ATII)N PLLVIAIRE

d'une pluie artificielle. On peut voir dans la collection

de Géologie expérimentale du Muséum d'histoire

naturelle des spécimens obtenus de la même manière.

En les préparant, M. Stanislas Meunier a pu préciser

les causes des déformations fréquentes des gouttes de pluie géologiques. Dans les cas les plus fréquents, ces déformations tiennent à l'obliquité sous laquelle le petit sphérule d'eau est venu frapper la matière plastique. Des gouttes lancées obliquement par exemple par une disposition indiquée dans la fig, 1 ci-dessus, donnent des détails tout à fait semblables. 11 en résulte

que les empreintes elliptiques peuvent être regardées ' comme représentant des coups de vent fossiles. On voit dans la figure des types divers de dépressions obtenues soit isolées, soit groupées de diverses manières,

réalisées dans la nature. Un point intéressant à noter, c'est qu'on obtient des dépressions très nettes même quand l'argile ramollie est recouverte de plusieurs millimètres d'eau. Les dépressions obtenues ont alors des caractères spéciaux qui pourront préciser les observations sur les gouttes de pluie paléontologiques. Des expériences spéciales ont été disposées pour

40 LA DÉNUDATION PLUVIAIHE

étudier la faculté de transport des eaux pluviaires, c'est-à-dire tombant sur le sol, et abstraction faite de ce qui peut concerner leur ruissellement sous la forme d'eaux sauvages.

L'appareil adopté ici par M. Stanislas Meunier n'est autre que la « pomme » de l'arrosoir ordinaire des jardiniers, dont les trous ont le diamètre et l'écartement convenables (fig. 2).

Si on fait tomber une pluie factice sur un mélange de particules diverses par la taille, par la forme ou par le poids, on voit tout de suite que chaque catégorie éprouve dés effets différents. Les petits grains légers sont emportés les premiers et les plus lourds résistent le mieux. Les éclats rocheux plats, disposés horizontalement, jouant le rôle de parapluie, se constituent très rapidement en chapiteaux de petits pilastres ayant avec les « cheminées des fées » les analogies de forme les plus complètes *.

L'étude de ces petits spécimens (fig. 3), si simples qu'il pourrait paraître superflu de les préparer, a un grand intérêt au point de vue de l'idée qu'il convient d'adopter quant au mécanisme de la dénudation subaérienne, et, comme on le verra bientôt, en ce qui concerne le grand phénomène du creusement des vallées. C'est à ce point de vue surtout qu'il convient de constater que les cheminées des fées ne peuvent résulter

1 . En mélangeant d'une certaine quantité de plâtre en poudre la matière caillouteuse sur laquelle on opère, on obtient des spécimens qui se conservent facilement. On en verra de ce genre dans la Collection de Géolog-ie expérimentale exposée au Muséum d'histoire naturelle : ils ressemblent à des miniatures des accidents naturels.

que de pluies peu écartées de la verticale et qu'elles ne sauraient subsister que là où les eaux de ruissellement ne sont pas trop abondantes. Le moindre courant transversal d'eau les désagrège et les détruit : leur

présence sur les flancs d'une série de vallons dans les pays de montagnes, comme à Saint-Gervais de la Haute-Savoie, à Ritton près de Bautzen, sur le Fînsterbacli, aux Etats-Unis, sur-le Zuni-Plateau, Nouveau- Mexique, où M. Dutton les a étudiées', montre avec évidence que, contrairement à l'opinion émise souvent, les vallées ne sont pas Tœuvre de torrents ou de forts courants d'eau. Elles sont le produit d'une sorte de ciselure très délicate de la surface du sol par des eaux incapables du transport horizontal de masses un

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