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LA FORMATION DES DELTAS

qu'il ioiporte d'autant plus de mentionner qu'elles ont été précisées d'une façon remarquable par la méthode expérimentale.

Malgré l'exagération possible des conclusions qu'on en a tirées, il est juste de faire remarquer qu'elles ont conduit à modifier du tout au tout, au profit de la doctrine actualiste, le point de vue naïf et étroit qui faisait autorité pour tout le monde, ayant été formulé par Elie de Beaumont. D'après ce savant, qui d'ailleurs n'était en ceci que l'écho de Dolomieu, l'époque actuelle serait ÏÈr^e des deltas^ comme elle serait (et tout aussi inexactement) l'ère des dunes et l'ère des volcans à cratères.

Après avoir étudié expérimentalement les deltas, on a reconnu qu'il y a eu des formations analogues dès le début des époques sédimentaires — comme on a reconnu aussi qu'il y a eu des volcans et des dunes de tous les âges. La ligne de démarcation entre le passé et le présent n'a pas tenu debout une minute, devant l'étude impartiale des faits.

Les deltas sont avant tout formés de dépôts fluviatiles, mais leur dépôt est de cause marine ou lacustre, ayant été déterminé par la perte de force vive des cours d'eau pénétrant dans un large bassin, perte à laquelle correspond nécessairement une diminution correspondante des facultés de charriage.

Quoique les ensablements de bien des ports aient pu être regardés comme des expériences accidentelles concernant les formations deltoïdes, les recherches de M. Fayol méritent d'être citées au commencement de ce chapitre de la Géologie synthétique.

Elles concernent : d^une part la forme générale du dépôt et d'autre part sa structure; et elles ont été réalisées soit à Taide de petits appareils de laboratoire, soit au moyen d'un ruisseau dont les eaux pouvaient être chargées de troubles et d'un bassin de déversement qu'il était loisible d'assécher pour en examiner les dépôts.

Il suffît parfois d'une heure pour amener la constitution de deltas qui, comme le montrent les dessins publiés par l'auteur, présentent avec des formations naturelles les ressemblances de forme les plus intimes. Le delta du Mississipi et en particulier sa portion connue sous le nom de Passe à l'Outre, ont été imités scrupuleusement.

M. Stanislas Meunier a, de son côlé, utilisé les dispositions présentées par la plage de Saint-Lunàire, pour provoquer des dépôts tout pareils et dont beaucoup semblaient des réductions de localités naturelles.

Pour ce qui est de la structure des deltas, il y a à distinguer ce qui concerne, d'une part, la forme des couches dont ils sont constitués et, d'autre part, le triage subi par les matériaux qui les composent.

M. Fayol, faisant arriver dans une caisse pleine d'eau un cours d'eau de 10 litres par seconde et charriant des matières jetées à la main à quelques centimètres à l'amont de la chute, reconnut d'abord que la pente de chaque dépôt est liée, pour une même matière, à la grosseur des grains.

Avec du sable ayant successivement un diamètre de 2 à 4 millimètres, puis de 1 à 2, puis de 1/2 à 1, puis

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enfin de 1/10 à 1/4 de millimètre, on eut des pentes égales, dans le premier cas à 38 degrés, dans le second à 36, dans le troisième à 34 et dans le quatrième à 31. Des poussières impalpables s'étalèrent sous un angle de 2 degrés. En somme les pentes, toutes choses égales d'ailleurs, tendent à être plus faibles qu'en eau stagnante.

Mais le point le plus fécond en conséquences concerne les triages qui se font dans la masse du delta, quand le cours d'eau générateur est chargé de substances hétérogènes. M. Fayol a montré comment le résultat produit peut simuler, par la superposition de fins feuillets obliques, dans chacun desquels le triage s'est réalisé, une sédimentation horizontale constituée par des couches très nettement distinctes. La Géologie du bassin de Commentry a été élucidée par ces expériences, qui paraissent devoir s'appliquer aussi à l'explication d'autres gisements de houille.

11 importe de souligner, à cette occasion, d'abord l'identité de structure des deltas torrentiels avec les deltas fluviaires et, d'un autre côté, le contraste présenté avec eux par les cônes de déjections.

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