CHAPITRE ni
Les tremblements de terjre.
Si les expériences nous procurent un certain nombre de renseignements sur Tallure du phénomène volcanique, elles ne sont pas moins efficaces relativement aux tremblements de terre qui y sont liés souvent d'une manière si intime.
La sismologie est un chapitre qui à diverses reprises, et par plusieurs personnes, a été abordé expérimentalement.
On peut même commencer par mentionner des expériences accidentelles du genre de celles que nous signalions dans notre Introduction. Du nombre sont des explosions dont les effets imitent ceux des tremblements de terre. A Paris, en septembre 1794, l'explosion du dépôt des poudres de Grenelle laissa des traces signalées par Arago en 1839 à l'hôtel Soubise qu'on était en train de réparer, tels que des fûts de colonne ayant tourné sur eux-mêmes et présentant les analogies les plus remarquables avec les effets classiques des tremblements de terre. Ces faits tirçnt
un intérêt très direct de la connaissance exacte du point de départ de l'impulsion et de Ténergie dynamique dépensée. A Paris, en mai 1871, l'explosion de la poudrière du Luxembourg procura aussi des faits intéressants que M. Stanislas Meunier a observés immédiatement. Du nombre sont des crevasses ouvertes et refermées dans les murs avec tant de soudaineté que des vêtements, suspendus devant ces murs et poussés par le courant d'air, s'y encastrèrent et ne purent en être retirés. C'est la reproduction d'un fait qui fréquemment accompagne les secousses sismiques.
Parmi les expériences rationnelles on peut mentionner celle de 31. Fouqué sur la propagation des ondes sismiques dans le sol. C'est au Creusot qu'il a étudié ainsi de vrais tremblements de terre artificiels, déterminés par la chute du gros marteau-pilon.
Mais il convient dans ce chapitre de faire une place 5 part à des expériences que M. Stanislas Meunier a réalisées en vue de contrôler une théorie sismique qui s'appuie sur des faits déjà indiqués tout à l'heure au sujet du mécanisme de l'introduction de l'eau dans les profondeurs par la chute de matériaux hydratés. A cet égard, il faut remarquer que l'occlusion de la vapeur dans les roches fondues, où elle se dissout en leur communiquant des propriétés foisonnantes, n'est pas le seul cas qui se puisse présenter.
La chute peut aussi avoir lieu dans des régions plus ouvertes, moins comprimées, où le dégagement subit de l'eau en vapeur ou sous la forme de ses éléments dissociés, affecte la forme d'une véritable explosion.
Dans ce cas, à chaque chute doit correspondre un choc et il est facile de montrer comment les principales conditions sismiques sont expliquées de cette façon.
Par exemple, M. Stanislas Meunier a fait remarquer * comment une communication de M. Arturo Issel sur les tremblements de terre éprouvés en 1893 dans Fîle de Zante, renferme une série de détails qui confirment la théorie sismique qui vient d'être indiquée. Dans cette manière de voir, la puissance mécanique, subitement développée, dans les profondeurs de la croûte terrestre, résulte de la volatilisation brusque, et peut-être delà dissociation, d'eau précipitée verticalement dans les régions très chaudes, sous la forme de rhumidité qui imprègne des blocs rocheux s'écroulant sur les parois des grandes failles. Les conditions géologiques des pays à tremblements de terre, toujours situés en des zones disloquées, s'accommodent en effet de cette hypothèse, qui explique aussi la soudaineté des chocs et des secousses, l'inégale énergie des impulsions successives et les intervalles inégaux qui les séparent, leur multiplicité, qui peut être considérable dans le même lieu en un temps fort court, et le déplacement progressif du centre d'ébranlement, qui peut cheminer le long des lignes de failles, comme si des tiraillements s'y. propageaient avec leur cortège de désagrégations et de crevassements.
M. Stanislas Meunier ajoute que le mode bien connu
1. Comptes rendus de t Académie des sciences, séance du 4 juin 1894. St. MEUNien. — Géol. cxp. 18
d'ouverture des failles et la présence constante entre leurs lèvres de fragments rocheux que la pesanteur y fait tomber comme on Ta vu p. 261, rendent inévitable la réalisation dans les profondeurs du mécanisme qui vient d'être rappelé. Or, en lisant les descriptions de M. Issel, on y retrouve tous les caractères qui doivent nécessairement accompagner, si elle est réelle, la précipitation de blocs rocheux dans le vide des failles et l'explosion subite de l'eau dont ils étaient imprégnés. C'est ainsi que, suivant l'observateur italien, les secousses normales semblaient toutes produites par une cause commune agissant au-dessous d'un point situé en mer, au sud-ouest de l'île, à quelques kilomètres du cap Kerri. C'est ainsi que les détonations, semblables à des coups de canon et ressemblant quelquefois aussi « au fracas des bulles de gaz qui éclatent dans les cratères volcaniques », étaient très nombreuses avant et après les grandes secousses. C'est ainsi, enfin et surtout, que les chocs ressemblaient à l'effet produit par la chute d!un corps lourd sur un sol un peu élastique et mou. L'un de ces chocs a été signalé le 31 janvier, un peu avant la première secousse.
On reconnaîtra d'ailleurs qu'il n'y a aucunement besoin de supposer des vastes cavités souterraines et que le vide des failles est assez large pour que le phénomène s'y développe. On trouve, en plein granit et en plein gneiss, des brèches de failles qui suffisent à montrer la réalité des conditions qui viennent d'être supposées.
Mais ce qu'il importait de faire, c'était de rendre sen-
sibles, par la méthode expérimentale, les explosions de matériaux hydratés et leur efficacité pour déterminer
des secousses analogues, toutes proportions gardées, aux convulsions sismîques.
C'est ce que M. Stanislas Meunier a fait avec le petit appareil de la figure 42. C'est un petit four à moufle comme on en emploie pour les calcinations, mais dont la sole se prolonge en avant sous forme
d'une tablette horizontale m. On y dépose une mince couche de sable fin et un fil à plomb très lourd /'vient y mettre la pointe de sa masse. Quand le moufle est chauffé au rouge, on y introduit, à Taide d'une pince, des fragments d'argile ne renfermant plus que quelques centièmes d'eau, et Ton constate au bout d'un instant, une et quelquefois plusieurs explosions. A chacune des secousses le fil à plomb, constituant un vrai sismographe, inscrit une courbe dans le sable, et la ressemblance avec le phénomène naturel ne peut manquer de frapper l'esprit par son exactitude.
L'explosion des blocs d'argile, encore un peu humide quoique paraissant sèche, quand on les met dans l'enceinte chauffée au rouge, est tout à fait remarquable par son intensité et justifie pleinement la supposition émise tout à l'heure. L'impulsion brusque qu'elle produit et la facilité avec laquelle elle peut se répéter à chaque bloc introduit, reproduisent aussi les particularités les plus saillantes du phénomène sismique.