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LA MATIÈRE MÉDICALE DES ANCIENS

BOTANISTES ET THERAPEUTES d’aPRÈS UN MANUSCRIT DU Ve SIÈCLE

Les planches II et III sont empruntées à Lambécius (i). Elles reproduisent deux tableaux peints sur fond d'or qui ornent un manuscrit de Dioscoride conservé à Vienne. Ce manuscrit porte à sa première page le portrait de Juliana Anicia, fille de l'empereur Olybrius qui mourut en /172 : il serait donc du ve siècle.

Le premier tableau prétend nous rendre les traits de Chiron, de Machaon, de Nigros, de Pamphile, d’Héraclide de Tarente, de Xénocrate et de Mantias.

Chiron, en dépit de la forme à demi bestiale que lui impose la légende, en dépit de cette épithète de centaure qu’il devait sans doute h son origine thessalienne et aux mœurs cavalières de sa race, fut peut-être un botaniste authentique. Il aurait, au dire de l’auteur, si exact d’ordinaire, du Médecin, possédé « quelque connaissance pratique des remèdes et des plantes (2) ». Aussi divers termes

(1) Lambécius. Comment, de aug. bibl. cæs. Vindeb., 1669, p. 5a5 et 55o.

(2) Gaîeno ascripta Introduclio seu medicus, in Œuvres de Galien, éd. Kuhn, t. XIV, p. 675.

de la nomenclature consacraient-ils autrefois el rappellentils encore aujourd’hui les découvertes qu’on lui attribuait.

La vigne noire, Bryonia alla, était dite ampelos Chironia; une variété de panacée, l’hypericum olympicum, était connue sous le nom de Chironium ; une autre portait et porte encore le nom de centaurée : c’est la grande centaurée, centaurea centaurium (i). Enfin Chiron aurait donné à son élève Asclépios (Esculape) la formule d’un baume adoucissant pour les blessés.

Machaon , c’est le fils de « l’irréprochable Asclépios ». C’est lui qui fait dire à Idoménée, dans l’Iliade: « Un médecin vaut plusieurs hommes, car il sait extraire les flèches et répandre les doux baumes sur les blessures (2). » C’est lui qui pansa et guérit Ménélas : « après avoir examiné la plaie faite par la flèche amère et sucé le sang, il y versa adroitement un doux baume (c’est celui de tout à l’heure . (pie Chiron avait autrefois donné à son père qu’il aimait (3). »

Machaon tenait sans doute aussi de son père la formule d’un collyre. Scribonius La r ffus et Galien nous l’ont conservée. Le premier dit qu’on nommait cette préparation (Lia s munies (parce que la myrrhe y était associée au safran, à l’opium et à diverses substances métalliques ou minérales) (4), ou encore eùtocsç à cause de sa bonne odeur ; Galien lui donne son étiquette la plus probable: Asclépios Machaonis. (5).

Nigros, de son vrai nom Sextius Niger, est placé par Galien, qui le cite souvent, au même rang qu’Héraclide de Tarente, Dioscoride, Cratevas et Rufus. Pline dit de lui:

(1) Pliise. Hist. nat. Liv. XXV, 1 3 , i4 et 16, éd. Littré, t. II, p. 170.

(2) Homeri Carmina. Ed. Didot. Iliade, liv. XI, v. 5 1 4 et 5i5. Trad. Leconle de Lisle, p. 20/b

(3) Ibid., liv. IV, v. 217, 219, trad. p. 65.

(4) Scribonius Laiigus. Compositiones, XXVI, éd. G. Helmrcicli. Lipsiæ, 1887, p. i5.

(5) Gai.iev. De comp. med. sec. locos, 1 i b . D . Ed. Kuhn, t. XII. p. ~~l\-

1 PPE.X f)ICE

« Sextius diligentissimus medicinœ (1). » Il avait, malgré son origine latine, écrit en grec un livre xepl üXv;ç (sur la matière médicale) (2), et passait, si l’on en croit Dioscoridc, bon juge en l’espèce, pour le plus brillant des botanistes de la nouvelle école : b àv ajxoT^ (véo'ç). Pour Dioscoride

ces « nouveaux » sont, avec Niger, Julius Bassus, Niceratus, Petronius et Diodote (3).

Hèraclide de Tarente fut surtout un praticien attaché à la secte empirique: il avait écrit sur la préparation et l’épreuve des médicaments (4), sans se soucier des détails purement scientifiques, ce qui fait dire à Dioscoridc qu’il avait « touché ;i peine à l’étude même des plantes et qu’il avait sur ce point laissé faire la tradition botanique (5). .» C’était un élève de Mantias qu’il imitait en toutes choses, « non seulement dans la thérapeutique proprement dite, mais encore dans la diététique » (6).

Mantias, médecin de la secte d’Hérophile, avait, le premier ;i la connaissance de Galien, écrit sur la composition d’un grand nombre de bons remèdes. 11 avait traité en particulier des purgatifs, des propotismes (breuvages préparatoires de la purgation) et des lavements (7). C’est sans doute cet ouvrage qu’il avait intitulé: « Ce qui concerne l’officine du médecin », ou même « l’officine » tout court (8).

X énocrate d’ Aphrodisie avait fait un livre sur l’usage qu’on peut faire en médecine des animaux. Il avait aussi composé une de ces œuvres singulières qu’011 nommait Antiphrases

( 1 ) Pline. Hist. nal., lib. XXXH, i3.

(2) Erotien. Diction, rnéd., Paris, 1 564 . p. 35.

(3) Dioscoride. De mat. méd. Præfatio., éd. Sarrazin. Francfort, s. m., 1098, p. 1 .

(4) Gai. ien. De simpl. med. ternp , lib. VI, éd. Ktilin, t. \l, p. 790.

(5) Dioscoride. t.oe. cit., p. 1.

((i) Galien. De comp. med. sec. gcn. cap. 1, éd. Kuhn, t. XJIl, p. 4tD.

(7) Galien. Loc. cit., t. XI, p. 790.

(8) Id. II i pp . de oflicinà liber et Galcni in eum com., éd. Kuhn, t. XVIII, 1). p O29.

LA GOUTTE ET LE Tt II UAI ATI SME

et où l’on trouvait rapportés tous les noms mystérieux que les Babyloniens et les Egyptiens avaient donnés aux plantes pour égarer le lecteur vulgaire. C’était d’ailleurs « un homme curieux de toutes choses mais non exempt de magie (1) ».

Pamphile nous est surtout connu par une superbe diatribe où Galien explique pourquoi il a suivi l’ordre alphabétique dans son traité des médicaments simples et ajoute : « Pamphile aussi a fait de même pour son traité des herbes , mais il s’est égaré dans les contes de vieille femme, dans les radotages des sorciers égyptiens, se gardant d’oublier les chants mystiques dont ceux-ci accompagnaient la récolte des plantes. . . Il montre assez par ses propres écrits qu’il n’est qu’un homme de lettres -(px[j.[j.ax':/.6:, n’ayant pas vu les plantes sur lesquelles il s’étend, ni éprouvé leurs vertus, mais qu’il s’est fié sans contrôle à tous ceux qui ont écrit avant lui... Ainsi, parlant d’une plante nommée aigle, il avoue qu’aucun Grec n’en a dit mot, mais qu’elle est décrite dans un des livres attribués à Hermès 1 Egyptien et contenant les 36 herbes sacrées des horoscopes (2) ».

Ce livre est certainement un de ceux qui étaient nommés Antiphrases et dont Galien parle à propos de Xénocrate. Une heureuse découverte a fait retrouver celui-là même, ou un autre très approchant (3). Nous l’avons consulté à propos de l’étymologie et du véritable sens du mot Hermodacte (4).

Dans le second tableau du manuscrit de Vienne, Galien tient la place qu’occupait dans le premier le centaure Chiron : c’est là certainement une des premières ébauches visibles de cette apothéose galénique que le moyen âge de-

(1) Galien. Loc. cit., t. XI, p. 7q3.

(3) Galien. Loc. cit., t. XI, p. 792.

(3) Bertiielot. Hist. des sciences, t. I, p. 8.

(4) Chapitre XX, pp. 552 556.

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