SCÈNE III
Machut. — Je vous en réponds P . . . On peut dire qu'elle était joliment troussée, votre circulaire! Je compte sur une forte majorité.
Caboussat. — Tant mieux I quand cela ne serait ^ que pour faire enrager Chatfinet, mon concurrent. 5
Machut. — Et puis, savez-vous que nommé, pour la seconde fois, président du comice agricole d'Arpajon, vous pouvez aller loin . . . très loin ?
Caboussat. — Oîi ça ? '
Machut. — Qui sait ? . . . Vous êtes déjà du conseil mu- 10 nicipal . . . Vous deviendrez peut-être notre maire un jour !*
Caboussat. — Moi ? Oh ! quelle idée ! . . . D'abord, je ne suis pas ambitieux ... et puis la place est occupée ^ par monsieur Rognât, depuis trente-cinq ans.
Machut. — Raison de plus ! • chacun son tour ... il y 15 a assez longtemps qu'il est là !.. . Entre nous, ce n'est pas un homme fort ni instruit. . .
Caboussat. — Mais cependant. . .
Machut. — D'abord ... il ne sait pas le grec. . .
Caboussat. — Mais il n'est pas bien nécessaire de 20 savoir le grec pour être maire d'Arpajon.
Machut. — Ça ne peut pas nuire. . . Voyez-vous, moi, je cause avec l'un et avec l'autre . . . j'entends bien des choses ... et je vous prédis qu'avant peu vous ceindrez l'écharpe municipale. ^ 25
Caboussat. — Je ne le désire pas ... je ne suis pas ambitieux . . . mais cependant je reconnais que, comme maire, je pourrais rendre quelques services à mon pays.
Machut. — Parbleu ! et vous ne vous arrêterez pas là.
Caboussat. — Certainement, une fois maire. . . 30
Machut. — Vous deviendrez conseiller d'arrondisse- , ment. *
Caboussat. — Franchement, je ne m'en crois pas indigne ... et après ? ^
Machut. — Conseiller général. ^
Caboussat. — Oh ! non, c'est trop I ... et après ? 5 Machut. — Qui sait ? . . . député,' peut-être.
Caboussat. — J'aborderais la tribune I * ... et après ?
Machut. — Ah I dame ! . . . après ... je ne sais pas 1
Caboussat, à lui-même. — Conseiller générai. . . député ! {Se ravisant^ et avec tristesse,) Mais non, ça ne se peut 10 pas! j'oublie que ça ne se peut pas.
Machut. — Mais il faut commencer par le commencement. . . être d'abord président du comice. . . J'ai vu les principaux électeurs. . . ça bouillonne.*
Caboussat. — Ah ! . . . ça bouillonne. . . pour moi ? 15 Machut. — Tout à fait. . . Par exemple,* il y a le père Madou qui vous en veut. . .
Caboussat. — A moi ? . . . Qu'est-ce que je lui ai fait ?
Machut. — Il vous trouve fier.^
Caboussat. — S'il est possible ! * Je ne le rencontre £0 pas sans lui demander des nouvelles dé sa femme. . . à laquelle je ne m'intéresse pas du tout.
Machut. — Oui. . . vous êtes gentil pour sa femme. . . mais pas pour ses choux.
Caboussat. — Comment ?
2$ Machut. — Il en a fait un arpent pour ses vaches. • . Il prétend que vous êtes passé devant dix fois, et que vous ne lui avez jamais dit: c Ah! voilà de beaux choux 1> Comme président du comice, il soutient que c'était votre devoir.
30 Caboussat. — Ma foi 1 à te parler franchement, je ne les ai pas regardés, ses choux.
Machut. — Faute! . . . faute! . . . Chatfinet, votre con-