CHAPITRE XI
Couronnement de Henri III. — Bégence da comte de Pembroke. -*- Concession d'une charte. — Bataille de Lincoln. — Destruction de la flotte française. — Capitulation et retraite de Louis. — Confirmation de la charte des libertés. — Charte des forêts. — Mort du comte de Pembroke. — BiTalité de Hubert de Burgh et de Pierre des Boches. — Songe de Falcaise. — Siège et prise du château de Bedford. — > Châtiment et mort de Falcaise.
La mort de Jean sans Terre sauva peut-être la nationalité anglaise ; elle sauva sans aucun doute les Plantageriéts et la Grande Charte , car elle eut pour résultat d'établir entré leut's fortunes une so-^ lidarité que les plus violents efforts rie parvinrent jamais à détlniire. Malgré qu*ils en eussent, les rois anglais furent obligés d'accepter et de respecter un acte qui limitait leur pouvoir, mais qui TempêChait de se perdre, et les partisans de la Grande dharte, en voyant le trône et les garanties qu'ils avaient conquises également menacés par l'invasion française , s'habituèrent à penser que les libertés dont ils étaient si jaloux avaient besoin , pour subsister et porter leurs fruits, d'une autorité régulière, légitime et fortement stable. Aussi, à la première
nouvelle de l'heureux événement qui les délivrait d'un prince parjure, tous ceux à qui pesait la triste nécessité d'une rébellion forcée se tournèrent -ils avec empressement vers l'enfant, qu'on ne pouvait rendre responsable des perfidies du père.
Henri de Winchester avait dix ans ; le comte de Pembroke le conduisit à Glocester pour y recevoir, avec la couronne, l'hommage et le serment de fidélité de ses vassaux. Mais, comme la coiu*onne avait péri dans ce récent naufrage qui avait englouti les trésors et la vie du roi Jean, le légat Gualo ceignit le front du jeune prince d'un simple cercle d'or. Le lendemain on publia une proclamation où le roi , déplorant les dissensions qui s'étaient élevées entre les barons et son père, promettait à tous l'amnistie pour le passé et le maintien des libertés pour l'avenir; il ordonnait en même temps à ses fidèles sujets de porter pendant un mois un bandeau blanc autour de la tête en mémoire de son couronnement.
Quinze jours après , le comte de Pembroke réunit à Bristol un grand nombre d'évêques, de barons et de chevaliers , par lesquels il se fit donner le titre de régent; puis, afin de populariser la cause du jeune roi, il accorda en son nom une nouvelle charte. Cette charte était conforme à celle du roi Jean , si ce n'est qu'on y avait omis à dessein quelques articles qui portaient la plus forlo
atteinte à la prérogative royale, comme la défense de lever aucune taxe sans le commun assentiment de la nation, et surtout l'article qui accordait aux barons le droit de résistance à main armée. Toutefois, il était déclaré expressément que ces dispositions n'étaient point rapportées , mais que « les prélats et les seigneurs avaient bien voulu que ces choses demeurassent en suspens jusqu'à ce qu'il en eût été plus amplement délibéré. » Cette concession habile et opportune eut tout le succès que le régent s'en était promis.
Forcé de lever le siège du château de Douvres , que Hubert de Burgh avait vaillamment défendu , affaibli et par les pertes continuelles que lui faisaient éprouver les troupes royales, et par les défections qui devenaient tous les jours plus nombreuses , Louis était passé sur le continent pour y chercher des renforts. Mais, après son départ, les plus compromis des barons, ceux qu'il croyait le plus étroitement attachés à sa fortune , les comtes de Salisbury, d'Arundel et de Warenne, Guillaume d'Albiney lui-même, s'étaient hâtés de faire leur soumission. Quand Louis revint avec ses mercenaires , il trouva tout en désarroi. Cependant son armée , forte encore de six cents chevaliers et de vingt mille hommes, était supérieure à celle du comte de Pembroke. A la tête de ces forces, le comte du Perche , le comte de Winchester et Ro-
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bert Fitz-Walter partirent de Londres pour frapper un coup décisif.
Tandis qu'ils assiégeaient le fort château de Lincoln, défendu par ime héroïne, Nicole de Camville , l'armée royale s'était réunie à Newark. Pendant trois jours, ces nouveaux croisés, dont l'enthousiasme patriotique et religieux s'enflammait aux ardentes prédications du légat, se préparèrent, par la confession et la communion , à vaincre ou à mourir poiu* la. justice* Enfin, après que Gualo, pour terminer cette espèce de retraite spirituelle à la veille d'une bataille ^ eut donné l'absolution générale et la bénédiction solennelle, ces hommes pleins de foi s'armèrent à la hâte, montèrent à cheval ^ et le camp fut levé au miUeu des cris d'al* légresse. Arrivés au bourg de Stowe , à huit milles de Lincoln, ils y passèrent la nuit sans être inquiétés* Le lendemain matin, l*armêe , partagée en sept corps de bataille , aVec des croix blanches sur la poitrine , marcha droit aux ennemis ; ce qu'elle redoutait avant tout, c'est (Ju'ils ne prissent la fuite avant son arrivée; Les arbalétriers faisaient l'avant- ^arde , à un mille environ de distance ; les bagages, les chariots, les bétes de somme chargées de vivres suivaient le gros de l'armée; partout les bannières flottaient au vent , les écus briUaient au soleil : c'était un appareil formidable.
Cependant, les barons et les Français qui étaient
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<la]is la ville y vhaiefft en telle sécurité , comptant bien sur le «accès, qu^ils accueillirent ai^ec de grandes huées et de grandes moqueries la nouvelle que leurs adversaires commençaient à se montrer, et qu'Os ne cesrtrent pas de faire jouer leurs raangonneaux pour faire brèche dans les murs du château de Lincoln. Mais Robert Fitz- Walter et Saër, comte de Winchester, sortirent pour observer la marche de l'ennemi et pour estimer le nombre des combattants. Après avoir examiné avec attention leur ordonnance, ils revinrent à leurs compagnons et leur dirent : « Ces guerriers marchent en bon ordre; toutefois, nous avons sur eux l'avantage du nombre : aussi notre avis est que nous sortions à leur rencontre jusqu'au pied delà montagne. Si l'on nous endroit, nous les prendrons tous comme des alouettes. »> Le comte du Perche et le maréchal de France leur répondirent : « Vous avez vu les dioses à votre mode ; nous allons sortir à notre tour pour les voir à la mode française, » Ds sortirent donc pour examiner l'armée royale; mais ils se trompèrent dans leurs calculs : car, ayant d'abord aperçu auddà des troupes disposées en batadile les chariots et les bagages, ils s'imaginèrent que c'était une autre armée, à cause qu'ils y virent beaucoup de monde avec des bannières déployées. La vérité esrt que chaque sei- ^eur avait deux bannières , l'une qu'on portait en
tête de chaque troupe pour marquer aux hommes é'armes leur place de bataille et l'autre qui restait derrière avec les bagages.
Dupes d'une illusion , le comte du Perche et le maréchal revinrent à Lincoln dans une grande perplexité. Enfin , ils ouvrirent l'avis qu'on divisât les troupes, les unes devant défendre contre les assaillants les portes de la ville, tandis que les autres achèveraient de forcer le château. Cet avis déplut au plus grand nombre , et cependant il fut adopté. On ferma donc les portes, on y plaça des gardes , et tout le monde se mit sur la défensive. Pendant ce temps-là, les gens du château dépêchèrent secrètement un des leurs vers les chefs de l'armée royale , pour leur faire connaître les dispositions qu'on prenait dans l'intérieur de la ville, et les avertir qu'ils pourraient pénétrer dans le château par une poterne qu'on tenait ouverte.
Ceux-ci ne voulurent pas entrer tous de ce côté ; mais ils détachèrent Falcaise , avec sa troupe et tous les arbalétriers, en lui recommandant de surprendre et d'ouvrir au moins une des portes de la ville. En même temps ils portèrent toutes leurs forces contre la porte du nord, qu'ils se disposèrent à briser. Cependant les Français et leurs barons continuaient de lancer des pierres énormes contre le château. Mais Falcaise, qui y était déjà entré, ayant disposé les arbalétriers sur les ter-
rasses et sur les remparts , fît pleuvoir une grêle de traits si drue et si meurtrière, qu'en un clin d'œil la place fut jonchée d'hommes et de chevaux. Puis, s'élançant audacieusement hors des barrières , il fit ime profonde trouée au plus fort des ennemis. Peu s'en fallut qu'il ne lui en arrivât mal; car les barons, étant revenus à la charge, l'enveloppèrent et l'entraînaient déjà , lorsque ses arbalétriers et ses hommes d'armes , venant à la rescousse , le délivrèrent et le ramenèrent dans le château. Mais , en ce temps-là même , les troupes royales avaient réussi à briser les portes et s'élançaient impétueusement dans la ville.
Alors ce fut une terrible mêlée ; les' coups résonnaient sur les armures avec le fracas du tonnerre; percés de traits, les chevaux des barons se cabraient et se renversaient sur leurs maîtres , qui , ne pouvant se relever, étaient tués ou pris. U ne restait plus que le corps de bataille des Français , qui soutint longtemps l'effort de toute l'armée ennemie; enfin, accablé par le nombre, ce corps céda et s'ouvrit. De toutes parts on criait au comte du Perche de se rendre; mais lui, combattant toujours, s'écriait, avec d'horribles jurements, qu'il ne se rendrait jamais à ces félons Anglais qui avaient trahi leur roi. Alors un soldat se jeta en avant et lui porta , à travers la visière de son heaume, un coup terrible qui lui perça le
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crâne et jfît jaillir la cervdle. Il tomba sans proférer une parole, sans invoquer le Seigneur, et il mourut ainsi dans son orgueil et dans sa colère.
Les Français, à moitié détruits, se mirent à fuir, cavaliers et &ntasdsfô, non sans de grands désastres, Car , tandis qu'Us se pressaient en foule à la porte du midi, il y avait une grosse barre qui retombait à chaque instant et leur fermait le passage : alors les cavaliers mettaient pied à terre; mcds à peine avaient-ils soulevé la barre et entr'ouvert la porte, qu't^e retombait sur le flot des fuyards et les écrasait de tout son poids. Quatre cents chevaliers furent pris avec presque tous les chefs,, les comtes de Winchester et de Hereford, Robert Fitz-Walter, Gilbert de Gand , Guillaume de Beauchamp, Olivier d'Harcourt; on ne compte ni les sergents ni les gens de pied. Tous les bagages des barons et des Français, joyaux, vaisselle d'or et d'argent, vêtements d'apparat, furent la proie des vainqueurs. La ville , la cathédrale môme furent horriblement pillées. Il y eut d'affreux malheurs : pour éviter la Ucence et la brutalité des gens de guerre , les femmes s'étaient jetées avec leurs enfants dans des barques trop légères ; mais ces barques, chargées outre mesure, ou dirigées par des mains inhal»les, s'engloutirent dans les eaux. Enfin, quand il n'y eut plus de prisonniers à faire ni de butin à ramasser, on proclama dans la ville.
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comme par insulte, la paix éa roi Benri , et on se mit à boire et à faire homae chère en grande liesse. C'était ainsi que les gens du roi célébraient ce combat qu'ils appelaient, en raillant, « la foire de Lincoln. »
Ceux des vaincus qui avaient réussi à s'échapper de la vâle n'étaient pas au terme de lairs maux. Partout, sur toutes les routes, ils trouvaient les fiaysans, armés d'épées et de bâtons, qui les assaillaient au passage et les assommaient ou les égorgeaient sur la place. Deux cents chevaliers toul au plus parvinrent à gagner Londres , où ils semèrenl la consternation et le désespoir. Louis demanda aussitôt des secours à Philippe Auguste , son père. Sa femme , Blanche de Castille , déploya imc graade énergie. En peu de temps, elle eut rassemblé trois cents chevaliers et une grosse troupe d^hommes d'armes qu'elle fit embarquer à Calais sur une flotte de cpsalre-vingts gros vaisseaux, sans compter une foule de petits navires et de g^ères armées en guerre. Un fameux pirate , Eosiaehe Le Moine , s'était chargé de conduire cet ar- BO^ment iormidable en Angleterre. De leur c6té , les amis du roi He^nri lU avaient fait de grands préparatifs; mais, quoiqu'ils eussent mis à contribution toutes les ressources des Cinc^-Porls, leur force navale était de moitié inférieure à celle des Français. Cependant , animés qu'ils étaient par k
souvenir de la victoire de Lincoln, où le petit nombre avait triomphé, et, d'ailleurs, plus habiles marins que leurs adversaires, ils n'hésitèrent pas à les attaquer , en se jetant sur les derniers vaisseaux de la flotte.
D'abord que les Français connurent le dessein de leurs adversaires, ils revinrent sur eux et se présentèrent vaillamment au combat. Mais Philippe d'Albiney les fît assaillir par ses archers et arbalétriers d'une grêle de traits et de carreaux. En outre, les Anglais avaient armé leurs galères de becs de fer qui fracassaient les vaisseaux ennemis et les coulaient à fond. Ils se servaient aussi de chaux vive, réduite en poussière, qui, lancée au vent , entrait dans les yeux de leurs adversaires et les aveuglait. La mêlée devint terrible ; mais les Français, qui n'avaient pas l'habitude de combattre sur mer, eurent bientôt le dessous. Percés de traits, achevés à coups de lance, de hache et d'épée , ils tombaient sur le pont de leurs navires ou se noyaient dans les flots. Un grand nombre se jetèrent volontairement à la mer pour ne pas tomber aux mains des vainqueurs. De leur grande flotte, il ne s'échappa que quinze navires; ceux qui n'avaient pas sombré furent traînés à la remorque jusqu'à Douvres, où l'on enferma cent quinze chevaliers et une foule de captifs d'un rang inférieur.
Parmi eux se trouvait Eustache Le Moine , qu*on avait trouvé blotti dans la cale d'un vaisseau. Quand il se vit prisonnier, il offrit, pour racheter sa vie, une rançon énorme, en promettant de servir fidèlement désormais le roi d'Angleterre. Mais Richard Fitz-Roy , bâtard du roi Jean , l'abattit d'un coup d'épée, en s'écriant : « Désormais, exécrable traître , tu ne tromperas plus personne en ce monde par tes fausses promesses. » La tète du pirate fut promenée au bout d'une perche, de ville en ville, comme un trophée de victoire.
Cette dernière catastrophe acheva de ruiner la cause de Louis. Bientôt Londres fut assiégée par terre et par eau. Désespérant de la fortune, le prince français accepta les propositions du légat et du comte-maréchal : des conférences s'ouvrirent près de Staines, dans une île de la Tamise ; le 11 novembre 1217, un traité fut conclu. Louis abdiquait toutes ses prétentions et relevait les barons anglais de leurs serments ; de son côté, Henri leur promettait pleine amnistie et restitution de leurs droits et héritages; il s'engageait, en outre, à maintenir les libertés octroyées par son père à tous les hommes du royaume. Alors Louis et ses adhérents furent absous par le légat de toutes les censures de l'Église, à condition, pour les laïques, de contribuer à la croisade , et pour les clercs qui avaient officié pendant l'interdit, d'aller sept fois,
'Èim Lk GRANSe CHARTE
pkdfi nus» dans Téglisc cafiiédraie, se faire fustiger par les mains du chantre. Après quoi les gens des deux partis se donnèrent le baiser de paix.
Le ûis de Piiilippe Âii^uste était si pauvre qu'il faUuit <pe Henri lui donnât dix mille marcs et que les bourgeois de Londres M {»*êtasseni cinq mille livres sterling pour payer ses dettes.. Enfin il quitta l'Angleterre à petit bruit, pour ailer cacher son ressentiment parxm les siens; mais, après s'être vainement acharné à poursuivre une victoire impossible, il trouvait en France, prête à desceordre sur ce front qae la couronne d'Angleterre avait à peine effleuré , une autre couronne plus belle et plus souhaitable, Ja couronne de Philippe Auguste.
Henri restait „ seul et sans contestaticsi, mattre dji royaume. On pouvait craindre qae , délivré de cette rivalité salutaire qm étaii un frein, son pouvoir ne s'emportât d'abord |iisqu'à la fougue du despotisme ; mais le comte de Peanbroke , par \me ressemblance fortuite à cxmp sâr, et dont il n'avait pas conscience» avec la politique dn vieux sénat romain, s'empressa d'accorder à ses adversaires, ramenés d'ailleurs plutôt que vaincus ,. des conditions qui les rassurèrent. Deux chartes furent encore publiées, l'une conforme à la précédente, avec cette modification que l'escuage serait kvé coiaame au temps de Henri II ; l'autre, connue sou&
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le nom de charte âes îoeéte, et destinée à rempiacer les prohibiti(Hxs draconieniies qn« GuiUaume le GDUcpxéraiit» grand chasseur et chasseur exclusif, ayaii opposées à la propriété iM-estière et aux plaisirs de ses vassaux. Ge fut maMieiireifôenient le dernier servke que k comte-marédial rendit au roi et à k nation. H mourut ^ laissant le gourernement en proie à deux rivaux également détectés, le justicier Hubert de Burgh, et le Poitevin Pierre des Roches, âorte de routier dont le caprice du roi Jean avait fait un évêque de Winchester.
En souvenir de son origine et de son ancien métier, Pierre des Roches s'était coietitué le protecteur et l'ami de cette hande d'étrax^ers avides qui, comme une nuée de corbeaux, s'étaient abattus sur le sol de l'Angleterre. « Or, dit Matthieu Paris, il y avait beaucoup de gens qui, au temps de la dernière guerre, avaient trouvé fort doux de vivre de rapines. Lorsque la paix fut proclamée pour tous, ils ne pureiit s'abstenir de piller; les mains leur démangeaient. »
4 . Quelque érudit du temp& lui flt, en deux vers latins, une épitaplie poétique, astrologique et mythologique : « Tai été Saturne pour Flr- Uade, le Soleil pour rAsi^eterre,. Mercuve pow la Noinaiidit elMars pour laFcaB£e. » « Il eat vrai, ajoute Matthieu Pâlis enfonsfi d&com^ mentaire, qu'il a été le dompteur redouté des Irlandais, la gloire et tltoimenr de TAngleievre , pour les Iformcrads un négoerateur halrile ,. povr les franQûs un goemerheiliiiacnx «t arincibie. **
Au premier rang de ces incorrigibles pillards , on ne s'étonnera pas de retrouver le fameux routier Falcaise. Il fit tant qu'il lassa même l'amitié de Pierre des Roches, ou qu'il rendit inutile son bon vouloir; cependant les avertissements du ciel ne lui avaient pas manqué. Deux ou trois ans auparavant, comme la guerre contre Louis de France autorisait encore tous les excès, il s'était jeté sur le bour^ de Saint- Albans ; il l'avait mis au pillage, et le monastère à contribution. Mais , une des nuits suivantes, il lui sembla que, du haut de la tour de Saint- Albans , une pierre énorme tombait sur lui comme la foudre et le réduisait en poussière. Réveillé en sursaut , il se jeta hors du lit , effrayé et haletant ; sa femme , en le voyant tout en désordre et comme en délire, s'écria : « Qu'ya-t-il, monseigneur? Comment vous sentez-vous? » Et il lui répondit : « J'ai été certainement exposé à de grands périls , mais jamais je ne me suis senti troublé ni effrayé comme par ce songe. » Et, quand il lui en eut raconté tout le détail, sa femme lui dit : «« Vous avez grièvement otTensé naguère le bienheureux Albans, lorsque vous avez souillé de sang son église, pillé le bourg et fait mille injures à l'abbé et au couvent. Levez-vous donc en toute hâte , allez promptement, même avant le jour; humiliezvous, et faites au plus vite votre paix avec le saint
martyr, de peur que sa terrible vengeance ne vous écrase. »
Falcaise se rendit, bien qu'avec peine, à ce conseil, suivant cette parole de F Apôtre : « L'époux infidèle sera sauvé par Vépouse fidèle. >» Enfin, pour ne pas offenser sa femme , il vint à Saint-Albans de grand matin, fit appeler l'abbé, et lui dit en fléchissant les genoux , les mains jointes et les yeux baignés de larmes : « Messire , ayez pitié de moi ; j'ai offensé grièvement le Seigneur, le bienheureux Albans, son martyr, et vous-même; mais à tout pécheur miséricorde ; permettez-moi de parler au couvent en plein chapitre , et de lui demander pardon en votre présence, pour les méfaits que j'ai commis. »» L'abbé fit droit à sa requête , admirant dans ce loup-garou tant de mansuétude et d'humilité.
Falcaise, s' étant donc dépouillé de ses habits, et suivi de ses chevaliers qui avaient, comme lui, quitté leurs vêtements , entra dans le chapitre , tenant à la main une baguette. Il confessa humblement la faute qu'il avait commise, comme il lui plut de le dire , en temps de guerre , et reçut sur sa chair nue des coups de discipline de chacun des frères ; puis il les embrassa tous les uns après les autres. Alors , ayant repris ses habits , il alla s'asseoir à côté de l'abbé , et dit à haute voix : « C'est ma femme qui m'a fait faire cela , à cause d'un
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certain soi^e ; mais , si vous exiges qu'on vous rende ce qu'on vous a pris , je n'y veux riai enteïidre. » Et là-dessùs il s'en alla, laissant les moines tout ébahis. Toutefois l'abbé et le couvent estimèrent que c'était encore un grand bonheur que d'être à l'abri de ses atteintes. Car^ ajoute le chroniquefir, dans les temps comme ceux-là, c'est être très4)on que de n'être pas trèsméchant , ainsi qu'on lit d'Astaroth : a Quand le mauvais cesse de nuire , prenez qu'il vous rend service. * Cependant le prophète a dit :
«: Mafiieiir à toi qui. pilles , parce que tu seras p&Qé. »
Quelque temps après, ayant eu afiEodre à l'évêque de Norwich , Falcaise vint encore à Suint-Âlbans , où le prélat se trouvait. En le voyant venir, l'évêque lui demanda, en présence de l'abbé et de beaur> coup d'autres, s'il avait offensé en quelque chose le bienheureux martyr ; et comme Falcaise disait qu'il n'avaii rien à se reprocher, il poursuivit ainsi : « Je te feds cette question , parce que , une de ces dernières nuits, tandis que je dormais dans noon lit, je me suis vu en songe dans l'église de Saint-Âlhans , au pied du maître autel. Ck>mme je me retournais après avoir fait ma prière, je t'aperçus debout dans le chœur des moines. Puis, ayant levé les yeux , je vis une énorme et lourde pierre qin se détachait de la tour et qui tomba
sur ta tète avec une telle violence qu'elle te broya la tète et le corps ; puis tu disparus subitem^it, comme si tu te fusses englouti dans la terre. Aussi je te conseille, si tu te souviens d'avoir fait la moindre oCfense au martyr, de lui donner satisfaction à lui et aux siens , avant que cette pierre ne tombe sur ta tète. » Mais Falcaise, si ce n'est qu'il demanda pardon de ses excès à l'abbé et au couvent, jura qu'il n'avait pas de restitution à faire.
Or voici comment la pierre de Saint-Albans lui tomba sur la tète. Comme il était dans son repaire, au cbâteau de Bedford , il apprit que les juges de circuit, qui tenaient les» assises à Dunstaple, l'avaient condamné, pour ses méfaits, à trois mille livres d'amende. Aussitôt , bouillant de fureur, il se mit en campagne, et, quoique les juges fussent avertis, il surprit Henri de Braybrooke, l'un d'eux, qu'il enferma dans un cachot. La femme de ce malheureux étant venue se jeter aux pieds du roi, Hubert de Burgh , le justicier, conseilla à Henri lU de faire un exemple. Le château fut investi, et, quoique Falcaise se fût retiré dans le comté de Chester, ses lieutenants répondirent insolemment qu'ils ne devaient rien au roi , attendu qu'ils ne lui avaient jamais prêté hommage ni juré fidélité. Henri , transporté de colère , jura par l'âme de son père que , «'ils étaient pris par force, il les ferait tous pendre.
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Pierriers, et mangonneaux , et engins de toutes sortes, rangés en cercle autour du château, battaient les murs sans relâche; du haut d'une tour de bois, qui dominait le rempart, les arbalétriers frappaient à mort tous ceux qui se hasardaient sur les plates-formes ; enfin les assaillants se rendirent maîtres de deux bretesches ou tours crénelées; le donjon , miné , s'écroula en partie, et la forteresse éventrée livra ses défenseurs, qui tous, chevaliers et sergents , furent pendus , comme le roi l'avait juré.
Errant et sans ressources , Falcaise tenta vainement de fléchir la colère du maître : on lui fit seulement grâce de la vie , en considération des services qu'il avait rendus au roi Jean ; mais tous ses biens furent confisqués , et il fut condamné à un bannissement perpétuel ; cette riche héritière, Marguerite de Redviers, que Jean lui avait sacrifiée en mariage , demanda la rupture des liens qui l'attachaient malgré elle à ce misérable. Il se retrouvait donc comme devant, quand il était venu en Angleterre , portant besace et sur un méchant roussin. En s'embarquant , il voulut se venger de ses ennemis, les barons, qui l'avaient, disait-il, poussé à faire tout ce désordre dans le royaume. Enfin, après avoir, en France, évité la corde à grand'peine, sous prétexte qu'il était croisé, après avoir sollicité à Rome la commisération du pape, il périt
misérablement dans une petite ville d'Italie. C'est ainsi que la pierre de Saint-Albans Fécrasa. « Et plaise à Dieu, ajoute Matthieu Paris, que cette pierre , bien plus redoutable en enfer, ne l'écrase plus aujourd'hui ! »
CffAPITRE XII.
•«Confirmation des chartes. — Henri III, devenu majeur, les annule. — Chute de Hubert de Burgh. — L'Angleterre livrée aux étrangers. — Insurrection des barons. — Chute de Pierre des Roches. — Mariage de Henri III. — Influence des Provençaux. — Nouvelle confirmation des chartes. — Tentative de révolution. — Le comte de Leicester. — Origine du parlement. — Provisions d'Oxford. — Arbitrage de saint Louis. — Mort de Henri III.
L'exemple fait sur Faleaise , le plus détesté des routiers, cet éclatant châtiment d'un étranger et d'un pillard , ne fut ni offert à la nation anglaise ni accepté par elle comme une légitime satisfaction ; ce fut , avant tout , la péripétie longtemps attendue , sinon le dénoûment d'une grande intrigue politique, le triomphe de Hubert de Burgh sur Pierre des Roches. Mais, comme le vainqueur n'inspirait pas aux défenseurs des libertés publiques moins de défiance que le vaincu, comme son énergie et son habileté le rendaient même à leurs yeux plus redoutable que son rival, ils ne songèrent pas à se réjouir, mais à raUier leurs forces pour une lutte prochaine.
Déjà, l'année précédente, en 1223, arraché par
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le danger conuuun aux afTalres religieuses dans lesquelles il s*était constanunent renfermé depuis qu'il avait repris le gouvernement de son Église , Etienne Langton était venu , à la tête des barons , réclamer de Henri III une nouvelle confirmation des chartes qu'il avait juré d'observer et de faire observer par tout le monde : « Les libertés que vous demandez, s'était écrié Guillaume Briwere , l'un des conseillers de la régence , on ne les doit pas observer en bonne justice ; elles ont été extorquées par force. » Mais l'archevêque, indigné, lui avait vivement répondu : « Guillaume, si vous aimiez le roi, vous ne mettriez pas obstacle à la paix du royaume. » Enfin, pour calmer cette émotion, le roi avait mis fin au débat , en disant : « Nous avons juré toutes ces libertés, et nous sommes tous tenus d'observer ce que nous avons juré. » Mais il paraît que , malgré ces belles promesses , l'influence du conseil avait encore prévalu , si bien que , dans l'enquête que le roi fit faire , par douze chevaliers , dans chaque comté d'Angleterre , il ne fut question que des libertés en usage sous le règne de Henri II, selon les uns, de Jean sans Terre, selon d'autres , avant les querelles du roi et des barons , c'est-à-dire à une époque où il n'y avait pas de libertés clairement et solennellement écrites. Cependant, deux ans après, conune le trésor était vide et qu'il fallait à tout prix le remplir, le roi et 73 ' n
Mê LA GftiOOS
ses maustres, après âToir tenté A* effrayer h^ ba* roas par F'épouTanlail d'une iffV!i|siDn française, ks fPMEfant incrédules, sluunffîèr^sl jusqtiTà leur yfeaé^j au pris c^hh subside sur tous les ^ess BMfidiles, une sefenneBe ccmArmatiou des dkartes.
Maflieareusemeol Henri, quoiqu'il ne At ni aKssi làcbe ni aussi perfide que son. père, avail les mêmes ccinseyter& el ks mêmes maximes de g^mtemement : plier à Foecasion^ baisser ou relever la tête sdoQ; ks drceBstaxiees ,. el faive beatseoup de pnmiesees, mèiiie heaiMWipi de seiments, sans se mettre en peine de kSi tenir. A peiae eulinà atteint aai majorilè, qit*en présence des barons réunis à ôxiurd il réfoqnn el bifb ks cbartes , son prélesde qu'elles avaient été aocordées et signées lorsqu'il n'était encore eni possession m de son corps ni de son seeau.
L'émolâeii fliÉ gsande; Pierre des Roches, ikt^ nsm Mbéral par ambition^ se joignit aux siacèves amis des libertés pnUiques poiur atÉacpieir k véritnbte auteur de c^ alÉgitfali, Bhibert de Bwrgb. La bsttie fol kaigii^ aebanrëe; mais enfin k coupable succomba. Convaincu (j^ai^îr détourné à son prc^t les sommes énormes qaiH extorquait au nom du roi., Koberl tomba de la plus haule btieisc dans la plas profende disgrâce. Tefie étail la baine qu'il smi eiôlée du» Londres^ que Tingt jmUe faommes en sortirenl im malin arec armes et bannières
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pour Tar raeter eu. fvkiaré de H^to», où il s*étajt réfugié. Henrecisesaeiit pour lui, k eomte de Chester fit entendre au roi combien il était impudent de soulever une populace insckBite, qu'un l^remier »iccès enivre et à laquelle nul pouvoir famnain ne peut dire, comme Dieu a dit à la mer : « Tu n'iras pas plus loin. " Ainsi la plèbe n*eut pas sa victime, au grand dépit de Pierre des ftociies, qui sut bientût ralkimef la colère du roL
Comptant sur le délai qu'on kâ avait accordé pour préparer sa défeme , et muni d'un sauf-condlist qu'il croyait iiiviolable, Hubert de JBurgh s'en albit à Sainl-Edmundsbur; voir sa femme et im** plorer dans ses tribulations l'assistance du glorieux martyr. Une nuit qu'il était couché dans une maison qui appartenait à l'évêque de Norwich, il entendit un grand bruit de chevaux. C'étaient trois caenls hommes d'armes que Godefroi de Cracuad)e ameiïart, par ordre du roi, pour le prendre et l'en&rmer dans la Tour de Londres. Â peine avaitil eu le temps de se jeter presque nu dans l'église prochaine^ tenant la croix d'une main et de l'autre une hostie consacrée, que ses persécuteurs l'assaillirent , l'arrachèrent du saint asile et le lièrent étroitement avec des cordes,, parce qu'il ne se trouva pas de forgeron pour lui mettre les fers ; puis ik le hissèrent sur un cheval en lui attachait les pîedS' sous le ventre de sa monture, et rentrai-
nèrent à Londres. « El le roi, dit la chronique, qui avait veillé toute la nuit pour guetter leur arrivée , s'en alla dormir tout joyeux. »»
Cependant Févêque de Londres ayant menacé d'excommunier tous ceux qui avaient participé au sacrilège, Hubert fut reconduit le lendemain dans l'église dont les gens du roi avaient violé les saipts privilèges; mais les précautions les plus minutieuses furent prises pour qu'il ne pût s'évader, ni recevoir du dehors aucune espèce de secours ou d'aliments : un fossé profond et large , une ligne de palissades, au delà une troupe nombreuse, veillant jour et nuit; c'était un vrai blocus. Après quarante jours de souffrances et de désespoir, le malheureux se rendit , déclarant qu'il aimait mieux se remettre à la merci du roi que mourir de faim. Dépouillé de ses biens , il fut condamné à garder prison dans le château de Devizes , jusqu'à ce qu'il lui fût permis d'entrer dans la milice du Temple. Mais, par un remarquable effet des retours de la fortune , on le vit , déhvré par ces mêmes barons qui l'avaient combattu naguère et vaincu , rentrer en faveur auprès du roi et retomber encore une fois dans la disgrâce.
L'évêque de Winchester, son ennemi, n'eut pas d'ailleurs à se réjouir longtemps de son triomphe. A peine avait-il recouvré le pouvoir que, jetant le masque, répudiant l'alliance des barons, les liber-
tés nationales et la nation elle-même , il avait appelé comme au pillage tous les Poitevins ses compatriotes, race besoigneuse et avide. C'était comme aux plus mauvais jours du roi Jean; quand on opposait à ces gens-là les lois de l'Angleterre : « Nous n'avons point souci de vos lois, disaient-ils ; qu'avons-uous de commun avec les assises et les coutumes de ce pays-ci? » Il en vint jusqu'à deux mille à la fois , chevaliers et autres , à qui Févêque et son neveu, Pierre d'Orival, nommé trésorier et gouverneur général des châteaux, livrèrent presque toutes les forteresses du royaume. L'insolence de ces étrangers et l'indignation des Anglais en étaient venues à ce point que le lîls du fameux comte de Pembroke, Richard, comte-maréchal luimême, fit entendre au roi, dont son père avait sauvé la couronne et protégé le jeune âge, de menaçantes paroles.
Des avertissements sérieux descendirent aussi de la chaire évangéUque. Un dominicain, Robert Bacon, prêchant en présence du roi et de quelques évêques , osa lui dire avec une sainte liberté qu'il ne jouirait jamais d'une paix de longue durée, s'il n'éloignait de son conseil Pierre , évêque de Winchester. Les applaudissements qui éclatèrent dans l'assemblée frappèrent le roi; et, comme il paraissait réfléchir, un clerc de la cour, nommé Roger Bacon, prit hardiment la parole et lui dit : « Mon-
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seigneur le rai , qu'est-ce que redautewt le ptas les îiâTigateurs ? — Ceux-là seuls peuvent le savoir, répondit le roi, qui font la n^rchaudise sur mer. — Eh bien! raonseigneur, reprit le clerc, je TOTis le èirai ; ce sont les pierres et les rodies. » n feisak allusion au nom de Tévéque, Pierre des Roches.
En même temps les barons, sommés paa* trois fois de comparaître devant leur suzerain , le somraèrent à leur tour de chasser au plus t^ tous ces Poitevins, le menaçanft, au nom ée la nation tout entière, de le chasser lui-même s'il hésitait, et de procéder sur-le-champ à Fêlection d'un nouveau roi. Mais Pierre des Roches lui persuadait que ses fidèles Poitevins auraient facilement raison de ces traîtres Anglais. La guerre civile éclata sur les confins d« pays de Galles et dans le Cornouailles ; partout, malgré la belle assurance de leur chef, tes étrangers eunent le dessous. Instruit par Texemple de son père , iiem*i ne voulut pas braver les foudres de l^glise ni pousser à boot la f»atience et la fidélité de ses sujets : il ordonna à Févêque de Winchester de retourner dans son diocèse, de s'occuper du soin des âmes et de ne plus se mêler à l'avenir des affiaires publiques ; à Pierre d'Orîval, 4c renfee ses comptes et de remettre les châteaux dont il avait la garde; aux Poitevins, de vider le royaume et de ne plus reparaître devant seè yeux.
Le comte-««ièdial ne Tît fias le Iriompiie ée la cause Bstfonale : il raoultrt de ses blessures après un combat héroïque contre les Irls^tdais , soidevés par les intrigues et les mensonges de Pierre des RodKS et de ses eorap&ces ; le peuple anglais le vénéra ^omuie un martyr.
La tranquillité paraissait rétablie; mais le manage 4e Hem-i avec Ôéonore, fffle du comte de ft^vence, attira sur sa tête de nouveaux orages. Les Provençaux prirent la plaoe des Poitevins; révôcfcé 4e Wnchester, qui semblait inféodé aux étrangers et aux favoris en roi , fut donné à Guillarane, oncle de la reine, puis à Aymar, fils dn comte de la Marche cl de la reine Isabdle , veuve de Jean sans Terre ; et cependant les moines ée cette Église avaient obtenu du pape une buBe spé- <âaîe pour rétablir un Anglais sur leur siège éplscopal. Deux autres oncles de la reine Éléonore, PSeire et Bonifaoe de Savoie , suecééèrent à 6ii3kume dans la &veur royale, lorsque le méeonten^ tement des barons força fienri de Féloigner du royvfime ; Bonifaoe devisrt même arctievè<;fcie de Gantorbéry. La licence des étrangers avaH poor TAngleterre un résultat plus funeste «qoe le scan* dale et le pSIage : eBe ébranlait dans les âmes le sentimeirî du juste et de rhonnête. MatlMeu Paris raconte qu*il entendût des Anglais, même des plus îHustres et qu'il aurait honte de nommer, se dire
en jurant : « Il y a maintenant plusieurs rois et tyrans en Angleterre ; eh bien ! il faut régner et tyranniser avec les autres. >»
Au milieu de tous ces désordres, le roi manquait d'argent; les exactions sur les particuliers, les emprunts forcés sur les couvents, les moyens arbitraires ne suffisant plus, il fut contraint par deux fois, en 1237 et en 1253, de s'adresser encore aux barons et de payer leurs subsides par une nouvelle confirmation des chartes. La dernière cérémonie se fit avec un grand appareil. Comme le roi s'excusait des violences qu'il avait commises : « Seigneur roi , lui dirent les évoques qui l'admonestaient, nous ne parlons plus du passé, mais nous parlons pour l'avenir. » Puis tous les prélats , revêtus de leurs habits pontificaux et tenant des cierges allumés, prononcèrent solennellement l'anathème contre quiconque violerait les chartes royales, et, quand ils l'eurent prononcé, ils jetèrent les cierges éteints et fumants , en s'écriant : « Qu'ainsi soient éteintes et fumantes dans l'enfer les âmes de ceux qui encourront cette sentence. » Lorsqu'on avait offert im cierge au roi, il l'avait refusé humblement : « Il ne convient pas, avait-il dit, que je tienne ainsi un cierge, car je ne suis pas prêtre ; » et mettant la main sur sa poitrine : « Le cœur, avait-il ajouté, fournit un plus sûr témoignage. » Après avoir écouté d'un air joyeux et
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serein la lecture des chartes, il y fit apposer le sceau royal et prêta le serment qui suit : « Ainsi que Dieu me soit en aide ! J'observerai fidèlement tous les articles de ces chartes dans leur intégrité , aussi vrai que je suis un homme, un chrétien, un chevalier, un roi couronné et sacré. »
Quelques mois après, Henri s'était parjuré, et l'Angleterre tombait dans une crise plus longue et plus terrible qu'aucune de celles qu'elle eût encore traversées. Mais de ce laborieux et fécond enfantement sortit une institution vigoureuse , sœur puînée de la Grande Charte, sans laquelle toutefois la charte , perpétuellement renouvelée et violée , aurait fini par s'abîmer sous le poids des serments trahis , entre le désespoir des peuples et la malé- , diction des rois. A la place du grand conseil des barons , représentant des intérêts féodaux , on vit apparaître la vraie représentation nationale, le Parlement.
Raconter dans ses détails la lutte dramatique qui fut le berceau de cette grande assemblée, ce serait entreprendre une œuvre intéressante à coup sûr, mais distincte , au fond et par le fait, de l'histoire des chartes. Cette distinction devient évidente si l'on compare entre eux les chefs de la féodalité anglaise sous le roi Jean et sous Henri III, leur caractère, leurs allures et les actes qui furent le résultat de leurs desseins. Sous le roi Jean, les ba-
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rons qui lai arrachèrent ht Gnuide €haf te n'ennsil point d'aiitare bvt que de faire constater, veoonuaitre ei consacrer comme d^ droits les libertés pubtn qoes ; lout an {dus essayèrenl-ils d'organiser, pour se donner des garanties^ b. résâstance légale. Sous Henri III , les oonditicNis mêmes du gou^ernemeni forent changées : non-«eulfflaeiit [Fai^oriié royale fot contenu» dans de plus étroites limites ei: la royanté n'eut plus «niane ks mains toat le pouYcnr:; mais l'ambitian des c^efs de la révolte les poussa hors de toute mesure, et les intérêts légitimes de la nation se trouvèrent ètrapgenieni oompronns par cevix-là mêmes qui s'en éftaîeiit portés les défenseurs. Ils tentèrent de confisfuer le pouvoir pour eux seuls, tentative détestable, bien digne de cette assemblée cfue les vieux historiens ont flétne du nom de mad pariiamend^ « parlemerat insensé, » et qui , si elle avait rèossi^ aurait substitué pour l'Angleterre au despotisme monarchique le despoûsme d'une digardiie.
Étieiine Langton et GnUlaume de Pemhnoke, pour n'en «dter pas â*autres, fureot «de gnonds ôtoyens; quand ils eurent ensemble négocié la Grande Charte, l'un retourna paisiblement à son égfise, Faulre défendit la dynastie nation^, et, lorsqu'il eut ccHDSoIidé le trône, il n'usa de sa victorieuse influence <iae pour rapprocher le roi de son peuple, aoBsi soucieux d'a^ssurer les nouveaux éroits
àe la nalkm que de maintenir la prérogattre royale. Qoe dir€ du comte de Leicester, sinon qoLe ce fut un grand et hardi factieux, un usurpateur sous le naasque d'un zaà de la liberté ?
Etranger à 1* Angleterre, fDs de ce fameux comle de Montfort, qui fit avec tant d*adiamement la guerre aux albigeois, frère d'un connétabie <te Franœ, la fortune hii fit tomber entre les makis, dans rhéritage de sa mère Amicia, le comté de Leicester, et kâ donna pour fesnme la sœor du roi Heiuî. Hardi, entreprenant et résolu devant on prince faible, timide et incertain, il convoita la coeronne, et, pour Tobtenir, il se fît le chef de tous les mécontents, réoergique champion de la noblesse, ds clergé et du peuple. Sa popularité fut édatairte jusqu'au jour où, se croyant maître du succès, fl manifesta ses desseins; mais, quand on le vit lui-même fouler aux pieds les diartes avec Tautorité royale , dépouiller et humilier les barons , affecter la tyrannie, alors les mêmes mains ^ui avaient élevé et soutenu jusque-là son pouvoir iflégîtime se retirèrent, et il tomba, mais il tomba sur un champ de bataille, fièrement et ^orieusement y comme il avait vécu. Son nom, moins pur et moins honoré que ceux de Langton et de Pembroke, a mérité poiu-tant de rester ^ans la mémoire lies Anglais; car, si les uns ont posé les premières assises des libertés publiques, Leicester a
fondé , volontairement ou non , à son profit ou au profit de la nation, le gouvernement représentatif.
Quant aux chartes proprement dites , elles disparaissent dans ce grand conflit d'ambitions personnelles ; cependant il est dit , dans les fameux règlements connus sous le nom de Provisions d*Oxford^ qu'elles seront confirmées. Elles le furent en effet en 1264, lorsque Henri III voulut obtenir des barons la liberté de son fils Edouard, qu'ils retenaient comme otage. Cette fois les rôles étaient changés; on peut croire que le roi, éclairé par le danger, fut sincère dans ses promesses, tandis que les barons, subissant l'influence de Leicester, portaient bien au delà des chartes leurs vues et leurs espérances. Ce qui le prouve, c'est leur attitude respective dans une circonstance solennelle qui appartient aux plus glorieux et aux plus chers souvenirs de notre histoire nationale.
La France avait alors un grand roi, un saint roi, Louis IX, dont la sagesse et l'équité avaient un tel renom que Henri III et sa noblesse résolurent de le prendre pour arbitre, magnifique hommage rendu à son intelligence et à ses vertus. Saint Louis tint donc sa cour à Amiens, au milieu d^une foule attentive et étonnée devant ce roi de France jugeant pacifiquement la cause d'un roi d'Angleterre. Henri était venu en personne ; mais Leicester, prétextant
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une maladie, s'était fait représenter par des procureurs. Quand de part et d'autre on eut produit tous les arguments, Louis, après avoir pris l'avis de son conseil, prononça un jugement par lequel il annulait les Provisions d'Oxford comme préjudiciables à la fois aux droits de la couronne et aux intérêts de la nation, prescrivait la restitution des châteaux royaux, et rendait à Henri le droit de nommer luimême ses conseillers et ofHciers; mais, en même temps, soigneux des droits du peuple anglais, il maintenait formellement tous les anciens privilèges, chartes et libertés de l'Angleterre.
L'histoire a confirmé ce jugement mémorable; mais jamais la voix de la raison a-t-elle pu se faire écouter dans les temps de trouble et de révolte ? Malgré leur serment, les barons refusèrent de se soumettre avant même que Louis IX eût achevé d'exercer sa médiation, le parti qui voulait pousser les choses à l'extrême avait repris le dessus. Sans égard pour le prince dont ils avaient eux-mêmes accepté l'arbitrage, sans prendre le temps d'examiner la sentence qu'il venait à peine de rendre, Leicester et ses partisans déclarèrent qu'elle était, au premier aperçu, contraire à la vérité et à la justice ; ils osèrent même accuser le roi de France d'avoir cédé aux suggestions de la reine, sa fenune, sœur de Henri III. Aussitôt ils reprirent les armes, et leurs passions, à regret contenues, précipitèrent
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la guerre civile. Après bien des Ticissitudes, ils siicensibèrent; cependant il faut dire à l'hoiHieBr de Benri qu'il n'abusai pas de sa vicloâre, et cpi'un de ses premiers sodns ftU de conficmer libaremeat et TQkmtairenient les chartes, e& 1267. Cinq ans après» S mooFUt, mauvais roi d'abord et justement décrié, pats enfin terminant son règne avec une séréniié ealtne et par un acte de légitime réparation; mais il avait subi les enseignements de la mauvaise fortune et rinfluenee de saint Louis.