‹ La grande barbarie (fragments) [par] Pierre LotiChapitre 3 sur 13 · LA GHANDH BAR HA RIE · texte numérisé non relu

LA GHANDH BAR HA RIE

taiits, sur celle foule couleur de soirée brumeuse et d'hiver.

Des ruines, oui, mais, à mieux regarder, d'inexplicables ruines, car les éboulements semblent d'hier, les lézardes, les déchirures sont trop blanches parmi les grisailles des façades ou des tours; et, çà et là, par les fenêtres aux vitraux brisés, on aperçoit, sur les parois intérieures, des ors qui brillent... En effet, ce n'est pas le temps qui fut le destructeur; il avait épargné ces merveilles, et, jusqu'à nos jours, les hommes non plus, même au milieu des pires bouleversements et des plus sanglantes conquêtes, n'avaient encore jamais tenté de les anéantir. Pour oser, il a fallu ces sauvages, qui sont encore là tout proches, tapis dans leurs trous de terre boueuse, parachevant chaque jour leur œuvre imbécile, et multipliant leurs jets de ferraille, pour se venger sur ces choses

sacrées, chaque fois qu'un accès de rage les reprend à la suite d'un échec nouveau.

Près de la cathédrale mutilée, ce palais aux cent fenêtres, qui tient encore à peu près debout, est la fameuse Halle aux drapiers, construite à l'époque du grand faste des Flandres, et dont l'imagerie a vulgarisé tous les aspects depuis que racharnement des barbares l'a rendue plus célèbre encore. Une nuit de novembre, on s'en souvient, elle a flambé avec une sinistre magnificence, en compagnie de l'église et des précieux entours, éclairant toutes les plaines en rouge ; les Allemands avaient amené en son honneur ce qu'ils possédaient de mieux comme matériel incendiaire ; leurs bombes à la benzine ont fait rage contre elle, et alors tout ce qu'elle contenait, tout ce qui s'y était perpétué depuis des siècles, ses salles d'apparat, ses boiseries, ses peintures, ses

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