SCÈNE XV
GOBERGEOT, AMÉNAIDE.
GOBERGEOT, se prenant la tête à deux mains. Ruiné, spolié par un banquier chinois.
AMÉNAIDE,
Calmez-vous, mon ami...
GOBERGEOT.
Ne m'approchez pas, Aménaïde... j'ai peur de devenir enragé, je vous mordrais...
AMÉNAÏDE
Âh: mon Dieu : je me mets bien à votre place.
GOBERGEOT.
Ma place!., juste ciel ! j'avais oublié... ma place! mais quelqu'un doit s'y être misa ma place...
AMÉNAÏDE
Et quoi! cette lettre à ton chef?..
GOBERGEOT.
Un tissu d'impertinences... je terminais en lui disant : Et rappelez-vous que je ne suis pas votre serviteur...
AMÉNAÏDE
Miséricorde ! s'il t'avait pris au mot.
GOBERGEOT,
il m'aura pris au mot sans miséricorde,
A M EN. \ï DE
Que faire, mon Dieu!
GOBERGEOT,
.'\h ! quelle idée ! si j'allais me jeter aux genoux du ministère.., si je lui disais: Monseigneur, la fortune m'a tourné la tête,,. Un minisire doit connaître ça!., oui, oui, tout peutencore se réparer,., il ne s'agit que depré\enir la décision, (ôtant son habit. ) Aménaïde, vite, mon habit neuf... tout ce que j'ai de neuf...
AMÉN.ViDE, à part.
Son habit... que deNenir/ comment cser lui déclarer...
ConrRGEOT.
Allons donc, allons donc, cet babil... 0 i, Mon-
seigneur, lui dirai-je, la Bourse m'a ruiné... pitié, pitié pour un homme à découvert.
AMÉNAÏDE, à part.
A découvert... il l'est plus qu'il ne le croit.
GOBERGEOT.
Pour la troisième fois, Aménaïde, cet habit, je le Teux, j'en ai besoin, il me le faut... Que diable ! j'ai un habit neuf ou je n'en ai pas... AMÉNAÏDE, à part.
Il n'en a plus, le malheureux... et c'est moi... GOBERGEOT, faisant un mouvement pour se diriger vers l'armoire Je droite .\llons, puisque tu ne veux absolument pas te déranger...
AMÉNAÏDE
Non^vous n'irez pas chez le ministre...
GOBERGEOT.
Qu'est-ce à dire?..
AMÉNAÏDE
Pour vous humilier, pour compromettre votre dignité... non, Monsieur, non, la lierté sied bien au malheur...
GOBERGEOT,
Mais un habit sied encore mieux a un homme en chemise...
AMÉNAÏDE
Écoutez-moi, j'ai été jadis marraine avec M. Pompadour, votre chef de bureau... un compère n'a rien à refuser à sa commère... J'irai le solliciter, l'implorer, le désarmer... vous rentrerez dans votre place sans avoir à rougir d'une bassesse, (à part.) Et moi d'un abus de confiance...
GOBERGEOT.
Tu le veux?..
AMÉNAÏDE
Je l'exige.
GOBKRGEOT.
Alors, va vite et prends un omnibus... non ça te retarderait... prends un fiacre, unmilord, une citadine, prends tout ce que tu voudras... mais va, court, vite...
AMÉNAÏDE
Vite, mon ami, allez me chercher mon cachemire et mes boucles d'oreilles de diamants...
GOBERGEOT, « part.
Son cachemire... ses bo'icles d'oreilles de... (Se laissant aller sur un, fauteuil.) Ah! je m'en vais, je m'affaisse... je me trouve mal.
AMÉNAÏDE, regardant son mari.
Eh bien! Monsieur?..
GOGERGEOT, U part.
Le coup-d'œil d'un juge d'instruction...
AMÉNAÏDE
Me voilà coiffée, vous voyez bien qu'il faut que je m'habille...
GcîiERGEOT, à part.
Et je ne puis rentrer sous terre , comme à 'Opéra... Ah! dans ma position, je donnerais
uros d'un appartement un peu machiné... AMÉN.VÏDE, se dirigeant vers l'armoire de gauche. Allons, puisque vous n'avez pas la moindre complaisance...
GOBERGEOT.
Non Madame, vous n'irez pas chez M. Pompadour...
AMÉN.VÏDE.
Par exemple !
GOBERGEOT.
C'est pour l'exemple qu'il faut dire, pour l'exemple des femmes d'employés qui seraient tentées de vous imiter. . . ce n'est pas parce que c'est mon chef, maiscePompadourest très vicieux... Il n'augmente que les employés qui ont do jolies femmes, ( La conduisant devant la glace. ) Regardez si je dois être jaloux...
AMÉNAÏDE
Jaloux d'un homme qui jusqu'à présenta tout fait pour vous...
GOBERGEOT.
Raison déplus, je ne ^eux pas que cela continue... j'irai chez le ministre moi-même... mon habit.
AMÉNAÏDE
Du tout ; c'est moi qui prétends aller chez votre chef... mon cachemire...
GOBERGEOT.
Mon habit.
AMÉNAÏDE
Mon cachemire.
GOBERGEOT.
Mon habit.
AMÉNAÏDE
Mon cachemire.
GOBERGEOT; couronf à l'armoire de droite, Ah! VOUS ne voulez pas... je saurai bien... AMÉNAÏDE, courant à l'armoire de gauche. La bombe va éclater... raison de plus, vite mon cachemire.
GOBERGEOT, qui^a ouvert l'armoire où doivent se trouver ses habits.
Rien!..
AMÉNAÏDE, de même.
Rien!..
TOCS DKux, après un moment de silence, pend arit lequel ils se regardent arec étonncment. îi fait, un petit papier. ( Ils s'approchent silencieusement de la rampe et ouvrent en même temps une reconnaiseance du ifont de Piété.
GOBERGEOT.
Mv.du Château perdu.
Mont de Piété !
AXIENAÏDE.
Mont de Piété qu'appreiids-je'
GOBEHGF.OT.
Mon habit neuf est au Mont de l'iété.
AMEXAÏDE.
Mon cachemire! ah! quel mystère éirauge Expliquez-vous...
GOBERGEOT.
Dites la vérité.
AMENAIDE.
Des versements l'époque était venue.
GOBERGEOT.
Des actions ou exigeait le prix.
AME s A IDE.
L'habit paya l'enceinte-continue.
GOBERGEOT.
Ton cachemire est resté sous-Paris.
GOBERGEOT.
Et dire quevoilà ce qui reste de ces promesses d'actions... un vol de mari à femme.
AMÉNAÏDE
Maintenant, impossible d'aller chez M. Pompadour. .
GOBERGEOT.
Encore plus impossible d'aller chez le ministre ..
AMÉNAÏDE, comme frappée d'une idée.
Ah! Dutillet... ce jeune homme que nous avons repoussé parce qu'il ne jouait pas à la Bourse...
Eh bien !
AMÉiNAÏDE.
Il a hérité de son parrain, il aime noire fille... et ce n'est pas lui qui aurait suivi nos perfides conseils...
GOBERGEOT.
Heureusement pour lui...
AMÉNAÏDE
Alors, du courage... Dutillet nous aidera de sa bourse, de son crédit, et puis il pourra solliciter pour vous, il a un bon cœur...
GOBERGEOT.
Un bon cœur et un habit... allons, tu me consoles, tu m'encourages... Comme c'est heureux pourtant qu'il n'ait pas joué à la Bourse !
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