CHAPITRE XIX
LA FIN DE l’huMORISME. SENNERT ET SYDENHAM
L’institution, à coté de la goutte ou arthritis, d’une autre espèce morbide nommée rhumatisme, et voisine de la première par ses principaux caractères, est le seul elTort, la seule initiative d’ordre clinique que nous ayons à relever dans le domaine des maladies articulaires, à la fin du seizième et dans la première moitié du dix-septième siècle. On ne saurait imaginer le vide et l’ennui des chapitres ou des monographies consacrées alors en si grand nombre à ces affections.
Sans recourir aux originaux, on peut s’en rendre un compte suffisant à la lecture de certains livres qui sont surtout des travaux d’érudition et de critique.
Conrad Schneider, par exemple, a rassemblé et reproduit textuellement des extraits de tous les auteurs connus de son temps, même des plus médiocres, de tous ceux du moins qui ont précédé Bâillon ; il les a distribués en chapitres distincts selon le sujet traité, donnant à peine son sentiment personnel, comptant sans doute sur l’inévitable impression de scepticisme que devait laisser cette masse confuse de discussions théoriques et d’hypothèses contradictoires (i).
(i) G. V. Schneider. Liber do arlhritido, podagra et ischiagra. .\la suite du liber de calarrliis specialissimus. Willemberg, i665.
LA Fh\ DE L'HUMORISME. — SENNERT ET SYDENHAM 607
L’étude de la maladie elle-même est presque absente : les symptômes propres et la marche habituelle sont rappelés brièvement, comme choses connues, banales ; le temps et l’espace sont réservés à la recherche de l’humeur en cause, de la source dont elle émane, des voles c|u’elle suit pour parvenir à l’organe aCfecté. Cela est vrai pour toutes les maladies, à plus forte raison pour le rhumatisme et pour la goutte qui étaient à ce point les prototypes et les exemplaires classiques des aCTections humorales que leurs deux noms ne voulaient pas dire autre chose c|u’humeur, flux et catarrhe. Aussi est-ce surtout à leur propos que devait se poser et, si possible, se résoudre le problème entier de l’humorisme.
Nous avons vu que la plupart des médecins du seizième siècle avaient été conduits de bonne heure à abandonner, au moins en partie, la doctrine galénic^ue des quatre humeurs et a conserver seulement un humorisme mitigé qui pouvait se couvrir du nom d’Hippocrate. On resta fidèle, dans une certaine mesure, à la théorie des catarrhes, des fluxions venues de la tète ou d’ailleurs, maison admit l’existence d’une altération sanguine comme condition première et origine de l’exsudation séreuse, salée ou âcre, qui constituait l’essence même, la matière de la maladie. Les découvertes anatomiques qui sont le grand et presque le seul honneur de la médecine du xvi® et du xvii° siècles, avaient non point provoqué, mais confirmé et justifié ces conclusions : la connaissance plus exacte de la structure du foie et de l’encéphale, de la distribution et du rôle des nerfs, la découverte des voies lymphatiques et par-dessus tout l’œuvre si patiemment poursuivie et si lentement triomphante de Harvey avaient rendu impossible un retour aux doctrines galéniques, aussi inconciliables désormais avec les données de la physiologie humaine qu’avec les enseignements de la clinique.
Le vieux système des Ascléplades, la théorie des catarrhes, qui avait fourni la plupart des explications de la goutte et du rhumatisme, avait été fort ébranlée aussi au choc de tant