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I. LA GOOTTE CHEZ LES ANIMAOK

Rareté apparente de l'arthritis uratique chez les animaux. — Goutte chez les chiens. — Goutte guanine chez les porcs. — États pathologiques analogues à la goutte chez les oiseaux et les reptiles.

Le processus morbide de la goutte est, chez les animaux, un accident si rare ou, du moins, si rarement décrit, que mon espoir de tirer de la pathologie comparée des reuseignements explicites, dans une direction quelconque, a été déçu. Mon collègue, M. Esser, professeur de médecine vétérinaire à notre université, n'a jamais observé un cas de goutte chez les animaux. Il m'a fait savoir qu'après avoir parcouru,, sur ma demande, les ouvrages de Hertwig, Fuchs, Haubner, Pùtz, Roell, Stockfleth, il n'y avait trouvé aucun fait relatif à la goutte des animaux. Dans l'ouvrage de Spinola, il est question, il est vrai, de la goutte chez les vieux chiens, sans qu'il ressorte avec certitude, de la description de cet auteur, qu'il s'agit bien d'arthritis uratique véritable. Spinola n'a pas fait de distinction précise entre la goutte vraie et les inflammations dites rhumatismales des articulations, Gleisberg nie l'existence de la goutte des animaux et fait remarquer, à propos des observations relatives à la goutte des oiseaux que nous rapporterons bientôt, que, chez les gallinacés et les canaris, les altérations survenues dans les articulations et prises pour des dépôts goutteux ne sont que des proliférations conjonctives parfois calcifiées. BruckmuUer, seul, parle positivement de la goutte des mammifères et mentionne de petits dépôts crayeux ou gypseux moyennement compactes situés, soit dans le derme de la jambe, soit aux extrémités articulaires, soit dans la masse des ligaments, et qui, par leur agglomération, arrivent à constituer des nodosités

inégales et rugueuses acquérant la grosseur d'une noisette et formées par de l'urate de soude, liruckmûller, lui-niènie, a constaté ces nodosités spéciales chez un chien de chasse, dans un grand nombre d'articulations, notamment aux insertions cartilagineuses des côtes.

Ce renseignement, le seul qui soit venu à ma connaissance, sur la goutte urique des mammifères est si absolument précis qu'il balance et, au delà, toutes les assertions qui pourraient le contredire ou tendre à le faire rejeter.

La goutte guanine des porcs, décrite par M. Virchow, certainement très proche parente de la goutte urique, est, à coup sûr, un fait très rare. M. Schiitz, professeur à l'École vétérinaire de Berlin, auquel je me suis adressé pour obtenir des éléments d'observation sur cette question, m'a informé, le 27 avril 1880, que malgré des années de recherches il lui avait été impossible de se procurer des organes d'animaux atteints de cette affection et qu'il ne connaissait la goutte guanine que par les préparations de M. Virchow. Ce dernier a trouvé dans la chair musculaire (jambon), ainsi que dans les tissus de l'articulation du genou, le revêtement cartilagineux du tibia et de la rotule, les cartilages semi-lunaires et les ligaments articulaires, des dépôts multiples, très abondants, blancs, d'un aspect crayeux, se présentant sous forme de granulations et de lamelles et consistant probablement en guanine, d'après l'analyse chimique. L'enquête faite par M. Virchow sur la maladie de ces porcs, lui a appris que le foie de ces animaux était parsemé de nodules probablement analogues. M. Virchow ne put contrôler ce point.

En tout cas il résulte des recherches de M. Virchow, que les dépôts en question, en laissant de côté la différence de composition chimique, sont k tous égards analogues aux dépôts arthritiques de l'homme. On a ainsi signalé, chez le porc, des concrétions guanines analogues aux concrétions uriques de la goutte de l'homme, et il en résulte très logiquement que l'on

doit considérer celte maladie de la race porcine comme une goutte guanine. L'on trouve consignées, dans les auteurs, des observations relatives à la goutte des oiseaux et des reptiles, en nombre un peu plus grand que pour la goutte des mammifères. Il se développe, notamment chez ces animaux pour qui l'acide urique remplace l'urée des mammifères, une affection jusqu'à un certain point analogue, anatomiquement , à la goutte de l'homme, et qui consiste en dépôts d'urates dans divers tissus de leur économie. M. Gharcot a rassemblé une série d'exemples, dont le nombre paraît encore cependant assez restreint, de cette maladie que l'on regarde comme incurable. Il faut y rattacher l'observation d'Aldrovandi , qui trouva une matière analogue au gypse accumulée sur les doigts de faucons. Berlin d'Utrecht a fait une constatation analogue sur des perroquets. Il constata, chez le Psittacus grandis, dans le voisinage des articulations, des dépôts formés par des urates et en tout semblables dans les articulations elles-mêmes et dans les reins. Tout dernièrement, M. Mégnin a signalé un cas de goutte chez un perroquet femelle dans les articulations des pattes duquel on trouva de nombreux cristaux d'urates. M. Mégnin considère celte affection comme n'étant pas rare chez les oiseaux qui se donnent peu de mouvement. Quand Mégnin conclut de son observation que la goutte n'est pas incompatible avec un régime végétal, puisque les oiseaux se nourrissent exclusivement de graines, il suffit simplement de lui objecter que l'on peut tout au plus comparer mais non identifier les anomalies, étant donnée la différence des changements qui se produisent dans l'économie des mammifères et dans celle des oiseaux, au point de vue physiologique. En ce qui regarde maintenant la goutte chez les amphibies, M. Pagenstecher l'a observée chez un alligator sclerops mort dans une ménagerie. L'autopsie qu'il pratiqua cinq jours après la mort de Tanimal lui fît découvrir des dépôts d'urate de soude dans toute sa musculature qui ofFraient surtout un volume notable au-dessous des cloisons musculaires et ne pénétraient

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