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SCÈNE XIII TRÉSEL, THÉRÈSE

TRESEL, il s'assied et joue avec ses doigts,

Etes-vous plus calme?... Vous avez, d'ailleurs, le temps de retourner a des jugements plus sérieux. Je compte partir à la fin de la semaine, pour aller chasser... en Autriche...

Et vous m'abandonnez?...

TRÉSEL

J'ai eu trop d'amour pour vous, Thérèse, de passion véritable...

THÉRÈSE

De la passion, vous ? En avez-vous jamais eu?...

TRESEL

Soit, pas un incendie... mais une jolie flambée.

THÉRÈSE

Un peu de fumée obscurcissant la conscience.

TRÉSEL

... Enfin, je vous suis trop affectionné, malgré vos billevesées fantasques, pour vous laisser faillir à vos engagements envers votre théâtre et briser, peut-être, cette carrière artistique à laquelle vont toutes vos aspirations... D'ailleurs, vous le comprenez sans peine, une séparation est nécessaire.

THÉRÈSE

C'est absolument résolu ?

TRÉSEL, ennuyé et distrait.

Vous êtes fatigante...

THÉRÈSE

Il s'est diverti... Son amour n^a

été qu'un badinage... (Trésel fait deux pas pour s'en aller.) Il faut que VOUS m'écOU-

tiez ! Ne tentez pas de sortir... (EUe va

vers le seuil pour empêcher Trésel de s'éloigner, et apercevant, tout devant ses yeux, une panoplie, elle y prend, d'un geste imprévu, même par elle, un

poignard.) Je VOUS cloue à la porte

comme un hibou... (Trésel se rassied, résigné.;

Vous n'êtes pas venu à moi, comme à une de ces filles vénales et glacées, dont le cœur est pétri de fange et dont les baisers profanent la passion.

Sans doute, vous avez espéré que je deviendrais ainsi, car vous m'avez conduite dans votre monde... Je vous y ai suivi, heureuse de sacrifier ma volonté à la vôtre. J'ai laissé mes anciens amis, qui ne ridiculisaient paint mes rêves; j'ai fait ce que vous m'avez ordonné... Vous m'avez affichée dans les cabarets de nuit ; vous m'avez traitée comme une fille, me menant où vont les filles ! . . .J'ai souO'ert d'un long écœurement... Mais je me suis tenu parole à moi-même, n'ayant plus de tendresse, encore de l'orgueil.

M'étant donnée entière, j'aurais pu aimer un autre homme, je ne vous aurais pas trompé... Vous haussez les épaules? Sinon, dans votre amour, je vous aurais au moins blessé dans votre vanité... Oui, étant fière, j'ai eu l'air d'être heureuse; j'avais accepté cette vie, j'y resterai... Je frissonne à la pensée de mon immense dégoût... Quatre mois ont suffi! Je n'ai plus entendu, moi, artiste, que des propos de courses et de jeu, moi, femme, que des saletés... Dans votre existence inutile, vide de bien à accomplir, je n'ai trouvé, dans vos plaisirs à outrance, ni abandons ni consolations. Vous avez étouffé mes ferveurs et mes tendresses. Je n'ai représenté qu'un peu de votre budget... C'est l'amour... Te voilà, parmi les fleurs des trottoirs parisiens, transplantée dans le bitume, edelveis, petite fleur blanche, qui ne croît que sur la cime des montagnes, dans les neiges éternelles I...

TRÊSEL, se levant encore.

Il est tard... Vous feriez bien de rentrer chez vous.

THÉRÈSE

Vous êtes impatient I Je ne vous

ferai pas attendre. (Il essaie vainement de la

désarmer.) Est-ce qu'uu homme comme vous est capable de désarmer sa

maîtresse ?. . . (Trésel commence à craindre.) Il

s'émeut, enfin, celui qui était toujours impassible I... Ni jeunesse, ni passion!... Vous n'avez pas eu tantôt, même un éclair de colère... Et, à présent, celui qui n'aime que laparure a peur comme une femme!... Vous ,êtes profondément misérable!...

TRÉSEL, ne sachant plus, voulant lui saisir les mains, pour plus de sûreté, mais comme pour une caresse.

Mon amour!... pardoni,,., je...

Thérèse, très exaltée, dans un haut-le-corps de souverain mépris, se frappe avec le poignard.

Elle s'affaisse, lentement, Trésel n'ayant pas la force de la soutenir.

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