‹ La Gloire du verbe, 1885-1890Chapitre 6 sur 34 · UN CHŒUR D'ANGES · texte numérisé non relu

UN CHŒUR D'ANGES

Enfants, les deux songes, blancs de lys et de vierges Plus blêmes que la cire odorante des cierges, Et les jardins semés d'étoiles, les sommets D'hermine chaste et de candeurs impolluées Mirés aux lacs ou vont les cygnes des nuées, Enfant, les deux songes seraient clos à jamais.

Arrière, le troupeau neigeux d'immaculées ! Vers V amoncellement des glaces reculées, Les rouges Kéroubim vous repoussent du seuil Eblouissant : les crins de votre âpre cilice Vous sont une moelleuse et royale pelisse : Votre virginité n'est ivre que d'orgueil.

Arrière ! le blé mur épars des Madeleines ; Epars sur les pieds nus avec les urnes pleines, Brûle seul dans la sainte auréole de feu. Dans le brasier de Christ, avivé de colères, Vous fondrie^, ô froides fleurs des soirs polaires Qui ne parfume^ pas les hommes avant Dieu.

Lorsque le Rédempteur eut brisé les statues D'autrefois, parmi lès colonnes abattues, Ll laissa reverdir, seul d 'entre les Maudits, Erôs, et lui donna pour royaume la Terre : Immortelle, la soif des lèvres vous altère, Et V enfer des baisers vaut notre paradis.

Va ! V Olympe aboli revit dans votre race ; La meute des désirs vous poursuit à la trace,

Les Mythes ^g

Et vous n'évite^ pas les flèches de V Archer. Prends garde d'oublier les deux songes, 6 vierge : V amour à V horizon de ta jeunesse émerge ; T ai vu, dans V Orient, V invincible marcher.

La jeune fille éperdue des paroles ouïes et béante d'horreur mystique invoque, en balbutiant, Madame Marie qui sourit, doucement couronnée d'astres, au fond d'une fresque byzantine, et des cimes de Vaqur tend les mains vers un vol d'âmes en peine : vexite ad me dilect.e; meje.

Je ne sais plus si c'est mon rêve que f écoute, Ou si la source en moi s'infiltre goutte à goutte Oui ruisselle des luths et des psaltérions, Et si f entends le Diable ou les Anges. Prions.

Tueuse du serpent, Reine du bleu stellaire, Le dérobeur d'épis maraude autour de Vaire : Le voleur drames vient des abunes et fuit : Chasse{ le tentateur et le rôdeur de nuit.

Tandis que s'égrènent les litanies, un fracas assourdi d' armures irradiées glisse lentement, entre les tentures héroïques oh s'enchevêtrent de fu< rieuses mêlées.

jjo La Gloire du Verbe

la jeune fille, éveillée en sursaut des prières, se lève frissonnante vers son père et le guerrier convulsif brûle ses mains de caresses, de caresses incestueuses et brutales.

Et V enfant hurlante s'arrache des baisers sacrilèges. Elle va jusqu'à la grand'' salle oh le serviteur courbé fourbit les larges glaives et les panoplies,

Page 1