LE RENARD ET LE COQ
Un renard, voyant des poules juchées avec leur çoq dans une cour, tâchait de les attirer par de belles paroles. "J'ai," dit-il, "une bonne nouvelle à vous apprendre ; c'est que les animaux ont tenu un grand conseil, et ont fait entre eux une paix éternelle. Descendez, célébrons de bonne amitié cette paix." Le coq, plus fin que le renard, se dresse sur ses ergots et regarde de tous côtés. " Que regardezvous donc?" — "Je regarde deux chiens qui s'avancent." Et le renard se sauve à toutes jambes. "Oh !" dit le coq, "la paix est faite entre les animaux." — "Oh !" lui crie le renard en courant de plus belle, "peut-être que ces deux chiens n'en savent pas encore la nouvelle."
vi Extracts for Sight Translation.
The follovnng extracts are not arrangea, in order of dijfftcvlty^ but in the order of the hirth-dates of the authora. They illustrate the various great styles of French Literature.
CoRNBiLLE, Pierre (1606-1684), the flrst great writer of French tragedy. The extract bears the name generally of les Imprécations de Camille, and occurs in the 5th scène of Act IV. of Horace. It is nttered by Camille, in présence of her brother Horace, just after she learns that her lover Curiace, with his two brothers, bas been slain by Horace. Her words so incense her brother that he immediately pierces her heart with his sword. It is a passage that lends itself well to déclamation.
Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant ! Rome, qui t'a vu naître, et que ton cœur adore ! Rome, enfin, que je hais parce qu'elle t'honore ! Puissent tous ses voisins, ensemble conjurés. Saper ses fondements encor mal assurés ! Et, si ce n'est assez de toute l'Italie, Que l'Orient contre elle à l'Occident s'allie ; Que cent peuples unis des bouts de l'univers Passent pour la détruire et les monts et les mers ! Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles, Et de ses propres mains déchire ses entrailles ! Que le courroux du ciel, allumé par mes vœux. Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux ! Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre. Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre, Voir le dernier Romain à son dernier soupir. Moi seule en être cause, et mourir de plaisir !
La Rochefoucauld (1613-1680), the mostfamous of the writers of maxims, a style of literature in which a considérable number excelled duringthe seventeenth and eighteenth centuries. The following are a few examples of his very brilliant Maximes. They will be found snitable as passages to be learned by heart.
L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infaillibles ; et l'homme le plus simple qui a de la passion persuade mieux que le plus éloquent qui n'en a point.
Extracts for Sight Translation. vii
Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise.
Nous avons plus de force que de volonté, et c'est souvent pour nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles.
On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine.
Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nousmêmes que de voir que nous désapprouvons dans un temps ce que nous approuvions dans un autre.
Quelque différence qui paraisse entre les fortunes, il y a néanmoins une certaine compensation de biens et de maux qui les rend égales.
Il est plus aisé d'être sage pour les autres que de l'être pour soimême.
Comme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits, au contraire, ont le don de beaucoup parler, et de ne rien dire.
Peu de gens sont assez sages pour préférer le blâme qui leur est utile à la louange qui les trahit.
Si nous ne nous flattions point nous-mêmes, la flatterie des autres ne nous pourrait nuire.
La flatterie est une fausse monnaie, qui n'a de cours que par notre vanité.
Quelque éclatante que soit une action, elle ne doit pas passer pour grande, lorsqu'elle n'est pas l'effet d'un grand dessein.
Il vaut mieux employer notre esprit à supporter les infortunes qui nous arrivent qu'à prévoir celles qui nous peuvent arriver.
Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts.
Celui qui croit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer de tout le monde se trompe fort ; mais celui qui croit qu'on ne peut se passer de lui se trompe encore davantage.
Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne puissent tourner à leur préjudice.
viii Extracts for Sight Translation.
Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où il n'est pas.
Il est plus honteux de se défier de ses amis que d'en être trompé.
Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement.
Les grands noms abaissent au lieu d'élever ceux qui ne les savent par soutenir.
L'esprit est toujours la dupe du cœur.
On ne donne rien si libéralement que ses conseils.
Il est aussi facile de se tromper soi-même sans s'en apercevoir, qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en aperçoivent.
L'usage ordinaire de la finesse est la marque d'un petit esprit, et il arrive presque toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en un endroit, se découvre en un autre.
Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus fin que les autres.
La Fontaine (1621-1695), the most famous of French fable-writers. The Works of no writer are better known to the French people than the Fables of La Fontaine. They are distin^uished by grâce, éloquence and wit, and hâve formed a storehouse of pithy quotations for the writers of ail générations. They will be found appropriate pièces to be conunitted to memory.