CHAPITRE IX
mais ce qu'on désire? Gomme il m'a manqué ! Il aurait monté auprès de moi , le long d'une rivière, ou plutôt d'un torrent , un chemin serré entre deux murailles de roches, tantôt sèches et nues , tantôt couvertes de grands arbres , quelquefois ornées par bandes de petites forêts vertes qui serpentent sur leurs côtes. Il eût entendu , pendant deux lieues , le bruit du torrent qui s'indigne au milieu des débris de roches , contre lesquelles il se brise sans cesse.
de cette ville, M. Malvin de Montazet, qui l'affectionnait, le fit transporter à sa maison de campagne : ce fut là quUl termina sa carrière en 1785 (Tannée même de son voyage à la Grande-Chartreuse), avec les sentiments les plus pieux et toute la résignation d^un bon chrétien. Voici comment Ducis lui-même rend compte de cette mort dont il fut témoin.
< J'ai perdu mon cher Thomas hier, à neuf heures; j'ai entendu la terre tomber et s'amonceler sur ce corps qu'animait une ame si vertueuse et si pure. Il est donc vrai , je ne le verrai plus ! Une seule consolation me reste : notre religion réunit ce que la mort sépare. Mon ami , dont l'âme était si chrétienne , m'a laissé le souvenir de la fin la plus édifiante. Il s'est confessé avec toute sa raison. Son confesseur , qui est un ange de charité et de piété , l'a vu trois fois dans la même nuit; il ne peut en parler sans larmes. Il a reçu les sacrements avec une résignation , une douceur qui nous faisait tous sangloter. »
Cette note est tirée en partie d'un recueil précieux , intitulé : Trétori de la Poésie et de V Eloquence^ ou témoignages rendus à la religion et à la morale par les poètes, les orateurs ^ les philosophes et les savants les plus célèbres, 2 vol. in-12, Lille, 1826.
C'est une écume jaillissante , qui s'engloutit dans des profondeurs de deux cents pieds , où l'œil la suit avec une terreur curieuse , pour se reporter ensuite vers des roches sauvages , hautes , perpendiculaires , et couronnées à leurs pointes par de petits ifs qui semblent être dans le ciel. Ce chemin étroit , ces hauteurs , ces ténèbres religieuses , ces cascades admirables qui tombent en bondissant pour grossir les eaux et la fureur du torrent , tout cela conduit naturellement à la solitude terrible où saint Bruno vint s'établir avec ses compagnons , il y a plus de sept cents ans.
J'ai vu son Désert, sa fontaine , sa chapelle, la pierre où il s'agenouillait devant ces montagnes effrayantes, sous les regards de Dieu . J'ai visité toute la maison ; j'ai vu les solitaires à la grand'messe : j'ai causé avec un des plus jeunes dans sa cellule... tout m'a fait un plaisir profond et calme. Les agitations humaines ne montent pas là. Ce que je n'oublierai jamais, c'est le contentement céleste qui est visiblement empreint sur le visage de ces religieux.
Le monde n'a pas d'idée de cette paix ; c'est une autre terre , une autre nature. On la sent, on ne la définit pas cette paix qui vous gagne. J'ai vu le rire et l'ingénuité de l'enfance sur les lèvres du vieillard ; la gravité et le recueillement de l'àme dans les traits de la jeunesse.