ANATOMIB DE L* ORGANE VOCAL
Dans rinstmment vocal, nous avons à étudier, en premier lieu, le larynx qui fournit les vibrations sonores; ensuite, le porte-vent ou tube aérien composé de bronches et de la trachée, et le tuyau de renforcement qui 8*étend depuis Textrémité supérieure du larynx jusqu'aux lèvres et aux narines.
Le larynx se trouve situé dans la partie supérieure et antérieure du cou, dont il occupe à peu près le tiers supérieur.
Tout de suite après en arrière et au-dessous de la langue, au niveau de la saillie extérieure qu'on appelle vulgairement pomme d'Adam, le canal de la gorge se biftarque pour former deux conduits verticaux l'un devant l'autre; le premier est l'œsophage qui mène les aliments à l'estomac, et le second la trachée artère ou tube aérien qui conduit l'air aux poumons.
Ce dernier, au niveau de cette saillie extérieure, s'élargit en forme d'entonnoir, et dans cet entonnoir se trouve, composé par des cartilages mobiles, l'organe appelé larjmx. Son orifice supérieur se montre dans la cavité pharjnigienne au-dessous de la base de la langue ; par sa partie postérieure, il se réunit avec le pharynx, dont il forme la paroi antérieure, et sa partie antérieure est recouverte par les muscles et par la peau.
La forme du larynx est celle d'une pyramide triangulaire dont la base serait tournée en haut et le sommet en bas. Cette pyramide a pour charpentes des cartilages mobiles les uns sur les autres, articulés et maintenus par des parties fibreuses, et mis en mouvement par différents muscles préposés ; l'intérieur est recouvert par la même muqueuse, que tapisse toute la surface des voies respiratoires.
Pour nous rendre un compte exact du fonctionnement de cet organe, il me parait nécessaire d'étudier séparément chacune des parties dont il se compose ; nous allons donc les passer successivement en revue.
Je parlerai d'abord des cartilages et flbro-cartilages ; ensuite des muscles et des articulations, de la glotte et des cordes vocales, de la muqueuse laryngienne, des ventricules, des glandes, des vaisseaux et des nerft.
Dans l'organe humain, les cartilages du larynx sont au nombre de quatre : deux impairs, le thyroïde et le cricoïde placés sur la ligne médiane, et un autre pair appelé les arythénoïdes, qui se trouvent au-dessus du cricoïde de chaque côté de la même ligne.
Le cartilage thyroïde (de Ov/moç, bouclier) occupe la partie supé-
M AHATOUnE MB L'OBOAS» TOCAL
rieore et antérieim da larjnx; il est fiarmé des deax lames qui yiennent se jcHodfe i la partie antérieure oi faisant on angle d'enrircm 70 degrés* n a deux bées, denx bords liorizontanx» deux bords rerticanx et qnatre an^es ; la fiiœ antérieore est convexe, la postérieure concare.
I^a bice antérieure présente, sur la ligne médiane, la saillie anguleuse formée par la réunion des deux lames latérales; i scm extrémité supérieure, cette saillie forme une écbancrure proémi* nente ; de chaque cdté de cette saillie médiane partent les deux lames latérales, partagées chacune en deux parties inhales par une ligne rugueuse qui est dirigée obliquement en bas et en avant. Cette ligne, qui réunit les muscles stenuMliyroldien et thyro-hyoUdien, possède à ses deux extrémités deux tubercules : le tubercule supérieur et le tubercule inférieur. La partie du thyroïde que cette ligne limite en avant se trouve recouverte par le stemo-thyroïdien, et la partie postérieure, beaucoup plus petite que Ut partie antérieure, se trouve recouverte par le constricteur inférieur du pharynx. Très-souvent on voit, dans la partie inférieure et postérieure de cette lame, un petit trou qui donne passage à un rameau nerveux.
La face postérieure du thyroïde présente, au contraire, sur la ligne médiane, un angle rentrant ; au niveau du bord supérieur, cet angle donne insertion à Tépiglotte; et un peu plus bas, vers le milieu de sa hauteur et Jusqu'au bord inférieur, aux cordes vocales inférieures et aux muscles thyro-arythénoKdiens. La partie antérieure des laces latérales se trouve en rapport avec les ligaments thyro^arythénoldiens supérieurs, avec les ventricules et avec les muscles thyro-arythénoKdiens et crico-arythénoldiens latéraux. La partie postérieure que recouvre la muqueuse {duiryngienne contribue à la formation des gouttières latérales du larynx.
Les bords horisontaux, le supérieur d'abord, est altemativeroent concave et convexe ; concave en avant et convexe légè* romont sur les côtés, au niveau des lames latérales; en avant, il est concave on formant le Y, qui constitue Féchancrure thyroïdienne, ot, sur les côtés, il s'infléchit de nouveau vers son extrémité postérieure, constituant encore la moitié â*un Y qui se termine par une partie appelée la corne supérieure. Le bord supérieur donne attache tout en long au ligament hyo-thyroldien. Le bord inférieur horiiontal, plus petit que le supérieur, a, lui aussi, une
ÂNATOMIB DE LOROÂNB VOCAL 87
écbancrure sur la ligne médiane, mais moins considérable. Vers le niyean du milieu des faces latérales se trouve une saillie anguleuse, le tubercule inférieur, depuis lequel le bord devient régulièrement concave.
Les bords verticaux, — bords postérieurs^ — sont dirigés pourtant un tant soit peu obliquement de haut en bas et de dehors en dedans; ils donnent attache aux muscles stylo-pharyngien et pharingostaphylin, ainsi qu'au constricteur inférieur.
Les quatre angles, — deux supérieurs et deux inférieurs, — sont constitués par des prolongements ou appendices qu'on appelle généralement cornes supérieures et cornes inférieures. Les cornes supérieures, beaucoup plus grandes que les inférieures, sonttrèsdéveloppées chez les animaux. Dans l'homme, elles ont en moyenne une longueur de 25 millimètres. Les cornes inférieures sont à peu près de la moitié moins longues ; en avant, elles sont concaves, et, à l'extrémité de leur partie interne, elles s'articulent avec le cricolde.
Plusieurs savants anatomistes, entre lesquels je dois citer M. Sappey, affirment que le cartilage thyroïde est formé de trois parties distinctes : deux latérales et la partie médiane ; « cette partie, extrêmement petite, s'étendrait, sous forme d'un petit losange allongé de haut en bas, de l'échancrure supérieure à l'échancrure inférieure, ofi!rant des angles latéraux un peu émoussés ».
La grandeur du cartilage thyroïde varie suivant le sexe et les Âges des individus ; au moment de la naissance, elle mesure à peine 8 millimètres depuis l'échancrure jusqu'au bord inférieur, tandis qu'après le développement complet du larynx, de vingtcinq à trente ans, elle mesure 2 centimètres et 2 ou 3 millimètres. Cette hauteur ne dépasse jamais, chez la femme, de 15 à 16 millimètres.
La hauteur des lames est en moyenne, chez l'homme, au niveau du tubercule' inférieur de 0^,025.003 ; chez la femme, elle n'est que de 0'°,02. Dans la mesure de l'échancrure, la même différence proportionnelle existe entre l'homme et la femme ^
Le cartilage cricoïde (de x/}ixoç, anneau) a, comme son nom l'indique, la forme d'un anneau assez large de bord ; il se trouve situé entre les deux lames du thyroïde et au-dessous de lui ; par
< Edouard Foornië, Op. cit.
AMAnma db t^am&àME tocal
» mrfaee externe, il dooae attadie an principaax muacleB qui meUeiit en mont e ieut les dillërenlea pians du larimx ; sa sarbee interne ert en partie recottrerte par la manfenuie nraqueiiae du larjmx*
Dans «a dreonférence mpérienre^Tera la partie médiane poetèrieore, on roit mie Ugèare éehancnire, et pins ea aTant, tout à fiiit mr le eMé» eette dioonlérence préaenie denx fiioettes oUongueêf légèrement conTexea, où ce cartilage s'articule avec Tary* thénoîde; après ces &cette8,elle s^âargit, présentant une surface dednq à six millimètres, sur laquelle prennent inserti<m les muscles crico-arytbénoldiens latéraux ; dans Fespace restant vient s'insérer le muscle crico-ibyroldien.
Par sa circonférence inférieure, le bord donne insertion au ligament qui Tarticule avec le premier anneau de la trachée artère. Cette circonférence, convexe en avant et concave sur les cMés, devient ensuite horizontale dans sa partie postérieure.
I^es cartilages arythénoîdes ont la forme qui justifie leur nom (a/9v6acy«, eutonuolr) ; ils sont placés dans la partie supérieure et antérieure du cricoKde.
Ils présentent trois faces : une antéro^xteme qui est divisée en deux parties par une crête, dont la première, la partie supéricure, donne attache au ligament thyro-arythénoKdien supérieur et adhère à ia glande arythéno'ldienne, et la seconde, la partie inférieure, aux fibres du thyro-arythénoidien ; une face postérieure qui est concave et qui insère dans toute son étendue le muscle arythéno'Idien,et une fiEtce interne légèrement convexe qui recouvre la muqueuse laryngienne.
Le sommet de ces cartilages se termine en pointe, et souvent cette pointe se continue par deux noyaux cartilagineux qui, se dirigeant en bas et en dehors, prennent la forme d*une corne, et qu*on appelle pour cela cartilages corniculés, ou cartilages de Santorini ; quelquefois, ces deux noyaux sont seulement unis aux arythénoîdes par un tissu fibreux.
A leur base, ils présentent en arrière la forme d'une fossette ou ellipse où 8*insère la petite tète du cartilage crico'ide ; de cette base partent deux apophyses : Tune qui donne attache aux muscles crico-arythénoïdiens, située à la partie postérieure externe; Vautre antérieure et interne, qui donne attachepar son extrémité aux ligaments thyro-arjrthénoïdiens.
ÀNATOMIB DE l'oRQANE VOCAL 89
Les fibr(hcartilages du larynx sont : Vépiglotte et les flbrocartilages des glandes arythénoldiennes.
La première est une lame flbroKsartilagineuse qui se trouve dans la partie supérieure et antérieure du larynx, en arrière de la base de la langue; sa forme est celle d'une feuille de pourpier dont la base arrondie est en haut et le sommet plus mince en bas; placée dans l'ouverture supérieure de l'organe vocal, elle est destinée à le fermer pendant la déglutition, pour empêcher l'entrée d'aucun corps étranger. La partie supérieure de sa &ce antérieure est recouverte par la muqueuse, qui l'unit à la langue par un repli, ainsi qu'aux arythénoïdes. La partie inférieure est unie i l'os hyoïde et au thyroïde par un lacis de faisceaux fibreux.
Les fibro-cartilages des glandes arythénoldiennes se trouvent dans l'épaisseur du repli arythéno-épiglottique et en avant des cartilageii arythénoïdes. Leur forme est très-variable et quelquefois ils manquent absolument.
Parlons maintenant des muscles.
Le larynx possède beaucoup de muscles, si nous tenons en compte le petit volume de cet organe. On les divise généralement en muscles extrinsèques et muscles intrinsèques ; les premiers sont ceux qui donnent les mouvements généraux ou de totalité et qui sont insérés d'un côté sur l'organe vocal, et de l'autre sur les parties voisines ; et les seconds sont ceux qui sont fixés sur les différentes parties de cet organe.
Les muscles extrinsèques sont cinq : les thyro-hyoldîens, les sterno-th3rroldiens et les trois faisceaux que le constricteur inférieur du pharynx envoie distinctement au cricolde et au thyroïde.
Les muscles intrinsèques sont neuf: un impair et quatre pairs ; le crico-thyroldien, le cryco-arythénoldien postérieur, le cricoarythénoldien latéral et le thyro-arythénoldien; le muscle impair est l'arythénoldien qui se trouve situé à la partie postérieure des cartilages arythénoïdes. Il y a aussi quelquefois dans l'organe humain, mais très-peu développés, les arythéno-épiglottiques,qui sont remarquables chez les animaux ; ce muscle aurait pour fonction de rétrécir l'orifice supérieur du larynx.
On divise aussi les articulations et ligaments du larynx en extrinsèques et en intrinsèques.
Les articulations extrinsèques sont : la thyro-hyoldienne, qui unit par son bord supérieur le cartilage thyroïde à l'os hyoïde,
92 ÂNATOMIB DE l'oRQANB VOCAL
organe chez certaines espèces de mammifères supérieures. Nous verrons par la suite les déductions que nous devons en tirer.
Les glandes se distinguent, selon leur situation, en épigiottiques, arythénoMiennes, sou9*glottiques et les glandes des ventricules, dont je viens de parler ; toutes ces glandes sont des glandes acineuses dont le principal rôle dans la phonation consiste, à entretenir Thumectation des parties molles de Torgane qui produisent les vibrations ; elles sont disséminées dans toute la cavité larjmgienne.
Les vaisseaux lymphatiques sont aussi très-nombreux dans le larynx, surtout au niveau de Toriâce supérieur ; ils suivent en deux ou trois troncs, de chaque côté, Tartère et la veine laryngée supérieures, pour venir se jeter après dans les ganglions latéraux.
Les artères du larynx sont au nombre de trois de chaque côté : Tartère laryngée supérieure, la laryngée inférieure et la laryngée postérieure. Les nombreuses veines correspondantes suivent ces artères et vont se terminer dans la veine jugulaire interne.
Les nerfs du larynx viennent par deux branches du pneumogastrique ; ce sont le laryngé supérieur et le laryngé inférieur ou récurrent.
. Le laryngé supérieur fournit le nerf laryngé externe à la hauteur de la grande corne de l'os hyo'ide ; il passe entre le faisceau moyen du constricteur du pharynx et la partie moyenne du thyroïde; au niveau du tubercule inférieur des lames du thyroïde, il produit un rameau qui passe sous le ligament qui joint les deux tubercules et va se distribuer au muscle thyrohyoïdien ; il suit après par derrière le tubercule inférieur, le muscle crico-thyroïdien, traversant la membrane crico-thyroïdienne, et il va se terminer dans la muqueuse laryngée.
Le laryngé inférieur ou récurrent, récurrent droit et récur^ rent gauche. Le récurrent droit, qui semble partager en deux le th3rroïdey prend naissance entre l'œsophage et la trachée artère, au devant de la sous-clavière qu'il contourne, passe au-dessous du faisceau inférieur ou constricteur, pénètre dans la gouttière latérale et va se distribuer dans les muscles intrinsèques du larynx. Le récurrent gauche part du pneumo-gastrique au niveau de la crosse de l'aorte ; il remonte par la trachée et l'oasophage, pour se distribuer comme le précédent dans les muscles intrinsèques.
ANATOMIB DR l'oROANB VOCAL 03
' hé laryngé inférieur, d*nne manière générale, fournit des rameaux nerveux à Tarythénoldien et au thyro-arjrthénoldien, ainsi qu'aux crico-arjrthéno'idiens latéraux et postérieurs ^
Tontes ces différentes parties que nous avons passées en revue forment, réunies, cette boite cartilagineuse plus ou moins trian* gnlaire appelée larynx, qui se trouve dans la partie antérieure et supérieure du cou. Elle est destinée à d'autres fonctions dans l'organisme humain, à part celle de la* phonation ; par sa situation à l'entrée des voies digestives et des voies respiratoires, elle concoure à deux actes de la première importance : la déglutition et la respiration ; elle donne à la première l'appui de ses mouvements, et, à la seconde, elle assure la pénétration de l'air vivifiant.
Ainsi, au moment de la déglutition, le larynx est porté en haut et en avant par les muscles sus-byoldiens et sous-hyoldiens, en* trenant dans ce mouvement les parois latérales et antérieures du tube phaiyngien, ce qui produit l'ouverture instantanée de l'ori* fice par où doivent entrer le» aliments.
Pour l'acte de la respiration, sa constitution garantit aussi merveilleusement l'entrée et la sortie de l'air aux poumons, étant constitué par des parois rigides et mobiles, susceptibles de protéger le tube aérien contre les pressions des parties voisines, ainsi que contre les pressions extérieures.
Ces mêmes conditions anatomiques sont aussi nécessaires pour la phonation ; mais il est évident que cet organe a pour rôle essentiel ces ordres divers de fonctionnement ; il n'est pas préposé exclusivement à la production des sons ; je dirai même que cette dernière fonction physiologique doit être considérée comme accessoire et résultante plutôt, par le fonctionnement même des deux autres dont je viens de vous parler : la déglutition et la respiration.
Pour nous rendre mieux compte de l'importance de ces considérations dans l'étude que nous poursuivons, je dois encore établir quelques traits comparatifs de la constitution anatomique
* Voir pour plus de détails :
J. Maeller, Manuel de physiologie.
Bichat, Anatomie générale.
Cuvier, Anatomie comparée.
Sappe^, Traité d'anatomie.
Foarnië, Physiologie de la voix et de la parole.
Gegembaar, Manuel d*anatomie comparée (1874), traduit souala direction de Cari Vogt.
96 ANATOMIB DB l'orOANB VOCAL
gorge, le gorge-bleu, l'alouette, le roitelet, le pouillot, Tortolaude roseau, le rouge-queue, le doguet et encore d'autr6s,et manquerait d'une manière plus ou moins absolue chez le moineau, le gros^bec, l'hirondelle, la mésange-nonnette, la soulcie, le bruant-fou, etc.
Mais c'est dans les oiseaux susceptibles d'apprendre à parler, comme le corbeau, la pie, la corneille, l'étourneau, le merle, le perroquet^ etc., que ce pli atteint les plus grandes dimensions. La lèvre interne de la glotte est formée, chez les oiseaux chanteurs, par un petit cartilage, le cartilage arythénoKde, et par des bourrelets de la même substance enchâssés dans une paroi membraneuse qui s'étend depuis les cartilages des bronches jusqu'à la traverse osseuse. Cuvier lui donne le nom de membrane tympaniforme. Cette membrane se continue avec le repli semi-lunaire ; extrêmement petite chez beaucoup d'oiseaux, elle s'étend chez les oiseaux chanteursi dit Savart, jusqu'aux quatrième et cinquième cartilages des bronches; mais c'est surtout chez les oiseaux capables d'apprendre à parler qu'elle est plus longue et que la paroi interne des bronches est le moins couverte d'anneaux cartilagineux. Ces membranes (membrane tympaniforme interne et membrane tympaniforme externe) fonctionnent comme de véritables cordes vocales ; elles limitent une double fente ou glotte, et un système musculaire est préposé à modifier les divers états de tension des bords, en même temps qu'à élargir ou rétrécir les fentes de la glotte.
Cuvier classe les oiseaux suivant le nombre de ces muscles ; ainsi, chez les uns, il n'y a pas de muscles spéciaux au larynx inférieur, de sorte que la trachée artère doit être racourcie par la traction qu'exercent sur elle les muscles stemo-trachéaux et ypsilo-trachéaux; ce sont, d'une manière générale, les palmipèdes et les gallinacées. Il y a plusieurs groupes où le larynx a des muscles spéciaux ; d'autres n'ont qu'un seul muscle pour attirer les demi-anneaux cartilagineux vers la trachée. J^s oiseaux chanteurs ont généralement un appareil composé de cinq à six paires de muscles ; le perroquet n'en a que trois.
Chez les reptiles, l'organe de la phonation est beaucoup plus rudimentaire ; la séparation du larynx d'avec le reste du conduit aérien y est très-peu marquée, comme ledit très^bien Gegembaur; il n'y a que les cartilages arsrthénoldes, qui représentent des pièces presque indépendantes ou distinctes ; c'est seulement chez les tortues et les crocodiles qu'on peut noter des différenciations d'où
ANATOMIB DE L*OROANB VOCAL 97
l'on pea déduire déjà le larynx des oiseaux. J. Mueller donne la définition du larynx du crocodile, qui possède de très-fortes cordes vocales ou lèvres de la glotte, ayant au-dessous d'elles un ventricule spacieux. Chez la grenouille mâle, les cordes vocales sont doubles ; rinférieure forme un pli au pourtour extérieur de l'entrée de la bronche dans le larynx ; la supérieure fiait une forte saillie dans la cavité laryngienne. Quelques espèces de grenouilles ont dans le ligament vocal un petit cartilage.
D'une manière générale, l'étude comparative de cet important organe dans toute l'échelle zoologique nous fournit encore une démonstration éclatante de la théorie darwinienne, en nous montrant une transformation graduelle et successive dans son développement phylogénique.
Si, dans une synthèse rapide, nous voulons nous raisonner la description anatomique que je viens de faire, quoique très-sommaire, de l'organe de la voix chez l'homme et les animaux, il ne nous serait pas difficile de trouver, il me semble, la démonstration absolue de ces principes heureusement acquis aujourd'hui à la science d'une manière définitive.
Je n'insisterai pourtant pas sur une question que je ne considère que comme accessoire, dans la partie principale de l'étude que nous poursuivons. La constatation simple des phénomènes aura plus d'éloquence et amènera plus de conviction, sans doute, chez les esprits encore réfractaires.
Mais je crois ces considérations dignes de votre attention, je dirai même nécessaires, pour une étude vraiment scientifique de notre sujet.
La différenciation des voies aériennes montre déjà chez les amphibiens, dit Oegembaur, des différences importantes, sur^ tout dans le développement de la partie impaire. Elle est trèslongue chez les Menopoma et Amphiuma. Ses deux pièces cartilagineuses de soutien qui portent en avant les arythénoïdes, marchant symétriquement chez les Menopoma, s'élargissent en avant et finissent par s'unir l'une à l'autre sur la partie dorsale. Chez les Cœcilies , les deux moitiés de l'appareil de soutien de la trachée plus allongée sont également soudées dans la région antérieure et se résolvent en arrière en anneaux transversaux. Un développement plus considérable de la portion paire accompagne chez les Anoures une réduction de l'impair. Sur cha^ cune des deux pièces cartilagineuses qui se cofttinuent sur
98 ANATOMIE DB l'ORQANB VOCAL
les bronches se manifeste une tendance à la formation (tanneaux. Le squelette cartilagineux de deux bronches partant du larynx atteint son maximum de développement chez les aglosses. Les conditions des deux parties des voies aériennes sont donc ici déjà variables ^
Si, avec le savant anatomiste, nous remontons l'échelle zoolo* gique jusqu'aux mammifères et à Thomme, nous verrons comment, de différenciation en différenciation, par des étapes successives, cet important organe a évolué jusqu'à cette perfection (encore bien relative) que nous lui accordons dans notre espèce.
Ainsi, comme il est déjà dit, chez les reptiles, la séparation du larynx d'avec le reste du conduit aérien est encore peu sensible ; il y a pourtant des différenciations notables chez certaines espèces, d'où l'on peut déjà inférer le larynx des oiseaux, comme, par exemple, chez les crocodiles et les tortues.
Chez les oiseaux, l'importance acquise de l'appareil respiratoire produisit ce développement considérable de l'organe que nous constatons dans ses nombreuses variétés.
Chez les mammifères, l'évolution est aussi, comme nous avons vu, constante et marquée par des différenciations graduelles, mais qui s'enchaînent généalogiquement d'une manière évidente.
Le cartilage de soutien impair et postérieur des arythénoldes, par exemple, qui se réduit relativement chez les oiseaux, se développe, au contraire, beaucoup chez les mammifères. Chez les uns, il prend la forme d'un anneau ouvert en avant, par exemple chez les cétacés et plusieurs carnivores ; tandis que, chez les autres, cet anneau est feriné, et sa plaque postérieure élevée portant les arythénoldes en constitue encore la partie principale. Il est ainsi devenu, dit Gegembaur, le cartilage cricolde qui est entouré en avant d'un cartilage thyroïde apparent. La formation de ce cartilage annulaire ât prendre une autre position aux arythénoïdes ; ainsi, ils ne sont plus, comme chez les reptiles et les oiseaux, placés sur le bord du thyroïde, mais ils s'élèvent librement dans l'espace qu'entoure ce cartilage.
D'autre part aussi, nous avons vu comment, sur les cordes vocales, la muqueuse, en se dilatant de chaque côté, vient former ces sacs ou poches appelés ventricules de Morgagni, qui atteignent parfois un développement considérable. D'autres expan-
* Gegembaur, Op. cit.
ANÀTOMIB DB L*OROÀNE VOCAL 99
sions, se développant pour constituer des réservoirs d*air, se trouvent cbez quelques cétacés entre les cartilages thyroïde et cricolde. Ces sacs, comme nous avons vu, se trouvent très-développés chez les singes. Les anthropoïdes possèdent aussi un sac analogue, énumant de chaque ventricule de Morgagni.
Un organe spécial, qui, selon le savant anatomiste, a, par sa genèse, des relations avec le canal intestinal, et, par sa situation, avec les organes respiratoires, c'est la glande thyroïde. « Elle naît par étranglement d'une partie de la paroi du tube intestinal primitif, et consiste en un ensemble de vésicules revêtues d'une couche d'épithélium et réunies par du tissu connectif. »
D'après Ernest Hseckel, William MûUer, d'Iéna, aurait montré que cet organe inutile, et même nuisible chez l'espèce humaine, n'est que le dernier vestige de cette c gouttière hypo-branchiale i qui, chez l'ascidie et l'amphioxus, se trouve située dans la partie inférieure de la ligne médiane de la cage branchiale et qui sert à conduire les aliments dans l'estomac. Cette glande est, du reste, sans la moindre utilité pour l'homme ; souvent elle acquiert, au contraire, un développement pathologique dans certaines contrées, et pend i la région du cou chez les goitreux. Dans le canton du Valais (Suisse), il n'est pas rare d'en trouver en nombre, coïncidant souvent avec certains cas d'idiotisme.
Nous devons reconnaître donc, d'une manière générale, que tout cet appareil si compliqué qui, dans l'homme, sert à la production des sons, provient évolutivement des organes de plus en plus rudimentaires que nous constatons en descendant la série animale chez nos plus lointains ancêtres. Il est, en effet, très-curieux et très-intéressant de voir, comme le dit Ernest Hseckel, les organes respiratoires permanents des vertébrés supérieurs provenir de la première section du canal digestif. Nos poumons, la trachée et le larynx même, en effet, se sont développés de la paroi abdominale de l'intestin antérieur. Et ici l'ontogénie nous fournit encore de nouvelles preuves, en confirmant, d'une manière complète, les données de la phylogénie.
Tout cet appareil respiratoire, si compliqué chez nous et qui remplit la plus grande partie de la cavité thoracique, a commencé dans la vie embryonnaire par une petite poche provenant du canal intestinal, en arrière des bronchies, et se divisant après en deux moitiés distinctes* Cette vésicule ne se transforme pas en poumons chez les ver-
100 ANATOMIB DE L'OROANB VOCAL
tébrés inférieurs, mais en une vaste poche pleine d*air qui ne sert pas à la respiration, mais bien à favoriser les déplacements verticaux de l'animal; c'est un appareil hydrostatique; en un mot> la vessie natatoire des poissons ^
Notre organe de la respiration provient de ce même appendice sacciforme^ qui, chez les poissons, forme la vessie natatoire, et ce n'est que plus tard, dans la vie intra-utérine, que le larynx commence à se dessiner et à se former, tout comme nous le voyons chez les dipneustes et après chez les amphibiens.
Le premier rudiment pulmonaire de l'embryon humain est d'abord impair, puis la vésicule simple se divise en deux moitiés qui viennent former les deux poumons. Le canal de communication du sac pulmonaire avec l'intestin antérieur se développe et devient la trachée artère, s'ouvrant par sa partie supérieure dans le larynx, et se divisant à sa partie inférieure en deux conduits qui constituent les bronches. Dans la paroi de la trachée se forment des cartilages annulaires qui la maintiennent ouverte, et à son extrémité supérieure, au-dessous du pharynx, se forme et se développe le larynx.
Les différentes étapes ou degrés de développement que suit, par gradations, l'organe dans l'embryon humain, peuvent, sans aucun doute, se comparer aux différents organes analogues plus ou moins rudimentaires de la série animale.
Mais le larynx n'est pas non plus, au moment de la naissance, développé chez l'homme tel que nous l'avons étudié. C'est , au contraire, un des organes plus lents à se développer, présentant en cela des analogies frappantes avec les organes de la génération et surtout avec le système nerveux central.
Le larynx des enfants, dans les premiers jours qui suivent la naissance, si bien il est déjà conformé de toutes les pièces qu'il possède chez l'adulte, n'est pourtant qu'une ébauche grossière de ce qu'il sera plus tard ; à ce moment-là, par exemple, les arythénoides sont tellement exiguës qu'il est difficile de les reconnaître : l'angle de réunion des lames thyroïdiennes est presque complètement effacé, et le cartilage thyroïde, d'une manière générale, a plutôt une forme cylindrique que la forme triangulaire que nous observons après. Seul, le cartilage cricolde se trouve assez développé. Deux petits points cartilagineux qui apparaissent, l'un
' Hnckel, Op. cit.
ANATOMIB DE l'oROANB VOCAL 101
près de l'angle rentrant du thyroïde, l'autre en avant des arythénoldes» et réunis par un petit ruban âbro-muqueux, constituent les cordes vocales. Les muscles intrinsèques sont à peine indiqués, et l'occlusion partielle de la glotte ne peut se faire alors que par le rapprochement des lames du thyroïde. Dans les premiers mois, les cartilages sont surtout à l'état fibreux. Ce n'est qu'après la deuxième année que le cartilage thyroïde prend des formes mieux marquées et que les arythénoïdes commencent à se former. A l'âge de cinq à six ans, les bords postérieurs du thyroïde et autres parties acquièrent déjà les caractères d'un vrai cartilage.
Mais le plus grand développement de l'organe de la voix se fait depuis l'âge de douze à treize ans, ou de dix-huit à vingt ans, au moment de la mue chez les deux sexes. Nous traiterons ce sx^et avec plus de détails dans une de nos leçons suivantes. A ce moment, l'organe vocal subit de profondes modifications, consistant en un accroissement rapide et subit de ses différentes parties, avec une modification aussi de la membrane^ ce qui amène naturellement des modifications dans le timbre, le diapason et le volume de la voix. A partir de cet âge commencent à apparaître les premières ossifications des cartilages au niveau du tubercule inférieur des foces latérales du thyroïde ; mais ce n'est que de vingtsix à trente ans que, d'une manière positive, le larynx acquiert son entier et complet développement. A cet âge, il présente déjà plus de solidité, l'échancrure thyroïdienne devient plus saillante chez l'homme^ et les formes, d'une manière générale, s'accentuent et se caractérisent pour déterminer les variétés, selon le sexe, les individus, même les races ^
Il est fort à regretter qu'un travail anatomique comparatif de cet important organe n'ait pas été &it jusqu'à présent d'une manière complète. C'est une lacune que la science comblera bien un jour, mais les données que nous avons esquissées nous semblent cependant suffisantes pour nous faire constater cette évolution progressive et ces mêmes transformations graduelles que nous observons chez tous les êtres et en toutes cèoses.
Et je terminerai en posant cette question : Devons-nous, suivant une bonne méthode scientifique, admettre pour la fonction le même ordre de phénomènes que nous constatons dans l'étude de l'organe ?
' Oipp, Sur les diverses formes de la glotte. Anthropologie, Review, 1864.